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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Pages d'histoire de Al Hadj Garondé Djarma

La eunesse tchadienne, je lis pour vous le 3ème, 4ème et 5ème, le document historique sur les événements dramatiques survenus au Ouaddaï pendant la conquête coloniale de 1908 à 1912. 


Al hadj Garondé Djarma 


SITUATION GENERALE DU TERRITOIRE A LA VEILLE DE LA PREMIERE COLONNE AU MASSALITE (OCTOBRE 1910)
Sommaire :
I- Situation sur la frontière septentrionale
II- Situation orientale
III- Accroissement des effectifs en 1910 : leur répartition
IV- Organisation administrative

I- Situation sur la frontière septentrionale


Le désastre de Ouadi-Kadja avait eu un retentissement énorme chez les Senoussistes du Borkou. Ces adversaires irréductibles de l’influence française crurent, le moment venu, de prendre l’offensive contre nous, soit par des attaques directes sur nos postes du Kanem, soit en prêtant aide à Doudmourrah au Ouaddaï. L’établissement fort opportun d’une compagnie méhariste à Ziguéï (7ème compagnie, Capitaine Cauvin) leur parut constituer une menace – alors que ce n’était qu’une parade – les amena à renoncer à ces velléités et les maintient sur une stricte défensive pendant une opération d’avril et mai au Ouaddaï. Mais une action au Borkou n’était pas, pour l’instant, dans les idées du commandement qui n’en voyait ni la possibilité ni même l’utilité. Aussi enhardi par notre attitude, nos ennemis deviennent agressifs. En juillet, trois rezzous opèrent avec succès sur le front nord du Ouaddaï. Un autre vient, au début d’août, piller le village de Kourkour dans le Nord du Batha ; il est poursuivi, rejoint et détruit par le Lieutenant Berraud qui reprend le butin et délivre les prisonniers. De nombreusx agents Senoussistes, des patrouilles du Borkou, sont signalées en juillet et août sur les confins du Kanem et jusque dans le territoire du Niger. La propagande des Senoussistes s’exerce avec ardeur sur les populations nomades qu’ils cherchent à détacher de nous, les invitant à les rejoindre au Borkou : ils entrainent ainsi, le 14 août, la défection de plusieurs groupes du Ouled Souleyman et de leur chef. Sur l’ordre du commandant du territoire, la surveillance la plus étroite est exercée en octobre par le capitaine sur les Tédas et Souleymanes restés au Kanem. 
Dans un autre ordre d’idées, il y a lieu de relater, dans la circonscription du Batha, l’opération exécutée en octobre par le Capitaine Lagrange et le Lieutenant Alexandre contre les montagnards du massif du Guéra, populations sauvages, encore en partie insoumises, contre lesquelles, plusieurs fois déjà, la troisième compagnie avait essayé d’agir sans grands succès. Contres les gens armés uniquement de sagaies et fort habiles, du reste, dans le maniement de cette arme, la tactique de cette petite opération consiste avant tout – pour éviter des pertes inutiles à « voir » et à ne pas se laisser approcher : deux résultats assez malaisés à obtenir en pays montagneux, surtout pour une troupe de faible effectif. Le Capitaine Lagrange s’en tire fort habilement : 1 tirailleur tué et 1 blessé furent le prix de cette expédition qui faisait faire un pas important à la pacification de la région d’Abou-Telfane. 
II- Situation sur la frontière orientale
De ce côté, Doudmourrah et Tadjadine constituent le gros danger. En mai, le Massalit était encore top faible pour réaliser ce que nos ennemis attendaient de lui. Mais à mesure que notre inaction se prolonge, sa situation matérielle grandit. On répète partout que le Massalit est interdit aux Français, qu’ils n’ont pas le droit d’y pénétrer. Ainsi, le Lieutenant-colonel Moll câblait-il, le 20 juin, au Gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française à la suite de la marche du Capitaine Chauvelot sur Bir-Taouil : « Reste absolument convaincu, nouvelle impunité nous fera perdre de nouveau sécurité reconquise à Guéréda. Je demande instamment autorisation à châtier Massalit dès que je jugerai circonstances favorables. Je garantis succès complet ». La réponse du Gouverneur général rappelait que le Massalit se trouvait sur un territoire à frontière indéterminée dont une grande partie pouvait nous être contestée par l’Angleterre ; qu’il importait d’y constituer nos droits éventuels moins par des postes que nous pourrions être appelés à évacuer, que par la reconnaissance du pays et l’extension de notre influence sur les populations ; que, par la suite, notre occupation devait se faire plus par action politique que par action militaire, l’action n’étant là que pour appuyer l’action politique. Toutefois, au cas où les Foriens et les Massalites continueraient leurs incursions sur des régions ayant reconnu notre autorité, le commandant du territoire était autorisé à les poursuivre – avec des effectifs suffisants pour éviter tout insuccès – et à exercer le droit de suite comme il est naturel vis-à-vis de peuplades inorganisées.
Pendant les mois d’hivernage (juillet – septembre), tout reste à peu prêt calme, mais en octobre les incursions recommencent.
L’arrivée des unités de nouvelle formation va bientôt permettre au Colonel Moll d’agir. Ces deux compagnies arrivent à Abéché en octobre et leur seule présence produit déjà une impression des plus salutaires dans tout le Ouaddaï. 
III- Accroissement des effectifs en 1910 : leur répartition
Après le massacre de la colonne Fiegenschuh, l’effectif du bataillon mixte fortement réduit, était tombé à 950 hommes. Nous avons vu plus haut les mesures proposées, adoptées pour son renforcement. Ces premiers renforts arrivés furent la 6ème compagnie fournie par le bataillon de l’Oubangui-Chari, occupa le Bahr-Salamat et le Moyen-Chari ; et les hommes recrutés à Zinder, formèrent le noyau de la compagnie méhariste de Ziguéï (7ème). Les deux dernières compagnies (5ème et 8ème) arrivent à Abéché le 10 octobre. 
Ces huit unités devaient former deux bataillons ; le « bataillon mixte du Tchad » devenait le « régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad ». 
L’idée générale qui présida à la nouvelle répartition des unités fut la suivante : 
- Couvrir les flancs sud et surtout nord de l’occupation du Salamat d’une part, du Kanem et du Batha d’autre part ; 
- Faire tenir par des gardes régionaux et par la compagnie de Fort-Lamy, les régions de l’arrière pays depuis longtemps pacifiées (Dékakiré, Baguirmi, Bas-Chari, etc., etc.).
Tout le reste du bataillon (3 compagnies y compris les 5ème et 8ème) attendu en octobre) au Ouaddaï, comme les troupes d’occupation et d’opération. En fin octobre, l’effectif des troupes du territoire remonte à 1600 hommes. Au moment où vont converger les opérations contre le Massalit, les emplacements des unités sont les suivants :
7ème compagnie méhariste (Capitaine Chauvin) Ziguéï 
Kanem - 4ème compagnie (Capitaine Brochet 

- Section d’artillerie (Lieutenant Mauloin - Mao, Moussoro, Massakory
- Kouloa (Rig-Rig), Mao
Batha 3ème compagnie (Capitaine Lagrange) Ati, Bolong 
Bahr Salamat et Moyen Chari 6ème compagnie (Capitaine Cros) Haraze, Fort-Archambault, Am-Timane, Daï, Goundi
Bas Chari 2ème compagnie (Capitaine N) Fort-Lamy
Ouaddaï - 1ère compagnie (Capitaine Chauvelot)
- 5ème compagnie (Capitaine Faure)
- 8ème compagnie (Capitaine Arnaud)
- Section d’artillerie (Lieutenant Joly) - Abéché 
- Bir-Taouil
- Abéché
- Bir-Taouil

La 2ème compagnie fournit en plus deux détachements de renfort à Bir-Taouil. Le bataillon de l’Oubangui-Chari tient Laï, Léré, Binder. 
L’organisation de la défense du Kanem mérite d’être exposée avec quelques détails. Elle comprend tout d’abord un certain nombre de postes dont chacun a un rôle spécial et une mission bien déterminée. Au Nord, Ziguéï sert de poste avancé. Ce poste de Kouloa (ou de Rig-Rig) assure la liaison avec l’Afrique occidentale française et sert de point d’appui aux nomades Thitati. Moussoro tient le Bahr El-Ghazal et relie le Kanem au Batha. Enfin, Massakory assure la communication avec Fort-Lamy en même temps que l’administration de Dagana. 
Indépendamment des garnisons fixes de ces postes, il y a des unités stationnées à Mao et Ziguéï. Leur rôle est de protéger tous les points de la région contre les incursions possibles et le cas échéant, de donner la chasse aux rezzous. Ils doivent se tenir constamment en liaison et être toujours prêts à marcher instantanément. Malgré ce dispositif, à la fois serré et mobile, la tranquillité dont jouira la région du Kanem ne sera encore que très relative. 
IV- Organisation administrative
Un arrêté du Gouverneur général, en date du 5 octobre 1910, déterminait et organisait les circonscriptions administratives du territoire militaire. Ces circonscription au nombre de 9, étaient les suivantes :
Circonscriptions Chefs-lieux 
Kanem Mao
Batha Ati
Ouaddaï Abéché
Bas-Chari Fort-Lamy
Baguirmi Massé (Tchikina)
Salamat Am-Timane
Mayo-Kebbi Léré
Logone Laï 
Moyen-Chari Fort-Archambault

LES OPERATIONS MILITAIRES DEPUIS LA PREMIERE COLONNE JUSQU’A L’ARRIVEE DU COLONEL LARGEAU (NOVEMBRE 1910 – MARS 1911)
Sommaire :
I- Première colonne du Massalit : Combat de Doroté (9 novembre) ; Mort du Lieutenant-colonel Moll 
II- Les enseignements du combat de Doroté
III- Deuxième colonne du Massalit
IV- Reconnaissance du Djourab (9 février – 7 mars 1911 ; Combat de Faika

I- Première colonne du Massalit : Combat de Doroté (9 novembre) ; Mort du Lieutenant-colonel Moll 
Décidé à opérer en pays Massalit la répression depuis longtemps projetée, le Lieutenant-colonel Moll arrête les dispositions suivantes :
1- Une colonne principale d’environ 300 hommes et 2 pièces de canon, se concentrera à Bir-Taouil pour marcher contre les forces de Tadjadine et de Doudmourrah signalées aux environs de Dridjel, capitale de Massalit ;
2- Une colonne secondaire formée par la 8ème compagnie (Capitaine Arnaud), à l’effectif de 30 officiers, 3 sous-officiers, 130 indigènes et 70 cavaliers auxiliaires, quittera Abéché le 28 octobre et se portera par Mourrah, Niéri et Birrok sur la frontière, entre le Guimir et le Massalit. 
La mission est de barrer la route à Doudmourrah s’il cherche à retourner vers le Nord, de rallier à notre cause les Tamas et les Guimirs, et de détacher de Tadjaddine les populations de Massalit-nord, afin de nous faire des uns et des autres des auxiliaires pour l’arrestation de Doudmourrah. Dans cette mission « tant politique que militaire » le Capitaine Arnaud doit se faire prêter un concours actif par les sultans du Tama et du Guirmir. La faculté lui est laissée d’envahir le Massalit par le Nord et de marcher sur le Ouadi-Kadja pour faire sa jonction avec la colonne principale. Mais il ne doit pas perdre de vue que son but le plus important est la capture de Doudmourrah : tout doit être subordonné à cette partie de sa mission et il ne devra, en particulier effectuer son mouvement sur le sud que si ce mouvement ne diminue en rien les chances d’atteindre le but fixé. De toute façon, il ne devra pas, avant le 10 novembre, arriver dans la région de Drijel. Les communications entre les deux colonnes se feront d’abord par Abéché puis par Bir-Taouil.
Composition de la colonne principale
La colonne principale comprenait : 10 officiers, 10 sous-officiers, 310 tirailleurs et canonniers, fournis en majorité par la 5ème compagnie ; le reste par les 1ere et 6ème.
Les éléments sont repartis ainsi :
1- Une compagnie de manœuvre (capitaine Faure) à 4 sections (Lieutenant Crépin, Lieutenant Crépin, Lieutenant L’Herrou, Lieutenant Georg, Adjudant Lonardi) ;
2- Une section de convoi (Adjudant Leclerc) ;
3- Une section montée (Lieutenant Vial) ;
4- Une section de 80m/m de montagne (Lieutenant d’artillerie Joly) ;
5- Une ambulance (Médecin Major Armstrong).
Le capitaine Chauvelot prit les fonctions de major de colonne, le Lieutenant Brulé celles de renseignement et de chef de partisans (200 auxiliaires sous les ordres du Djarma Abou Sakkine). Les hommes avaient sur eux 200 cartouches et deux jours de vivres. Une réserve de 50 cartouches par homme était transportée au convoi. Le nombre d’animaux de la colonne s’élevait, au total, à 58 chameaux et 59 chevaux. 
Marche de la colonne
La colonne quittait Bir-Taouil le 4 novembre. On essaie pendant les deux jours, de faire trainer les pièces par des bœufs mais la lenteur et la nécessité de charger les canons sur les chameaux pour tous les passages difficiles, font renoncer à ce mode de transport. 
La frontière Massalite est franchie le 5 entre Tountourna et Daouey. On campe le 6 à Adré, le 7 à Kanderé où la colonne Fiegenschuh passa sa dernière nuit. Le détachement est couvert à une heure de distance par les partisans Ouaddaïens et par de fraction de sureté rapprochées. Le convoi et l’artillerie alourdissent beaucoup la colonne et rendent sa marche lente et pénible (3 kilomètres à l’heure environ). 
Le 8, départ à 5h30 du matin. On atteint Djenené et on traverse Ouadi-Kadja. Quelques instants sont consacrés à la mémoire des braves tombés à cette place puis, la marche est reprise sur Dridjel. Quatre indigènes capturés signalent la présence de Doudmourrah et Tadjadine vers Sanyamé. Dans l’après-midi, les guides déclarent ne plus savoir où se trouvent les puits. Les prisonniers affirment d’autre part qu’il n’y a pas d’eau à Dridjel, qu’il faut aller à Doroté pour en trouver. Le détachement fait crochet vers le sud-ouest et arrive à 5h30 à Doroté où l’on campe. Les tirailleurs, épuisés par cette longue journée de marche sans eau, sont à bout de force. La section de l’Adjudant Leclerc va fouiller et détruire Dridjel et revient au camp à 10h. On sut plus tard que dans la même journée, les deux sultans s’étaient portés sur Djenené par la route Kanderé – Lanyamé. 
Installation du campement
Le carré est établi à 5 kilomètres au sud de Dridjel, à un kilomètre au Nord de Doroté sur une croupe orientée Nord-Sud. Le champ de tir est bon dans toutes les directions sauf, vers l’Est. De ce côté, une crête, des cases, des arbustes, des champs de mil masquent les vues. Des épineux faisant défaut pour établir une zériba formant l’obstacle sérieux, on se contente d’élever autour du camp une faible barrière de branchages.
Chaque section occupe deux demi-faces voisines de façon à tenir les angles. Les côtés ont environ 50 mètres. Les hommes sont presqu’au coude-à-coude. Les deux pierres d’artillerie sont en batterie aux deux angles Nord-est (Lieutenant Joly) et Sud-ouest (Maréchal des Logis Dubail). Le service de sureté consiste en un petit poste de 4 hommes en avant de chaque angle du carré, à 100 mètres, la nuit, à 150 mètres, le jour. Les vues des deux petits postes de l’Est sont très bornées. Une sentinelle double, à 30 ou 40 mètres devant cheque face. Le service de quart à l’intérieur du carré. Les auxiliaires Ouaddaïens campent à 80 mètres dans le Nord-ouest. 
Combat de Doroté
Le 9 novembre, réveil à l’heure. Les chameaux et le troupeau de boucherie sont au pâturage, vers l’Est, sous la garde des Bellas et de tiers de la réserve. Les sections de compagnie de marche vont successivement chercher du mil dans les villages voisins. 
A 9h30, la situation est la suivante : pas de service de sureté éloigné. Les cavaliers Ouaddaïens étant occupés à installer leur campement : service de sureté rapproché fonctionnant comme nous l’avons indiqué, c’est-à-dire vue dans la direction dangereuse. Les animaux au pâturage, quelques hommes des sections Crépin, Lherrou et Lonardi en corvée d’eau ; la section Georges en entier à la corvée de mil. Le Colonel assiste à l’interrogatoire que le Lieutenant Brulé fait subir aux prisonniers et qui confirme la présence des sultans vers Sanyamé. 
A ce moment, le Sergent Verdel et les tirailleurs de la section Georges, en corvée vers le Nord-est rentrent en courant : ils ont vu par-dessus la crête à l’Est, des masses ennemies en marche vers le camp. On entend au loin le tam-tam de guerre. Le Colonel fait sonner le rappel, ordonne de faire rentrer les chameaux dans le carré. Les animaux reviennent lentement vers le zériba. Par malheur, ils vont, au moment d’aborder le carré, masquer une partie des tirailleurs du Lieutenant Crépin sur la face Est et tous les tirailleurs de L’Herrou qui occupent l’autre moitié de la face. L’ennemi est arrivé à 600 mètres. Il est au-delà de la crête, mais déjà, on aperçoit les étendards la lueur des lances. Dans la partie nord de la croupe, il commence à être vulnérable. Le Colonel dit de « ne pas tirer encore ». 
A 400 mètres, l’ennemi est bien visible : c’est une masse hurlante de 400 hommes environ, arrivant à toute allure, piétons et cavaliers confondus, ceux-ci armés de sabres et de fusils, ceux-là de sagaies et de haches. En tête, le sultan Tadjadine, vêtu de rouge, galope entre ses principaux Aguids, vêtus de blanc. Cette horde s’avance à la vitesse d’un cheval en course, en poussant une sorte de clameur lugubre, impressionnante à laquelle les tirailleurs répondent par un rire mal assuré. 
Le Lieutenant Joly tire alors, sans en avoir reçu l’ordre, son premier coup de canon. Le Maréchal de Logis Dubail braque également sa pièce : il aura le temps de tirer quatre projectiles. La section Crépin ouvre le feu, la section Georg commence un tir oblique. A ce moment, les chameaux défilent devant la face menacée. D’une voix calme, le Colonel ordonne de le faire baraquer (agenouiller). 
Le Lieutenant Joly tire une seconde boîte à mitraille : le coup fait un large trou dans la masse ennemie. Mais les chameaux effrayés par la fusillade, les hurlements des Massalites, les bruits du canon, défoncent la zériba, bousculent la droite de la section Crépin et provoquent dans le camp qui va grandissant de proche en proche. Cependant, le Lieutenant Joly fait charger une troisième fois sa pièce : sous le coup de refouloir, le projectile passe au travers de l’âme et retombe devant la bouche. On recharge en hâte : même résultat. On constate alors que la boîte à mitraille n’a pas de ceinture. 
Dans le carré où déjà les sagaies pleuvent, le désordre augmente. Des palefreniers fuient, des chevaux affolés rompent leurs entraves et sous la poussée des uns et des autres les tirailleurs de la face ouest bousculés, renversés, se débandent. A l’est, l’ennemi arrive sur le carré. Le Lieutenant Joly est atteint d’une balle qui le traverse de part en part. Le Sergent Bal tombe, frappé d’une sagaie au cœur. Les tirailleurs de la face Est commencent à plier, ceux de la face Sud font encore bonne contenance. Et l’un des officiers passe à ce moment près du Colonel, l’entend dire sans la moindre émotion : « De grâce, Monsieur, tenez vos hommes. Ce n’est rien ». Il est 9h45. Le carré est envahi. Alors, c’est un torrent, une trompe irrésistible où tout est confondu, hommes, animaux, Européens, Massalites, tirailleurs, fuyards, poursuivants. Cette avalanche dévale vers l’Ouest sur environs 200 mètres de front. Le Sergent Bergère est tué d’une balle au sortie de la zériba, le Lieutenant Joly est achevé un peu plus loin d’un coup de sagaie, le Colonel Moll tombe près de Ouadi, à 350 mètres dans l’Ouest au milieu d’une marre de sang, la nuque hachée de coup de sabre. Le Sergent Alessandri renversé par la hache d’un Massalite que le Lieutenant Vial abat d’une balle de revolver, est achevé un instant après d’un coup de fusil. 
Cependant, des noyaux de résistance se forment, d’abord vers le Nord-ouest autour du Capitaine Chauvelot, du Capitaine Faure, du Lieutenant Crépin puis vers le Sud (10h ou 11h15). Les Européens font le coup de feu, les tirailleurs se groupent de plus en plus nombreux autour d’eux. Du côté de l’ennemi, la mort du sultan Tadjadine a enlevé à la poursuite, une grande partie de sa rigueur. N’étant plus retenus et guidés par ce chef énergique qui avait le sens de la destruction de l’adversaire, la majorité des Massalites s’abandonnent à leur penchant naturel, se sont mis à piller le camp. Les poursuivants de la troupe française, peu nombreux, se sont usés dans la poursuite même. Une centaine de tirailleurs se sont bientôt réunis autour des Européens survivants. La marche au carré commence alors. Le camps a été pillé, dévasté et réoccupé sans résistance. Le Maréchal des Logis Dubail, bien que blessé, poursuit l’ennemi à coup de canon. Le dernier projectile est tiré à 11h20. Les tirailleurs désespérés, rallient. 
Résultat du combat
La très longue liste de nos morts était glorieusement ouverte par le Lieutenant-colonel Moll dont le corps sanglant, est le premier ramené au carré. Puis sont apportés, les corps du Lieutenant Brulé, de l’Adjudant Noël, des sergents Bal, Bergère, Alessandri, du Lieutenant Jolly. Dans l’après-midi, on retrouve le corps de l’Adjudant Leclerc. 
Après Fiegenschuh et ses compagnons, c’étaient de nouvelles victimes du devoir, tombées vaillamment « aux avant-postes pour le service et la gloire de la plus grande France ». Ce sont de nouveaux noms à inscrire au livre d’or de notre conquête africaine « mais aussi ce sont des prix de sang des meilleurs d’entre nous ». 
Nos pertes définitivement constatées seront de 8 Européens et 5 blessés sur 20 ; 37 tirailleurs tués ou disparus et 69 blessés sur 310. Le Djarma Abou-Sakkine a été tué, l’Aguid As-Sabah est couvert de blessures ; 54 fusils ont été pris. Presque tous les bagages et les animaux ont disparus. 
L’ennemi de son côté, a subi des pertes considérables. 600 cadavres Massalites jonchent le sol. Trois étendards ont été abandonnés sur le terrain. Ce soir, des partisans apportent au bivouac la tête de Tadjadine. 
Séjour à Doroté : Combat de Sanyamé
La situation ne laisse pas que d’être des plus graves. Si par malheur l’attaque ennemie se renouvelait, quelle force de résistance pourrait-on attendre d’un détachement aussi éprouvé ? Le Capitaine Chauvelot à qui revient le commandement, prend immédiatement toutes les mesures nécessaires. La zériba est renforcée, le service de sureté rigoureusement organisé. Le soir du combat, il fait tirer le canon comme signal pour la colonne Armand qui doit être à proximité : l’arrivée de cette compagnie constituerait un précieux renfort pour le détachement, remonterait son moral et lui procurerait les moyens matériels indispensable pour reprendre la marche. Le 10, on procède à l’ensevelissement des morts. Ces Européens sont enterrés dans le sable de Ouadi qui passe au Nord du carré, les fosses soigneusement dissimulées pour éviter toute profanation ultérieure : en janvier, les têtes des Européens avaient été coupées et exposées sur le marché de Dridjel, celle du Capitaine Fiegenschuh fut envoyée à El Fachir. Les journées du 10, 11 et 12 novembre sont passées dans la plus cruelle perplexité. Une certaine inquiétude commence à se reprendre sur le sort de la colonne secondaire. Trois fois jour, le matin, à midi et le soir, le canon est tiré comme signal. Une patrouille est envoyée vers le Nord sans succès. 
Le 13, afin d’avoir à tout prix des renseignements de savoir tout au moins ce qu’est devenu le reste de l’armée Massalite, le Capitaine Faure part en reconnaissance avec 90 tirailleurs et 30 cavaliers Ouaddaïens. Ce même jour, l’ennemi se retire dans l’Est de Sanyamé, envoie une reconnaissance d’une centaine d’hommes, peut-être d’avantage, sous les ordres du nouveau Sultan Andoka, vers Dridjel et Doroté pour savoir ce que font les Français. Les deux reconnaissances se heurtent l’une à l’autre près de Sanyamé. Le détachement français chasse les Massalites d’un mamelon qu’ils occupent : les Massalites se retirent dans les fourrées épineuses environnants et cherchent à nous envelopper. Ils échouent non sans être parvenus toutefois un instant jusqu’à moins de 100 mètres de notre ligne. Après une fusillade d’un quart d’heure, l’ennemi se retire. La reconnaissance rentre au camp. A la nouvelle de ce maigre succès spontanément grossi par l’imagination dans des âmes vides de réconfort, les nerfs se détendent, la confiance renaît. 
Mais on ne peut, cependant, s’éterniser à Doroté. Poursuivre l’action, impossible : l’épuisement du détachement et le manque d’animaux ne le permettent pas. Tout espoir de voir arriver la compagnie Armant semble, par ailleurs, perdu. Le 16 novembre, la colonne prend la route du retour. Mes quelques chevaux qui restent sont affectés au transport des blessés. Les pièces sont trainées à bas d’hommes, les munitions reparties entre les tirailleurs ; tout ce qui ne peut pas être emporté est brûlé. Le 17 au matin, la colonne est arrivée à Kanderé : presqu’en même temps que la compagnie Armand est signalée. 
Marche de la colonne secondaire
La 8ème compagnie partie – ainsi que nous l’avons d’Abéché – le 28 octobre, s’était rendue par Niéri et Birrok au Dar Djebel (Massalit). Le 8 novembre au soir, elle campe à Djémena, le 9 au matin elle atteint Kouta, et dans la soirée Imméda aù, vers 8h, elle entend les trois coups de canon du Capitaine Chauvelot. Le Capitaine réunit tout le cadre français pour le consulter sur la conduite à tenir : la majorité est d’avis de marcher au canon. Le 10 au matin, la compagnie atteint vers 9h la mare d’Assarni. On entend dans la direction de Dridjel une nouvelle détonation. Alors, le Capitaine Arnaud décide de continuer à canon. Mais à quelques kilomètres de Dridjel les auxiliaires reviennent groupés ; ils ont appris d’un jeune boy du Djarma Abou-Sakkine fait prisonnier par les Massalites et échappé de Dridjel le matin même, que la colonne principale a été surprise la veille vers 8h du soir dans son carré, que les canons ont été enlevés, que le Colonel a été tué, que les tirailleurs sont en retraite sur le Bir-Taouil : ce sont les Massalites qui ont tiré le canon le matin à Dridjel dans un grand tam-tam. 
Le Capitaine Arnaud estime qu’il n’a pas le droit d’engager dans une aventure risquée la compagnie dont il a le commandement et qui peut devenir la seule sauvegarde de la région du Ouaddaï. Il décide, en conséquence, d’opérer sa jonction avec la colonne principale, vers l’arrière, sur la ligne de retraite probable. Le 11, marche dans la direction du Nord vers l’Ouest de Challalé ; le 12 on fait de l’Ouest et on gagne le col de Melmélé ; à 3h de l’après-midi, on est au puits d’Abouchadra ; le 23, à 9h du matin, à Koudry et à Tountouma dans la soirée. Là, le Capitaine est en relation avec le poste de Bir-Taouil, et sur les nouvelles indications qu’il pourra faire le 17, près de Kanderé, sa jonction avec le Capitaine Chauvelot en retraite sur le Ouaddaï. En fait, l’arrivée de la compagnie Arnaud, le 11 ou le 12 à Doroté, n’eût rien changé à la situation : la reprise était impossible, une troupe aussi éprouvée que celle qui avait combattu à Doroté se trouvant dans la nécessité absolue de se refaire matériellement et moralement. Cette arrivée eût simplement calmé les inquiétudes et diminué les fatigues de la colonne principale à laquelle, dans le cas d’une nouvelle attaque, les 130 fusils de la 8ème compagnie auraient communiqué un surcroit de forces très utile. 
Retour au Ouaddaï
Quoi qu’il en soit, les deux détachements sont réunis. Les pièces sont chargées sur les chameaux de la compagnie Arnaud. Le 20, la colonne entière est de retour à Tountouma d’où les blessés sont évacués sur Bir-Taouil et où l’on reçoit enfin quelques moyens de transport. 
Le Capitaine Chauvelot n’a pas encore perdu tout espoir de reprendre l’offensive. Peut-être avec le concours de Kamkalak Nassir qui se trouve depuis quelques mois dans la région de Gourougne, sera-t-il possible de se procurer les guides et les vivres nécessaires. On se dirige donc vers le Sud-ouest par Ouellé et Téguéré. Mais en arrivant à Gourougne, le 27, on apprend que le Kamkalak Nassir est en fuite sur Abéché. Il n’y a plus qu’à se résoudre au retour. Tandis que la compagnie Arnaud rentre directement à Abéché par Mourrah, la compagnie Faure fait un crochet par Bir-Taouil afin d’installer dans ce poste une partie de son effectif. Le 10 décembre, les deux colonnes étaient de retour à Abéché. 
II- Les enseignements du combat de Doroté
Dans l’histoire de la conquête du Tchad, au milieu de cette série brillante de hauts faits, de succès, de victoires, qui forment la trame de notre épopée dans le centre africain, trois noms seuls, sonnent douloureusement à notre oreille : Ouachenkalé, Ouadi-Kadja, Doroté. Mais Ouachenkalé n’est, en somme, que la surprise banale pourrait-on dire d’un petit détachement isolé. 
Le guet-apens de Ouadi-Kadja est un assassinat plutôt qu’un combat. Ces deux faits peuvent constituer pour nous de souvenirs douloureux : les enseignements que retiendrons ont une portée limitée. A Doroté, au contraire, nous voyons une troupe de 300 tirailleurs, renforcés de 200 auxiliaires, commandée par un chef de haute valeur, nous voyons cette troupe, attaquée dans son propre campement, reporter en fin de compte, ou plus exactement ramasser la victoire, mais une victoire si chèrement payée, une victoire qui fut si près de nous échapper, qu’il y a lieur de rechercher les causes de ces demi-succès au même titre que s’il eut été une défaite. N’est-ce pas d’ailleurs, la plus noble façon d’honorer nos camarades tombés à l’ennemi que de rechercher des enseignements à travers à travers l’héroïsme de leur mort ? 
De ces causes, la plus profonde parait être l’optimisme du commandement et de la plupart des Européens contrastant avec l’inquiétude des indigènes depuis l’affaire Fiegenschuh. Cet optimisme est l’un des écueils les plus graves de la guerre coloniale : des succès trop fréquents entrainent volontiers un mépris exagéré de l’adversaire. On ne croyait pas dans la colonne à une attaque Massalite. N’est-elle pas caractéristique, à cet égard, cette parole prononcée par un officier quelques instants avant l’alerte : « Nous allons nous couvrir de ridicule avec nos « 300 fusils et nos deux pièces de canon ». Quant à l’état d’esprit des tirailleurs, ce cri poussé par l’un d’eux dans la mêlée, le peint bien mieux encore : « Il faut partir ! Même chose Capitaine Fiegenschuh! »
Il y avait donc dans le détachement un désaccord, une sorte de fissure morale à laquelle la composition très défectueuse de la 5ème compagnie donnait une gravité très particulière. Certes, l’éloge de nos tirailleurs Sénégalais et Soudanais (Maliens) n’est plus à faire. Les hommes qui nous ont conquis le Soudan (Mali) tout entier en moins de 20 ans, qui ont traversé l’Afrique à la suite de Marchand, qui travaillent aujourd’hui à nous donner le Maroc après nous avoir donné le Madagascar, ces hommes-là, ont amplement montré, et sur tous les terrains, quelle peut être leur valeur. A coup d’héroïsme et au prix de leurs souffrances et leur sang, ils ont conquis les droits les plus absolus à notre reconnaissance et à notre admiration. Tous ceux qui ont eu l’honneur de marcher à leur tête savent quel est leur entrain, leur endurance, leur courage et surtout quelle confiance aveugle et réconfortante, ils témoignent à leurs chefs. 
Mais donner une chéchia à un nègre, lui mettre entre les mains un fusil sans même lui apprendre à s’en servir, ce n’est pas faire de lui un tirailleur. Formée hâtivement à Zinder avec des éléments de valeur très inégale dont beaucoup, sans instruction militaire coupée en deux à Mao où elle laisse la moitié de son effectif, passée des ordres du Capitaine Brochot à ceux du Capitaine Faure, récomplétée à la dernière minute avec des éléments d’autres unités, la 5ème compagnie était un groupement sans valeur militaire, sur lequel l’action du chef ne pouvait être qu’illusoire et dont la place, en définitive, était moins sur un champ de bataille que sur le terrain de manœuvre. Les tirailleurs de Doroté n’étaient pas les tirailleurs de Dogotchi, de Djoua et de la prise d’Abéché. Plus exactement, ce n’étaient même pas des tirailleurs. 
Si l’infanterie était de valeur intérieure, la cavalerie faisait défaut. Sans doute, une section montée ne peut jamais tenir lieu de cavalerie. Il y a entre elles une différence fondamentale que l’on est trop souvent porté à oublier : c’est que l’une combat à pied et l’autre à cheval ; pour l’une, le cheval n’est qu’un moyen de transport, pour l’autre, c’est un instrument de combat ; la première n’est qu’un « organe », la seconde seule est une arme. La cavalerie eût accompagné la colonne, le 9 novembre, dès le matin, son chef eût certainement fait battre les environs, tout au moins dans la direction signalée comme dangereuse. Dès le début de la lutte, une charge dans le flanc de la colonne Massalite eût émoussé l’élan de l’attaque et peut-être évité l’envahissement du carré et la panique. Or, il n’avait jamais existé au Tchad aucun escadron de cavalerie : supprimé en 1908 en tant qu’unité administrative autonome et incorporé dans une compagnie, cet escadron ayant perdu son indépendance, avait fini peu à peu par perdre jusqu’à l’existence. Un sort presque analogue avait été réservé à la batterie. Supprimée en temps que l’escadron, elle avait vu ses deux sections reparties entre deux unités d’infanterie, l’une au Kanem, l’autre au Ouaddaï. A ce régime, l’artillerie était devenue fatalement la domestique de l’infanterie, cette domestique commode qui effectue les convois et les corvées au détriment de son instrument, de sa formation, du développement de ses qualités propres. A constater l’effet terrible produit dans les rangs Massalites par les quelques boîtes à mitrailles que nos pièces eurent le temps de tirer, on ne peut que regretter amèrement le désastreux incident qui arrêta le tir du Lieutenant Joly au moment même où il allait être le plus efficace. N’est-on pas en droit de penser que, si l’artillerie avait eu à sa tête un commandant d’unité indépendant et responsable, les munitions auraient été visitées tant à leur arrivée qu’au départ de la colonne et qu’aucun projectile défectueux n’aurait été emporté dans les caisses. 
Ainsi : mépris exagéré de l’adversaire, insuffisance de formation et d’instruction des tirailleurs, manque d’autonomie constituent la cause du demi-échec de Doroté.
A ces causes d’ordre général intéressant le commandement et l’organisation, il faut ajouter d’autres causes secondaires, d’ordre tactique : l’extrême fatigue des hommes et des animaux après de longue étape sans eau de la veille, et comme conséquences, l’insuffisance du carré eut égard à l’énorme quantité de personnel, de matériels et d’animaux qui s’y trouvaient entassés. Le procédé de commandement du carré par coins et non par faces, procédé qui divise l’attention des chefs de section, établit sur cheque face une dualité de commandement. Enfin, l’ouverture du feu trop tardive ; faute qui fut encore aggravée par le fâcheux contretemps des chameaux venant masquer le tir de la force attaquée. 
Il faut en dernier lieu tenir un juste compte de la valeur de cet adversaire trop méprisé et du caractère particulier de la résistance à laquelle nous étions heurtés alors que jusqu’à ce moment nous n’avions eu à combattre que les bandes guerrières des sultans (la masse de la population restant indifférente). Au Massalite, un chef ayant du prestige, comme Tadjadine, avait groupé autour de lui la population même. Nous avions eu ainsi affaire à une résistance, non pas nationale à vrai dire, mais populaire sous la conduite de ce chef intelligent et énergique. Les Massalites avaient fort judicieusement recouru, à Doroté comme au Ouadi-Kadja, à la seule tactique qui put être favorable à leur nombre et convenir à leur armement : l’attaque en masse et par surprise et la recherche immédiate du corps à corps ; tactique désespérée qui, en face d’un adversaire bien armé, entraine des pertes énormes et qui ne peut être pratiquée que par un peuple d’une farouche énergie, exaltée par le fanatisme religieux et la haine de l’étranger. 
III- Deuxième colonne du Massalite
Premières mesures prises à la suite de l’affaire de Doroté
Dès que lui fut parvenue la nouvelle du combat de Doroté et de la mort du Colonel Moll, le chef de bataillon Maillard, auquel revenaient de droit les fonctions de commandant du territoire, prit les mesures indispensables pour combler les vides produits et préparer les éléments nécessaires à une action énergique et définitive contre le Massalite. La situation était sensiblement la même qu’après l’affaire Fiegenschuh : le territoire encore n’avait pas la moindre réserve à sa disposition et, dégarnir d’un seul homme, en un pareil moment, le Kanem et le Batha, eut été une véritable folie. Il fallut, pour la seconde fois, recourir aux sources de la colonne voisine. Sur la demande du commandant Maillard, la compagnie Chambon (1ère compagnie de l’Oubangui-Chari) rassemblée à Fort-Archambault, fut dirigée d’urgence sur Fort-Lamy et Abéché où elle arriva le 10 janvier. Le commandant était arrivé, lui-même le 21 décembre, à Abéché, accompagné du Capitaine d’artillerie coloniale Blard, qui devait réorganiser la section d’artillerie. 
Préparation de la colonne 
Dans le but de protéger la frontière ouaddaïenne contre les incursions des Massalites enhardis par le retrait de nos troupes, le commandant de la circonscription du Ouaddaï avait, dès le milieu de décembre, fait partir les compagnies Arnaud et Faure respectivement pour Kéguéré et Gourougne. A l’abri de la couverture constituée par ces unités et par le poste de Bir-Taouil, le Cammandant Maillard va pouvoir réorganiser la colonne ; leurs reconnaissances dans les directions de Dérimba, Guérigné vont lui permettre de l’orienter. 
L’ennemi, après quelques incursions, s’est replié derrière le Ouadi-Kadja. Le commandant décide de concentrer la colonne à Gourougne et de pénétrer dans le Massalite en remontant le cours d’eau desséché de Ouadi. La question de l’eau est, en effet, primordiale à cette période de l’année et l’on peut espérer en trouver en abondance le long de la route choisie, en creusant dans le lit sablonneux de la rivière. 
Le détachement qui arrive le 18 janvier à Gourougne comprenait 26 officiers et sous-officiers Européens et 516 indigènes repartis en 4 compagnies (Capitaines cauvelot, Faure, Arnaud et Chambon), une section d’artillerie (Capitaine Blard) et une section montée (Lieutenant Vial). 150 auxiliaires Ouaddaïens accompagnaient la colonne, 76 chameaux marchaient en convoi. Bien que devant vivre sur le pays, on emportait 4 jours de viande sur pied.
Dispositif de marche et stationnement
Les dures leçons de Ouadi-Kadja et de Doroté nous avaient suffisamment renseignés sur la méthode de combat préférée de l’ennemi, aussi le dispositif de marche, de stationnement et de sureté furent-ils particulièrement étudiées dans le double but d’éviter la surprise et de parer à l’attaque en masse et à l’enveloppement.
En marche 
La sureté éloignée était assurée par les auxiliaires Ouaddaïens sous les ordres du Lieutenant Berraud, la sureté rapprochée, par la section montée. 
A l’avant-garde : 1 compagnie ayant une section à 200 mètres en pointe de 2 escouades de flanc-garde. Chaque fois que le terrain le permet, les sections du gros d’avant-garde marchent en ligne de sections par deux à intervalle de déploiement. Le gros, à 200 ou 300 mètres en arrière comprend : 1 compagnie d’artillerie, 1 compagnie de convoi. Si le terrain permet la marche en carré, les deux compagnies encadrent l’artillerie et le convoi, leurs sections étant disposées en échelons débordant de l’avant à l’arrière, avec escouades en flanc-garde.
A l’arrière : 1 compagnie.
En station : Le bivouac est formé en carré, une compagnie sur chaque face. L’installation au carré se fait sous la protection des auxiliaires et des deux compagnies d’avant-garde, qui viennent ensuite former avant et arrière du carré. 
Marche et opérations 
Le 19 au matin, la colonne quitte Gourougne. Son objectif est le rassemblement principal ennemi signalé vers Doroté. Le 20, à Dodorona, le campement est attaqué par environ 300 hommes. Reçu vigoureusement par le feu des compagnies Faure et Arnaud, l’ennemi bat en retraite laissant 80 morts sur le terrain. 
On continue la marche vers Doroté, en suivant jusqu’à Abouroundi, le lit du Ouadi-Kadja. Le 23 janvier, en débouchant dans la plaine de Doroté, la cavalerie auxiliaire signale la présence de l’ennemi. La compagnie d’avant-garde (Chauvelot) se déploie : la compagnie Arnaud à sa gauche, l’artillerie à sa droite, la compagnie Faure se place en crochet défensif à la droite, la compagnie Chambon en réserve en arrière et à gauche. Suivant leur invariable tactique les Massalites (1 millier d’hommes à pied et 250 ou 300 cavaliers) se lancent en masse à l’assaut. Leur élan est arrêté net à 100 mètres par nos feux d’infanterie et le tir à mitraille de nos deux pièces. Les compagnies Arnaud et Chauvelot se portent en avant, baïonnette au canon : l’ennemi fut sans grande résistance, abandonne sur le terrain un étendard, 100 cadavres et un grand nombre d’armes. 
Le groupement principal étant dispersé, il s’agit d’atteindre les fugitifs ou les petites fractions disséminées. Le Commandant Maillard se porte sur les traces des fuyards dans la direction de Sourbalhal et établit son camp à Soumané où il reste du 24 au 27 janvier faisant rayonner, tout autour de ce point central, des détachements mobiles. L’un d’eux, sous le commandement du Capitaine Faure, met encore en déroute, à Djinéné, une troupe de 300 Massalites à laquelle il tue 120 hommes. 
Andoka et Doudmourrah se sont, parait-il, réfugiés au Dar-For en territoire étranger où il n’est pas possible au commandant de la colonne de les poursuivre sans autorisation. Les instructions du gouvernement interdisent par ailleurs tout établissement de poste, toute installation durable dans le Massalite. Il ne restait d’autres moyens d’action à la colonne que de parcourir le pays en tous sens pour bien monter aux populations que nous étions les vainqueurs incontestés. Pendant un mois donc, des détachements sillonnèrent le pays suivant, de préférence, le lit desséché des cours d’eau afin de rencontrer les agglomérations. Nous ne pouvons suivre dans les détails les mouvements de ces détachements, malgré l’intérêt qu’ils présentent. Dridjel, la capitale est détruite ainsi qu’un certain nombre de villages, plus de 2000 têtes de bétails sont capturées. Les régions du Dar-Djebel et du Dar-Irenga font leur soumission.
Le but que s’est fixé le commandant pouvant être considéré comme atteint, les détachements regagnent alors le Ouaddaï par différents itinéraires. Le 2 mars tous les éléments étaient rentés à Abéché et la colonne était dissoute. 
Résultats obtenus 
Au prix de pertes insignifiantes, la colonne avait obtenu des résultats importants : trois victoires brillamment remportées. Andoka et Doudmourrah en fuite au Dar-For, notre prestige rétabli au dépens du leur, les « Miskines » rendus désormais circonspects par la perte de leurs troupeaux et le ruine de leurs villages. 
Enfin, nos troupes avaient accompli un pieux devoir en recueillant et ramenant au Ouaddaï, pour y être inhumés en terre française, les ossements des Européens tués à Doroté et à Ouadi-Kadja. L’ennemi était déjà loin, le détachement n’eut pas à intervenir et rentra à Abéché, laissant un poste à Bir-Taouil.

 
 
  -- envoyé par Leubnoudji TAH Nathan (nathanlevieuxlion@yahoo.fr)