Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

PEUT-ON CONTINUER A RÊVER DU DÉVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE ?

Limitons notre sujet aux pays que nous connaissons bien, les anciennes colonies françaises. Point n'est besoin d'être titulaire d'un doctorat en économie pour comprendre ce qui se passe dans nos pays.

Dans les pays dits développés : les routes sont bien bitumées pour des décennies. Le système de santé est accessible à tout le monde. En cas d'accident de la route avec un blessé grave, il n'y a pas de différence entre un milliardaire ou ministre et un paysan : tous les deux sont évacués par hélicoptère si leur état le nécessite. Dans les pays développés, il n'y a pas de délestage. Dans les pays développés, le détournement d'argent existe, mais il est durement réprimé, si bien que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Dans les pays développés, la corruption est durement réprimée sans pitié. Dans les pays développés, les policiers rentrent chez eux toujours bredouilles, contrairement à leurs confrères africains... celui qui est cède à la moindre tentation est radié définitivement de la police et écope de plusieurs années de prison. Tout ce qu'on voit dans les pays développés ne vient pas des revenus d'exploitation du pétrole ou autres exportations des matières premières. Les réalisations en tout genre qu'on voit en Europe proviennent essentiellement des cotisations des citoyens, à commencer par les impôts très bien utilisés. La brigade financière n'hésite pas à faire une descente chez un individu soupçonné d'enrichissement illicite. Le domicile du suspect est fouillé de fond en comble. Gare à lui si on met la main sur une masse d'argent. Les pays nordiques (Norvège, Danemark, Filande, Suède...) ont le taux d'imposition très élevé. Mais les réalilsations avec cet argent sont très visibles et les agents de l'Etat, à commencer par les ministres, mènent une vie très sobre.

Nos pays sont indépendants depuis 1960. Le colonisateur a laissé en place un canevas, un modèle d'organisation étatique que les Africains peinent à utiliser avec efficacité. Les gouvernements ne maîtrisent absolument pas le circuit de l'argent dans les pays. Le fisc ? Un système complètement poreux dans nos Etats qui sert à enrichir des individus. Dans chacun de nos pays, les inspecteurs des impôts ou de la douane, les PDG des ports pour les pays qui ont accès à la mer, sont les plus riches, sans avoir à rendre compte à l’État. En général, il faut appartenir au clan au pouvoir pour occuper un poste juteux à la douane, aux impôts, ou au port. Dans chaque pays, il existe un ministère de l'économie et des finances, mais ce n'est que pure fiction.

Les hommes d'affaires, les commerçants, les médecins installés dans le privé ? On ne compte que sur leur bonne foi en matière de fiscalité. Ceux qui sont de mauvaise foi déclarent les chiffres qu'ils veulent. Et puis, même si le bénéfice est élevé, il y a le plus souvent tractation entre les agents du fisc et les débiteurs, de telle sorte que seule une petite somme est versée dans les caisses de l'Etat et tout le reste va dans la poche des individus. Ceux qui travaillent pour le fisc s'enrichissent de façon effrénée sans être inquiété. Vous avez vu cette maison luxueuse dans une capitale africaine ? Mais c'est la maison du directeur des douanes ! Ou encore de l'inspecteur des impôts, ou alors d'un riche commerçant de la place, ou alors d'un ministre ! Dans nos pays, on détourne au grand jour les ressources de l'Etat, ostensiblement, on s'en vante même, sans aucune inquiétude. Personne, aucune brigade ne viendra enquêter sur un chantier qui coûte plusieurs milliards de franc CFA, appartenant à un individu. On fait ce qu'on veut. J'étais dans un bar au Sénégal en train de prendre un pot avec des amis. Dans le groupe, il y avait un ingénieur de ponts et chaussées qui disait : "en tant qu'ingénieur des routes, si on vous confie 500 km de route à bitumer avec un goudron de 10 cm d'épaisseur, il suffira de réduire l'épaisseur à 8 cm pour être multimilliardaire". C'est bien en Afrique qu'on peut se vanter de détourner l'argent aussi ostensiblement. En Afrique, on s'enrichit comme on veut, comme on peut, à son poste quel qu'il soit. C'est bien Afrique, qu'on peut construire une maison qui coûte 20 millions d'euros, ou se promener avec une voiture qui coûte 50 millions d'euros, sans avoir de compte à rendre à personne. Au Tchad, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Gabon, dans les deux Congo, partout, le constat est le même. L'Etat peine à mettre la main sur l'argent qui lui revient de droit et qui devrait servir à construire les routes, les hôpitaux, à fournir l'eau et l'électricité à la population. Dans ces pays, la grosse masse de l'argent qui revient à l'Etat est détenue par des particuliers qui le dilapident ostensiblement. On dirait que les Africains accusent un retard de développement mental. Exemple du Tchad, il n'est pas rare à N'Djamena, de voir une belle maison, construite à coup de plusieurs dizaines, voire centaine de millions, dans un quartier non bitumé, non électrifié, sans réseau d'eau, inaccessible en saison de pluies. Cette maison luxueuse, entouré de taudis, est alimentée avec un groupe électrogène qui fait un bruit monstrueux dérangeant tous le voisinage. Eh oui, c'est ça, un signe de richesse au Tchad : posséder une maison enroutrée de taudis dans tout le quartier, avec un groupe électrogène. En saison de pluie, on ne peut même pas mettre le nez hors de chez soit à cause de l'inondation. Mais ces gens sont paradoxalement fiers de leur condition de vie. Ils ne pensent pas un seul instant que cet argent, laissé dans les caisses de l'Etat et bien géré pourrait servir à bitumer et électrifier tout le quartier. Un autre constat : les règlements des banques sont les mêmes dans tous les pays du monde. A partir d'une certaine somme d'argent, chaque client d'une banque doit justifier ses sources de revenus. Conséquences, les multimilliardaires gardent leur fric dans des valises, sous leur lit. Non ! Les Africains ne sont pas intelligents. Comment ramasser tout le fric de l'Etat pour le garder chez soit ? Pourquoi aucune enquête n'est ouverte concernant le train de vie de certains individus, comme on le fait en Europe ? Quand on entre au Tchad, on sent l'odeur de l'argent partout. Mais les caisses de l'Etat sont vides. L'Etat ne s'inquiète pas non plus. L'Etat ne se pose même pas la question de savoir où se trouve l'argent. La faute à Idriss Déby ? Bien sûr ! Mais pas tout à fait. Car, il ne suffit pas que Idriss Déby parte du pouvoir pour que ce problème qui perdure depuis les indépendances, soit résolu. Dans les têtes des citoyens, c'est devenu même normal qu'un individu travaillant à la douane, aux impôts ou au port, possède des villas à ne plus compter.

On comprend maintenant pourquoi il ne suffit pas pour un pays, d'être producteur de pétrole pour sortir du sous-développement. Les Tchadiens, ruinés par plusieurs décennies de guerre, avaient placé tous leurs espoirs sur l'exploitation du pétrole. Le rêve a été de courte durée. Le système de malversation dont personne ne s'inquiète persiste et persistera encore des décennies quel que soit le régime. Un pays peut être extêmement riche, mais extrêment pauvre, et les exemples sont légions en Afrique. La RDC est le parfait exemple. Le pays peut exporter ses richesses, l'argent peut entrer, mais mal géré, et le pays replonge dans la misère.

Au Sénégal, Macky Sall est passé à l'acte. La Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite a commencé à fonctionner. Mais jusque-là, il n'y a pratiquement que Karim Wade qui en a fait les frais. Ceci ressemble plutôt à un règlement de compte politique, et ne traduit pas une volonté de rompre avec les mauvaises habitudes qui concernent beaucoup de Sénégalais. Au Sénégal, comme partout ailleurs en Afrique, ils sont plusieurs millions de citoyens à s'enrichir de façon illicite. Si Macky Sall était si motivé que ça, beaucoup de Sénégalais devraient justifier de leurs biens, comment l'avait fait Thomas Sankara en son temps, et plusieurs milliards entreraient ainsi dans les caisses de l'Etat. Et puis, la lutte contre l'enrichissement illicite devrait s'accompagner d'une mise en place d'un système efficace de contrôle de la circulation de l'argent dans le pays. Or, on en est loin au Sénégal.

En définitive, tant que les Africains ne mettront pas en place un système pour maîtriser la circulation de l'argent, tant que les individus ne justifient pas de leur source de revenu, on ne peut parler de développement. Ils ont gagné au loto pour construire une maison de luxe ? Ils n'ont qu'à le justifier, sinon l'Etat récupère le bien mal acquis. Tant que rien n'est fait en ce sens, la misère est encore devant pour les siècles des siècles.

Etienne BETEL