Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

Député Salibou Garba/Photo: Makaila.fr

Député Salibou Garba/Photo: Makaila.fr

A l'occasion de l'ouverture devant les membres du Comité Directeur de son parti, M.Salibou Garba, leader de l'Alliance Nationale pour la Démocratie (AND), par ailleurs, député à l'Assemblée Nationale au Tchad, a fustigé dans une allocation la gestion politique en cours sous Idriss Deby dont il  accuse le pouvoir d'opter pour ancrage dangereux  vers un régime d'exception.

La rédaction publie intégralement l'allocution du député Salibou Garba.

Makaila.fr

 

 

 

Alliance Nationale pour la Démocratie           Fraternité-Justice-Développement

et le Développement (AND)

Bureau Exécutif National

 

 

Allocution d’ouverture du Comité Directeur

présentée par le Président National Salibou GARBA

 

Mesdames et Messieurs les Représentants des partis politiques amis,

Camarades membres du Bureau Exécutif National,

Camarades membres du Comité Directeur,

Mesdames, Messieurs,

Chers Invités,

 

Je voudrais, avant toute chose, bien que l’année soit largement entamée, adresser, à chacune et à chacun de vous, mes meilleurs vœux de santé, de réussite dans vos entreprises, tant sur le plan professionnel que sur le plan politique. Que le slogan affirmé lors des Journées de Réflexion de la CPDC, à savoir « Ferme engagement pour le changement en 2016 », se réalise, pour le plus grand bien de nos populations écrasées.

 

Grand merci, chers amis représentants des partis, vous qui nous avez fait l’amitié d’honorer de votre présence cette cérémonie. Ce geste, qui nous va droit au cœur, est la manifestation concrète des liens de solidarité qui nous unissent. Ceci d’autant plus que nous avons en ce moment une cascade d’assises de partis politiques qui nous sollicitent tous.

 

Aux camarades venus des différentes régions du pays où notre parti est implanté, je souhaite à mon tour la bienvenue, en formulant le vœu que ce déplacement comble leurs attentes.

 

Mesdames et Messieurs les Représentants des partis politiques amis,

Camarades membres du Bureau Exécutif National,

Camarades membres du Comité Directeur,

Mesdames, Messieurs,

Chers Invités,

 

Nous nous trouvons aujourd’hui à l’occasion de la tenue du Comité Directeur de notre parti. Cette instance est une innovation introduite par notre dernier Congrès tenu à Moundou en juin 2014 ; dans sa conception, elle est destinée à faire une évaluation semestrielle de la situation politique nationale, des activités du parti, afin d’ajuster et de préciser notre feuille de route.

 

S’agissant de la situation nationale

 

Faut-il le dire, l’année 2016, c’est l’année de l’élection présidentielle, qui est, comme chaque fois que cette échéance s’annonce, une année mouvementée, dans un contexte où tous les indicateurs de la vie économique et sociale ne présentent pas de signes encourageants :

 

  • Notre pays a encore dégringolé dans les Indices de Développement Humain du PNUD, où il est passé du 184ème rang au 185ème rang, laissant derrière lui uniquement les pays en guerre civile tels que la RCA, la Somalie ou le Soudan du Sud ; c’est le cas, du reste hélas ! pour tous les autres classements mondiaux ;

 

  • le gouvernement n’arrive plus à payer à termes échus les agents de l’Etat, contraignant les travailleurs à entrer en grève à la 1ère semaine de chaque mois ; d’ailleurs plusieurs secteurs sont en grève en ce moment du fait du non paiement de salaire ;

 

  • les services sociaux (santé et éducation notamment) abandonnés, fonctionnent avec les moyens de bord, aggravant la précarité de leurs prestations ; cette situation contraint les étudiants et jeunes à battre le pavé de façon quasi permanente, sans que les autorités ne daignent se pencher sérieusement sur leurs doléances.

C’est le lieu de dénoncer l’usage abusif de la force pour étouffer toute velléité de manifester, d’exprimer publiquement des désaccords et des revendications légitimes. Nous apportons notre soutien aux manifestations des jeunes désespérés, désemparés, revendiquant de meilleures conditions d’études et l’accès à l’emploi.

Le droit de manifester est un droit constitutionnel. La mission des forces de l’ordre, c’est de veiller à ce qu’elles soient non-violentes, et non de les interdire ou de les réprimer. Les interdire, c’est se comporter en régime autocratique digne d’une République bananière.

 

La situation difficile, voire dramatique pour l’écrasante majorité de la population, est la conséquence de la mal-gouvernance devenue endémique, dans toutes ses dimensions et dans toutes ses facettes.

Toutes les institutions et tous les organes de l’Etat ne sont que des carapaces vides, parce que atteints de dysfonctionnements aiguës, où excellent les détournements des deniers publics sous toutes ses formes, sur fond de népotisme et de clientélisme politique. De fait, rien ne marche, l’Etat est groggy, pour ne pas dire qu’il est tout simplement à l’arrêt. C’est cette réalité que nous vivons quotidiennement et que les princes régnants, craignant d’avoir à rendre compte, feignent de ne pas voir. Ne vous laissez pas abuser, ils le savent et ont peur ; toutes leurs agitations sont pour s’efforcer de se donner bonne conscience, de se doper, de se donner du moral.

 

Tournant le dos au développement économique et social, le parti-Etat s’est lancé depuis plus de dix ans dans une militarisation à outrance. Ainsi, les dépenses militaires s’élèvent à 12% du PIB, alors que celles relatives à la santé et à l’éducation restent à un niveau ridicule, respectivement 0,2% et 0,02%. Cette option présente aux yeux de ses promoteurs, un triple avantage :

 

  • accroître les moyens d’intimider les populations et les dissuader de toute velléité de contestation du pouvoir dans la rue ;

 

  • permettre aux hauts responsables de l’armée, qui ne sont que les membres du clan, d’engranger des milliards ;

 

  • se positionner en gendarmes au niveau de la sous-région,jouant le rôle de supplétifs des grandes puissances et s’attirer par voie de conséquence leur bienveillance et soutien d’une part, et/ou défaisant au besoin certains pouvoirs (les cas de la République Centrafricaine et du Soudan) d’autre part ;

 

L’accession coûte que coûte à la présidence de l’Union africaine procède de cette logique, de cette volonté d’avoir l’onction internationale, à défaut de pouvoir résoudre les problèmes du Tchad et des Tchadiens. Cette désignation n’a en réalité aucune portée ; nous l’avons en effet vu, quand nous avons été gratifiés du titre de membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

Mais qu’ils se détrompent car, comme l’indique le titre d’une étude, le Tchad est considéré tout au plus comme un hégémon aux pieds d’argile : en effet, on ne peut pas raisonnablement prétendre être une grande puissance, garante de la sécurité dans la sous-région, en présentant les caractéristiques d’un Etat en faillite. Tenez-vous bien, la revue spécialisée Global Power Fire, classant les armées africaines, n’a pas daigné classer la nôtre parmi les 16 meilleures armées d’Afrique. C’est dire que quand certains médias et autres puissances claironnent que nous avons la meilleure armée d’Afrique, c’est pour encourager ceux qui nous gouvernent à bomber le torse et à envoyer les jeunes tchadiens servir de chair à canon sur tous les théâtres de combats militaires.

 

Dans sa fuite en avant, le pouvoir opte dangereusement pour un ancrage dans la pratique d’un régime de Parti-Etat : tous les moyens financiers et matériels de l’Etat sont mobilisés pour caporaliser la population, souvent de façon folklorique : aux détournements directs se sont ajoutés les détournements indirects par la voie d’emplois fictifs. Tous les responsables des institutions et services de l’Etat doivent être au service du parti, qui se confond à l’Etat.

 

Le constat est clair : le MPS, son Chef et leurs alliés ont échoué sur toute la ligne. En plus de vingt cinq de règne sans partage, ils ont ruiné l’économie nationale, pillé les ressources financières de l’Etat, déstructuré les institutions et services publics, en un mot mis le pays par terre.

Personne ne peut se laisser abuser par les promesses faites à l’issue de leur dernier congrès.

 

En effet, s’agissant des engagements électoraux de ceux qui nous gouvernent, n’avons-nous pas entendu « quinquennat social », « quinquennat de la jeunesse et de la femme », ou encore « quinquennat du développement rural » ? Quels bilans a-t-on tiré de ces slogans grandiloquents et vidés de leurs sens ? Rien, rien, rien, sinon échec, échec, échec.

 

L’annonce de l’instauration du fédéralisme comme forme de l’Etat ne saurait donc camoufler l’échec de la mise en place de la décentralisation. Combien de communes disposent de Conseils élus ? Où sont les Communautés rurales, les Conseils départementaux et régionaux ? N’ont-ils pas supprimé le Sénat de la Constitution ?

Quant à la promesse de la limitation de mandats pour la présidence de la République, peuvent-ils nous faire oublier que ce sont eux-mêmes qui ont fait sauter ce verrou instaurant de fait une présidence à vie ; et que c’est cela qui a replongé le pays dans la guerre, celle des années 2004 -2009 dont le pays porte encore les stigmates ? Notre coalition, la CPDC en a été une des principales victimes, perdant son Porte-parole, le Camarade Ibni Oumar Mahamat Saleh, pour lequel je vous demande d’observer une minute de silence. C’est aussi l’option de la présidence à vie qui a été l’une des causes de l’orientation de toutes les recettes pétrolières dans les dépenses militaires, ruinant davantage nos populations et le pays.

 

S’agissant du processus électoral en cours

Le pouvoir ayant atteint le summum de l’impopularité, c’est en toute logique qu’il biaise de bout en bout le processus électoral : la CENI ne répond pas aux prescriptions de la loi, elle n’est pas dirigée par un Cadre non partisan et n’est pas paritaire, tout comme l’ensemble de ses démembrements, par ailleurs tous incomplets. Sans compter que la colonne des représentants de l’opposition est occupée par des « mouvanciers » à peine déguisés.

 

Le déroulement du recensement électoral qui vient de s’achever nous a permis de constater que toutes les localités ont été envahies par des cohortes des prébendiers qui pullulent dans les services publics, intoxicant et désorientant les populations.

 

Le nombre surprenant des personnes enrôlées ne découle pas seulement du mauvais recensement démographique de 2009, mais aussi des inscriptions multiples et de l’enrôlement de mineurs auxquels des actes de naissance ont été distribués.

 

 

Aujourd’hui, avec le soutien aveugle de sa majorité, le pouvoir a écarté le kit de contrôle de distribution des cartes. C’est dire que le traitement des données brutes de terrain (élimination des doublons et des mineurs entre autres) est rendu nul. Dans ces conditions, tous ceux qui ont été enrôlés pourront voter, quelque soit les conditions d’obtention des récépissés.

Le kit d’identification des électeurs dans les bureaux de vote ayant déjà été récusé par le Président-candidat, que reste-il de la biométrie ? Rien, absolument rien. Dans la meilleure des hypothèses, nous n’aurons que la LEPI, et encore !

Peut-on, dans ces conditions, s’attendre à des élections honnêtes, transparentes et acceptables, quand on sait par ailleurs que les prescriptions du Code de Bonne conduite sont superbement ignorées du parti-Etat ? Rien n’est moins sûr. Est-il alors surprenant d’entendre la voix la plus autorisée déclarer à l’occasion de la célébration du 11 août, qu’elle ne quittera jamais le pouvoir (dixit) ? Chers camarades, vous aurez à en parler.

 

Et notre parti, dans tout cela ?

Notre congrès a défini les orientations à mettre en œuvre pour la période allant de juin 2014 au prochain congrès ordinaire prévu pour avoir lieu dans trois ans. La présente session du Comité Directeur nous donne l’occasion de faire une première évaluation, afin de nous assurer que les actions menées vont dans la bonne direction.

 

La première question à laquelle nous devons répondre est celle de savoir si les différentes délégations ont rendu compte des débats et des résolutions à leurs bases respectives. Deux points devaient particulièrement retenir l’attention : les débats sur le parti et le rôle du militant d’une part, et ceux qui ont porté sur l’évaluation de notre participation aux différents scrutins 2011-2012 d’autre part. Des leçons et recommandations pertinentes ont été faites ; elles devraient faire l’objet d’approfondissement au sein de nos différents organes : Cellules, Comités et Coordinations.

 

Nous ne le dirons jamais assez, la vitalité d’un parti politique réside d’abord dans l’organisation des réunions et des débats entre militants à tous les niveaux. Nous y reviendrons certainement à l’occasion de ces assises.

 

Ensuite, nous nous demanderons si le travail de restructuration et de structuration de nos organes de base se fait de manière à nous permettre de relever les défis qui se posent à nous, ainsi qu’à l’ensemble du pays.

 

Sur le plan de nos relations avec les autres partis, nous avons maintenu notre ancrage dans la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC). Nous avons ainsi pris part aux Journées de Réflexion, premières du genre, au cours desquelles d’importantes résolutions ont été prises et de pertinentes recommandations faites.

Il va sans dire que nos actions se situent en droite ligne de ces Journées et doivent s’orienter vers la réalisation d’un changement à la tête de notre pays, un changement dans la gouvernance de notre pays. Les élections annoncées peuvent-elles nous en donner l’occasion ? Rien n’est moins sûr.

En effet, outre les conditions scabreuses d’organisation de ce scrutin dénoncées plus haut, entachées d’irrégularités et d’illégalité, nous nous interrogeons sur la pertinence des candidatures pléthoriques qui nous sont annoncées chaque jour. Au lieu de candidatures ordonnées et coordonnées, nous assistons à une avalanche de candidatures désordonnées et souvent surprenantes ; ce qui annonce, à n’en point douter, une indescriptible pagaille, surtout au sein des partis dits de l’opposition.

Vous aurez, chers camarades, à vous prononcer sur ce que nous aurons à faire, en respectant notre ligne qui a toujours été de : « Dire ce qui est juste et utile pour le pays ; et faire ce que nous disons »

 

Mesdames et Messieurs les Représentants des partis politiques amis,

Camarades membres du Bureau Exécutif de l’AND,

Camarades membres du Comité Directeur de l’AND,

Mesdames, Messieurs,

Chers Invités,

Voilà ainsi brossé le menu de ce Comité Directeur. Je ne doute pas que les débats et les conclusions nous permettrons de faire des avancées significatives et déterminantes dans notre quête du mieux-être pour l’ensemble des populations tchadiennes : c’est en tout cas notre leitmotiv.

 

Je salue et remercie une fois de plus, les amis et représentants des partis politiques qui nous ont fait l’amitié d’être présents à l’ouverture de nos assises.

 

Je vous remercie