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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

L'affaire est encore fraîche dans toutes les mémoires tant les implications politiques, judiciaires et humaines avaient été fortes. D'aucuns se souviennent encore en effet de ces images décrivant le sort de 300 enfants supposés orphelins que des "humanitaires" avaient décidé de faire adopter en France. Au mépris de bien des règles. « L'idée c'était de faire voir à un public d'occidentaux le débarquement d'un groupe d'humanitaires qui vient mentir à une population au nom du droit d'ingérence et engendre un fiasco ; car les enfants qui leur ont été remis n'étaient pas forcément tous orphelins », indique Joachim Lafosse, réalisateur belge de Les Chevaliers blancs, qui sort en salle en France le 20 janvier. Présenté hors compétition dans le cadre du Festival international du film de Marrakech, Les Chevaliers blancs retrace l'opération tchadienne de l'association française l'Arche de Zoé qui devait conduire, en dehors de toutes les règles internationales, 300 enfants supposés orphelins et déshérités en France où les attendaient autant de familles en mal d'enfant. « Je n'ai pas rencontré les véritables acteurs de cette histoire et je n'ai pas repris leur nom, car je ne prétends pas à la vérité. C'est une fiction, pas une reconstitution. Il y a cependant dans le film tout ce que j'ai pu entendre sur leur motivation ainsi que le livre publié à la suite de l'affaire par le pilote qui n'appartenait pas à l'association, mais les a convoyés et dont j'ai acquis les droits », précise Joachim Lafosse. Réalisé à Erfoud, le film a été tourné avec des Tchadiens vivant au Maroc. « Ils étaient fiers de participer à ce film pour montrer le point de vue des Tchadiens, assure le jeune réalisateur. Je n'ai pas voulu montrer la préparation de l'opération, en amont, en France. Le spectateur est comme un Africain qui croit spontanément ces gens avant de se rendre compte de la gravité de ce qui se met en place, car ils mentent à tout de monde. »

La logique de l'ingérence jusqu'à l'horreur

En réalité, si effectivement le spectateur ne prend conscience que progressivement de la gravité des actes et des choix des membres de l'association, il ne les voit que du point de vue des associatifs. La caméra est immergée dans leur petit groupe, comme dans un huis clos, Joachim Lafosse est également dialoguiste et montre leur cas de conscience, leurs choix, leurs positions. Les Tchadiens ne sont montrés qu'à travers les yeux de ces humanitaires : farouches, contrariants, prêts à abandonner leurs enfants pour qu'ils aient une vie meilleure ou pour de l'argent. Les humanitaires « sont allés au bout de leur idéologie d'ingérence. Après l'affaire de l'Arche de Zoé, les idéologues du droit d'ingérence ont pris leur distance, mais dans les faits, les membres de l'association sont simplement allés au bout de leur idéologie, comme quelqu'un qui se radicalise », reste convaincu Joachim Lafosse. Le maître d'œuvre de l'opération joué par Vincent Lindon reste cependant dans le film un personnage assez mesuré qui recherche la cohésion de son groupe, loin du véritable Eric Breteau, passionné charismatique et mégalomane.

L'enfer pavé de bonnes intentions

Fort peu de choses sont dites dans le film sur les motivations humanitaires des membres de l'association. Seule une sorte de plénitude maternelle envahit le visage de Louise Bourgoin, alias Emilie Lelouch, alors qu'elle accueille les premiers enfants dans le centre de l'association au Tchad. « En tant que réalisateur, je me rends compte que ce qui m'occupe c'est l'enfer pavé de bonnes intentions. Il y a des mères qui disent adorer leur enfant et qui en font des monstres », analyse le jeune réalisateur, Joachim Lafosse. En 2012, sortait son précédent film À perdre la raison, qui raconte l'histoire vraie d'une mère de famille qui a assassiné ses enfants. Dans Les Chevaliers blancs, le réalisateur, plutôt que de faire de ses personnages des êtres sensibles avec lesquels le spectateur pourrait être en empathie, choisit d'interroger la façon dont se forgent chaque action, chaque décision comme pour pousser le spectateur à prendre position tout au long du film. « Et vous, jusqu'où seriez-vous allés ? » semble demander le film. Quand auriez-vous tout arrêté ? : quand l'équipe ment en affirmant qu'elle veut soigner et héberger des orphelins pour mieux cacher leur enlèvement ? quand elle insiste pour que les villageois lui ramènent des enfants orphelins ? quand elle leur propose de l'argent ? Quand il ne fait plus aucun doute que certains enfants ont encore des parents ? « Imaginez un Africain qui vient en Europe pour soigner des enfants et qui les ramène incognito pour les faire adopter en Afrique. On ne se demanderait même pas si c'est quelqu'un de bien », souligne Joachim Lafosse.