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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Sud libyen : l’enjeu tribal

Les vols de reconnaissance français sur la Libye de la semaine dernière ont confirmé les renseignements venus du Tchad : Daech pénètre loin au Sud et reçoit de ce Sud des partisans qu’il forme. A N’Djamena, on a confirmé àTTU que des camps d’entraînement de Daech fonctionnaient autour de Hun, à 200 km au Sud de Syrte, et que des membres de Boko Haram – interceptés lors de leur retour – s’y entraînaient.

Les vols de reconnaissance français ont confirmé cette information. Du coup, les divers services de renseignement français ont montré des images qui n’avaient pas encore été analysées ou exhumées des notes annonçant que Daech «était partout». Au Balargone, certains voulaient détacher des éléments des forces spéciales à Tobrouk, où siège un des deux «gouvernements» en attendant la future et éventuelle fusion entre les deux centres de pouvoir. Plus sérieusement, pour les responsables du COS, l’urgence est de «savoir» ce qui se joue du côté des tribus, Touaregs et Toubous. Et des liens que Daech y tisse.

En favorisant le 23 novembre dernier le traité de paix qui a mis un terme au conflit auquel se livraient depuis 14 mois les tribus des Touaregs et des Toubous au Sud de la Libye, près de la ville d’Ubari, les autorités qataries ont cherché à priver Daech d’un terreau fertile qui lui aurait permis de réaliser la jonction avec les djihadistes touaregs et ainsi d’établir une pénétrante logistique depuis la côte. Ce conflit, méconnu des grands médias occidentaux, avait causé, en septembre dernier, le déplacement de plusieurs milliers de familles en atteignant les villes de Sebha et de Ghat à la frontière algérienne.

Pourtant la situation reste fragile dans cette zone de contacts entre tribus arabes, touarègues, berbères et africaines, en raison de la paupérisation accélérée depuis la fin de la rente pétrolière avec la chute du régime de Kadhafi, qui voulait faire de cette zone frontalière un sanctuaire pour tous les Touaregs de la région, et y recrutait massivement au profit de ses services de sécurité. Une zone d’autant plus critique qu’en raison de la proximité des champs pétroliers libyens du grand Sud, elle attire la convoitise de l’Algérie, du Niger et du Tchad.

Avec un taux de chômage et de mortalité infantile record, les habitants et surtout les Touaregs, se sont tournés vers les trafics en tous genres pour leur subsistance, et offrent un auditoire de choix pour les djihadistes. Bien que situé aux confins du pays, ce conflit entre Touaregs et Toubous est pourtant instrumentalisé par les deux gouver­nements de Tobrouk et de Tripoli, aidés de leurs parrains, qui se disputent le partage du pays. L’Egypte, les EAU, et le “Conseil des députés” de Tobrouk instrumentalisent les Toubous, afin de constituer un glacis contre les Touaregs.

En parallèle, l’Algérie a renforcé sa frontière, et la France, qui dispose à 100 km au sud de la base avancée de Madama au Niger, multiplie les missions de surveillance. Les Touaregs, quant à eux, bénéficient du soutien du Qatar et de la confédération berbère des Houaras, originaire de Misrata et de Benghazi, qui cultive une certaine autonomie par rapport au gouvernement salafiste de Tripoli, mais représenterait près de la moitié de ses forces militaires.

Le sud-ouest n’est pas le seul point d’ancrage dont pourrait bénéficier Daech. La pauvreté a exacerbé les revendications des tribus selon un axe nord-ouest/sud-est et plus précisément aux abords de Kufra, où règne les Zuwayyas. Ces derniers ont soumis les Toubous au cours du XIXe siècle pour en faire une main d’œuvre agricole et se sont toujours opposés à Kadhafi. Son chef, le cheikh Faraj al-Zuwai, nostalgique de l’empire Senoussi, avait même menacé en 2011 de bloquer les oléoducs venant du grand Sud, et avait déclenché une répression sanglante contre les Toubous de février à juin 2012.

L’accord du 23 novembre, si les aspects financiers secrets, mais évidents, sont respectés, peut faire espérer établir une sorte de tampon de sécurité entre Daech et les pays de la zone sahélienne, isolant Boko Haram. Et si l’Algérie, inquiète d’une montée en puissance de Daech à sa frontière, qui connaît bien les Touaregs et le gouvernement de Tripoli, participait à sa manière à l’étanchéité, toujours relative de ce tampon de sécurité, l’influence de Daech serait du coup limitée…