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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad:Hommage à Faki Moussa Andjalbo-Par Garondé Djarma

Un grand défenseur des “Miskines“ a tiré sa révérence


C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Faki Moussa Andjalbo survenu le 28 décembre 2015 dans la capitale du Royaume Abbasside, Abéché.


Avec ce célèbre marabout nous avons séjourné en 1967 dans les geôles de Tombalbaye pendant six mois et douze jours à N’Djaména, plus précisément au commissariat central. Un croyant honnête et franc, Faki Moussa appliquait à la lettre les préceptes du Saint Coran. Dans notre cellule de prison, il était notre Imam et à chaque prière, il nous conseillait d’égrener les chapelets. Ce que je connais de lui, c’est que Faki Moussa Andjalbo n’aimait pas le faux. A Abéché, sa ville natale, il s’opposait systématiquement aux pratiques malsaines des princesses qui faisaient main basse sur le mil, l’huile et les vivres que les commerçants ambulants des villages périphériques amenaient au chef-lieu du Ouaddaï. Ces princesses imposaient leur véto sur chaque produit. Personne d’autre n’a le droit d’acheter ces denrées. C’est à partir de 15 H 30 qu’elles décident de discuter le prix avec ces commençants ambulants qui sont fatigués et veulent regagner leurs villages respectifs. Ainsi, ils sont obligés de vendre à vil prix ces denrées. En s’opposant à cette pratique maffieuse, Faki Moussa s’attire la foudre du sultan Ali Sileck qui cautionne et parraine ses sœurs. Mais Faki ne baisse pas les bras et tient la dragée haute au sultan. Malgré le soutien de l’administration coloniale à leur protégé sultan, ce Faki et son groupe tiennent bon. Ils sont allés à N’Djamena porter plainte contre le sultan Ali Sileck, le Préfet Maillard et le Commissaire de Police M. Bardot qui défendent cette injustice d’un autre âge. Pour pousser fortement cette pression, Faki Moussa et ses partisans se retirent d’Abéché au pied du mont Namaye et au puits Ferri pendant trois mois. Face à cette rébellion qui ne dit pas son nom, une patrouille des militaires français sillonne la zone sur terre et air mais après une enquête minutieuse, ladite patrouille donne raison au groupe du célèbre marabout. L’affaire prend de l’ampleur. Monsieur Gabriel Lisette, leader du PPT/RDA s’en mêle, il prend contact avec Faki Moussa Andjalbo pour le récupérer mais M. Hissène Walpa collaborateur de l’administration conseille à Faki et son groupe de porter leur choix sur M. Jean Baptiste. Ainsi le parti UDIT sous l’étendard de Faki Moussa Andjalbo et son staff gagnent les élections législatives du 31 mai 1959 dans le Ouaddaï géographique. Je me souviens, en ma qualité d’Infirmier chargé du dispensaire de Mogororo au Sila avoir eu l’honneur de présider le bureau de vote de Djimézé Djarma canton Bahar Azoum. Voyons succinctement la biographie de ce Marabout courageux qui ose défier le sultan du royaume Abbasside de l’ère coloniale. Selon notre dernier entretien à Abéché qui date du 3 avril 2010, Faki Moussa Andjalbo est né vers 1912 à Agad Rachid à Abéché. C’était l’année ou le sultan Acyl fût destitué de son trône. « Dès mon jeune âge me confie t-il mon père m’a amené au village Aboun-Douroua, notre village parental pour apprendre la lecture du Saint Coran ». Reprenons le film de notre narration (c’est Faki Moussa qui par,le) : « Dans mon affaire, le sultan de concert avec les commerçants allogènes ont porté plainte contre Hissène Walpa ce fonctionnaire qui nous soutient par mesure disciplinaire fût affecté à Moussoro. Suite à cette mesure arbitraire à l’encontre de ce fonctionnaire, avec mon frère Adoum Mou Allim nous sommes partis à N’Djamena. Dans la capitale, nous avons élu domicile chez ma sœur, non loin du domicile du commerçant et militant actif du parti UDIT Faki Mahamat Saleh Al Habo. Par ailleurs, dans cette guéguerre contre cette injustice trop criante, nous avons été épaulés par messieurs Bechir Sow et Malick Sow. Durant notre séjour nous avons aussi déposé une plainte auprès de M. School Procureur général. « Faites venir le blanc d’Abéché qui a voulu me conduire à N’Djamena lui dit-il ». J’ai rencontré le commissaire de police d’Abéché M.Humbert le successeur du commissaire Bardot, il m’a informé que le juge qui voulait m’emprisonner sera ici. De retour à Abéché, le sultan Ali Sileck convoque ses marabouts et demande aux autorités administratives mon incarcération et mon transfert à Goz Beida avec les compatriotes Andjarak Tahir, Maarouf, etc. Notre seul tort, c’est d’avoir récusé sa gestion maffieuse et celle de ses sœurs les princesses. Notre confident nous a dit de ne pas aller demain au bureau si on nous convoque. Je me retranche alors en exil sous un rocher et j’ai ensuite envoyé mon frère pour vérifier l’information.
Effectivement les Gardes Nationaux à bord de douze chevaux sont à ma recherche. J’ai remis 2500 frs à mon frère pour qu’il les donne à Issa Diallo pour qu’il nous rédige une lettre pour les juges de N’Djamena et de Brazzaville. Le Commandant de Police d’Abéché me convoque, il m’accuse de livrer des renseignements à un blanc et d’avoir accusé le Sultan Ali Sileck de couvrir l’injustice que commettent ses sœurs et cousines princesses qui escroquent et raquettent les Commerçants ambulants au marché d’Abéché. Dans cette lutte Faki Moussa Andjalbo a un staff bien solide. Il est composé comme suit :
Faki Youssousf Hamat Ab-Daloh d’Abéché, Ahmat Ali, Adoum Ali, Adoud Bahar, Tidjani Abbas, Hassane Ahmat, Mahamat Charfadine, Adam Ahmat Nawaibé, Youssouf Issakha, Ahmat Adam, Mahamat Ma-alim Mahamat Issakha de Aboun-Douroua, Béchir Mahamat de Aboun-Douroua , Mahamat Ibrahim Gadoum Alboudoungoul. Oumar Saoura Djahanab, Hassane Senoussi, Ismael Abdoulaye, Youssouf Ibrahim Faki Hassabannabi du canton Mandjobok , Faki Abdoulaye. Au canton du Ouadi Hamra, il y a Faki AhmatTello , Ibrahim Koubai notre commercant ravitailleur, Faki Béchir de Marfa Chechang, FakiMahamat Markhani de Ouadi Hamra. Ce dernier est tué à Adré en décembre 1965 suite à une attaque du FLT du camarade Hassane Hamat Moussa, Abdoulaye Muhadjir Guidireche, de Kacha, Ahmat Moussa frère de Ibrahim Wanzam de Zéribé Haoussa, Adoum Abdelkerim Aboul Batoul, Mahamat Douloulou Malick décédé à Am-Timan, Gaston Fereti menuisier à l’hôpital d’Abéché. Il est à noter que la plupart de nos partisans sont du canton Mandjobok. Avec l’avènement des partis politiques nous nous sommes convertis en militants du parti UDIT qui prêche la justice sociale et le droit de l’homme. A Goz Beida le Sultan Brahim Moustapha est notre grand militant, c’est un Sultan sérieux qui ne bouffe pas ses administrés comme ailleurs. Pendant la campagne du mois de Mai 1959, il nous a demandé d’appuyer son frère utérin Krema Moustapha pour la députation. Ce qui fut fait.
A Am-Dam, nous avons rencontré le Sous-préfet Henri Bertozène, un colon qui n’est pas apprécié par la population, nous avons demandé sa mutation, il est viré à Oum-Hadjer. Avec l’indépendance le 11 aout 1960, il est devenu Conseiller technique au Ministre de l’Education Nationale M. Ahmat Mangué. Malheureusement lui et son ministre trouveront la mort dans un crash d’avion le 09 mai 1961 au cours du retour d’une mission au dessus du Sahara Espagnol de l’époque aujourd’hui le Saharaoui. S’il y a un monsieur que nous devons remercier pour son apport dans notre conflit c’est Abderamane /Kanda. Ce fonctionnaire nous a conseillés aussi de voter le parti UDIT qui a vu le jour le 30 novembre 1954 dont le Président est M. Jean-Baptiste et son fondateur fut Jacques Rogué ancien gouverneur du Tchad, ancien Chef du territoire du Tchad. Il convient de rappeler également que les colons français avaient occupé la ville d’Abéché, capitale de l’empire du Ouaddai le 2 juin 1909 où ils avaient immédiatement intronisé Acyl Adam, leur allié, comme Sultan. La résistance militaire des ouaddaïens avait cessé en 1911 après un accord entre le Sultan Doudmourah et le Général Largeau à Sourbakhal dans le département d’Assounga. Doudmourah quitta Abéché le 2 novembre 1911 pour rejoindre Fort-Lamy où il avait séjourné jusqu’à sa mort. Entre le Sultan Acyl et ses alliés blancs la lune de miel n’avait pas duré longtemps. Ainsi en 1912 Acyl a été destitué et envoyé à Lai en résidence surveillée et le Sultanat du Ouaddaï fut aboli. De 1912 à 1935, le Ouaddaï était resté sans Sultan. Les colons français et certaines familles abéchoises qui s’étaient mises à leur service avaient fait la pluie et le beau temps sur la région, y compris les massacres odieux aux coupe-coupe du 15 novembre 1917. Des tractations déclenchées par certains administrateurs coloniaux en 1925 avaient abouti en 1935 à la réhabilitation du Sultanat du Ouaddaï et l’installation du Prince Mahamat Ourada comme nouveau Sultan du Ouaddaï le 15 octobre 1935. Signalons que le Sultan Mahamat Ourada, fils du Sultan Ibrahim Birké avait été formé à Saint –Louis au Sénégal et en Algérie avant de rentrer au Tchad pour servir au bureau du gouverneur du Tchad à Fort-Lamy. Il était parmi les tout premiers fonctionnaires locaux de l’administration coloniale tchadienne avec Béchir Doudmourrah, Abougrène Acyl, Hanoun Outman, Béchir et Sissoko. Sa position au bureau du gouverneur du Tchad lui permis de suivre tout ce qui s’était passé au Ouaddaï. C’est ainsi qu’en reprenant le trône de ses aïeux, il était autorisé à dégager d’Abéché tous les individus qui étaient nuisibles à la population de son royaume.
Durant son règne de 1935 à 1945 (hélas, très court), il avait favorisé l’enseignement dans les deux langues avec la création par exemple de l’Ecole du Palais Royal à Djatinié et la Madrassa d’Amsiégo sous la direction du Cheikh Oulèche.
Au début des années 1950, la Madrassa d’Amsiégo avait pris une grande ampleur à Abéché. Ainsi, certaines personnes appartenant aux familles chassées par Ourada d’Abéché s’étaient alliées au Cheikh Oulèche pour tenter de retrouver leur influence dans la région. Cette tentative avait déclenché une forte réaction des Ouaddaïens sous la direction de Al Hadj Moussa Andjalbo en 1953.
Des milliers de cavaliers venant de tous les cantons du Ouaddaï encerclèrent la ville d’Abéché et exigèrent le départ immédiat du Cheikh Oulèche et de ses acolytes. Pour éviter des réactions violentes aux conséquences incalculables, l’administration coloniale avait négocié avec Faki Moussa Andjalbo le départ vers Fort-Lamy du Cheikh Oulèche Aouda. Ce qui fut fait.
Cette action et celle de la libération du marché d’Abéché de l’imposture des Mérams (princesses) du Ouaddaï avaient rendu Faki Moussa Andjalbo comme leader incontestable du Ouaddaï. C’est pourquoi son part politique (UDIT) avait gagné sans difficultés (à 100%) au Ouaddaï tous les scrutins du 31 mai 1959, des députés à l’Assemblée législative. Faki Moussa dans sa lutte a connu plusieurs fois la prison. Sous Tombalbaye, il a été arrêté à Abéché et déporté à Haraze-Mangueigne pendant trois ans. Il a aussi été interné au commissariat central de N’Djaména pendant plus d’un an. Sous Hissein Habré, Faki Moussa a connu deux fois la prison. Sous le MPS, il a connu une interpellation durant une semaine à Abéché.
Conclusion : Faki Moussa Adam Andjalbo a combattu toute sa vie pour la justice, la démocratie et les droits de l’Homme. Au moment où il nous quitte, l’injustice règne encore au Tchad, les droits de l’Homme ne sont pas respectés et la démocratie n’est que de façade. Toutefois, les patriotes dignes de ce nom et convaincus poursuivront cette lutte sacrée jusqu’à la victoire totale.
Que Dieu Le Miséricordieux bénisse son âme. « Inna Lillahi Wa leina Ilahi radji-oun ».


Hommages à Faki Moussa Andjalbo
Un grand défenseur des “Miskines“ a tiré sa révérence
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Faki Moussa Andjalbo survenu le 28 décembre 2015 dans la capitale du Royaume Abbasside, Abéché.
Avec ce célèbre marabout nous avons séjourné en 1967 dans les geôles de Tombalbaye pendant six mois et douze jours à N’Djaména, plus précisément au commissariat central. Un croyant honnête et franc, Faki Moussa appliquait à la lettre les préceptes du Saint Coran. Dans notre cellule de prison, il était notre Imam et à chaque prière, il nous conseillait d’égrener les chapelets. Ce que je connais de lui, c’est que Faki Moussa Andjalbo n’aimait pas le faux. A Abéché, sa ville natale, il s’opposait systématiquement aux pratiques malsaines des princesses qui faisaient main basse sur le mil, l’huile et les vivres que les commerçants ambulants des villages périphériques amenaient au chef-lieu du Ouaddaï. Ces princesses imposaient leur véto sur chaque produit. Personne d’autre n’a le droit d’acheter ces denrées. C’est à partir de 15 H 30 qu’elles décident de discuter le prix avec ces commençants ambulants qui sont fatigués et veulent regagner leurs villages respectifs. Ainsi, ils sont obligés de vendre à vil prix ces denrées. En s’opposant à cette pratique maffieuse, Faki Moussa s’attire la foudre du sultan Ali Sileck qui cautionne et parraine ses sœurs. Mais Faki ne baisse pas les bras et tient la dragée haute au sultan. Malgré le soutien de l’administration coloniale à leur protégé sultan, ce Faki et son groupe tiennent bon. Ils sont allés à N’Djamena porter plainte contre le sultan Ali Sileck, le Préfet Maillard et le Commissaire de Police M. Bardot qui défendent cette injustice d’un autre âge. Pour pousser fortement cette pression, Faki Moussa et ses partisans se retirent d’Abéché au pied du mont Namaye et au puits Ferri pendant trois mois. Face à cette rébellion qui ne dit pas son nom, une patrouille des militaires français sillonne la zone sur terre et air mais après une enquête minutieuse, ladite patrouille donne raison au groupe du célèbre marabout. L’affaire prend de l’ampleur. Monsieur Gabriel Lisette, leader du PPT/RDA s’en mêle, il prend contact avec Faki Moussa Andjalbo pour le récupérer mais M. Hissène Walpa collaborateur de l’administration conseille à Faki et son groupe de porter leur choix sur M. Jean Baptiste. Ainsi le parti UDIT sous l’étendard de Faki Moussa Andjalbo et son staff gagnent les élections législatives du 31 mai 1959 dans le Ouaddaï géographique. Je me souviens, en ma qualité d’Infirmier chargé du dispensaire de Mogororo au Sila avoir eu l’honneur de présider le bureau de vote de Djimézé Djarma canton Bahar Azoum. Voyons succinctement la biographie de ce Marabout courageux qui ose défier le sultan du royaume Abbasside de l’ère coloniale. Selon notre dernier entretien à Abéché qui date du 3 avril 2010, Faki Moussa Andjalbo est né vers 1912 à Agad Rachid à Abéché. C’était l’année ou le sultan Acyl fût destitué de son trône. « Dès mon jeune âge me confie t-il mon père m’a amené au village Aboun-Douroua, notre village parental pour apprendre la lecture du Saint Coran ». Reprenons le film de notre narration (c’est Faki Moussa qui par,le) : « Dans mon affaire, le sultan de concert avec les commerçants allogènes ont porté plainte contre Hissène Walpa ce fonctionnaire qui nous soutient par mesure disciplinaire fût affecté à Moussoro. Suite à cette mesure arbitraire à l’encontre de ce fonctionnaire, avec mon frère Adoum Mou Allim nous sommes partis à N’Djamena. Dans la capitale, nous avons élu domicile chez ma sœur, non loin du domicile du commerçant et militant actif du parti UDIT Faki Mahamat Saleh Al Habo. Par ailleurs, dans cette guéguerre contre cette injustice trop criante, nous avons été épaulés par messieurs Bechir Sow et Malick Sow. Durant notre séjour nous avons aussi déposé une plainte auprès de M. School Procureur général. « Faites venir le blanc d’Abéché qui a voulu me conduire à N’Djamena lui dit-il ». J’ai rencontré le commissaire de police d’Abéché M.Humbert le successeur du commissaire Bardot, il m’a informé que le juge qui voulait m’emprisonner sera ici. De retour à Abéché, le sultan Ali Sileck convoque ses marabouts et demande aux autorités