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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Lettre de Garondé Djarma à la jeunnesse tchadienne
 
Jeunesse tchadienne, jeunesse de terre chérie, jeunesse de chère patrie. Voici un chant d’encouragement pour galvaniser ton orgueil national. Je paraphrase pour toi un chant appris à l’Ecole Régionale d’Ati en 1948.
«Jeunesse, jeunesse, printemps de Beauté
Marche le Temps pressé vers la vérité
Jeunesse, jeunesse fleur d’humanité
Accueille l’ivresse de la liberté
Comme éclats du flamboyant dans le levant
La jeunesse dans nos cours,
Mes chers ardeurs
Laisse passer jaloux 
Jamais à genoux
Et l’avenir est à nous »
Voici la suite des pages historiques des événements dramatiques survenus pendant la conquête coloniale.
Premières opérations de 1910 au Ouaddaï
Sommaire : 
1- Reconnaissance du Capitaine Fiegenschuh au Massalit. Affaire de OuadiKadja (4 janvier 1910
2- Mesures prises à la suite de l’affaire de Ouadi Kadja.
3- Invasion du Tama par les Foriens
Combat de Guerada(7 Avril).
4- Rentrée en scène de Doudmourrah
Operations au Zaghaoua et sur la frontière Massalit 
1-Reconnaissance du Capitaine Fiegenschuh au Massalit
Affaire de Ouadi Kadja (4 janvier 1910)
But et composition de la colonne Fiegenschuh. La reconnaissance des sultanats ouaddaiens, commencé en Aout et Septembre par le dar Tama et le Dar Sila, devait logiquement se continuer par le Dar Massalit. Les liens de Vassalité de ce pays vis-à-vis des Etats voisins n’apparaissaient pas en effet très nets. Dépendait-il historiquement du Ouaddaï ou du Dar-For ?
Question momentanément insoluble, d’où utilité pour nous de nous y créer au plus tôt des droits. Par ailleurs, une nécessité d’ordre plus immédiat nous incitait à agir au Massalit. Poussé en avant par Ali Dinar, le Sultan Tadjadine s’était déclaré ouvertement contre nous et ses menées commençaient à gêner sérieusement notre action au Ouaddaï. Il favorisait et entretenait l’agitation que l’ex Aguid ouaddaïen Soussa fomentait au Dar Tama et se préparait même à envahir ce pays pour en chasser le Sultan instauré par nous.
Une prompte intervention au Massalit était le meilleur moyen de maintenir le calme dans notre nouvelle conquête.
En fin décembre 1909, le Capitaine Fiegenschuh, commandant la circonscription du Ouaddaï, organise donc reconnaissance. Elle comprend comme personnel :
- Capitaine Fiegenschuh Commandant ;
- Lieutenant Vasseur
- Lieutenant Delacommune (artillerie coloniale)
- Marechal des logis Breuillac ;
- Sergent Béranger
- 32 tirailleurs de la section montée ;
- 70 Fantassins.
L’Aguid Es Sabah et ses partisans, établis à Bir Taouil, serviront de guides et d’éclaireurs.
Doivent de plus se joindre à la colonne en cours de route :
Le Contingent de Barkaï, Aguid Al Rachid (50 partisans) ; le Contingent de Cheikh Ibed (30 partisans installés à Nieri, capitale du Tama).
L’intervention du capitaine Fiegenschuh est d’opérer la reconnaissance du Massalit et d’arborer le drapeau français sur la Capitale, Dridjel. Puis le Capitaine et le Lieutenant Delacommune doivent rentrer par le Tama, le lieutenant Vasseur par le Sila.
Le Capitaine Fiegenschuh a, du reste ; envoyé un courrier à Tadjaddine pour l’assurer de ses intentions pacifiques.
Marche de la colonne.
Le 26 décembre le lieutenant Delacommune part d’Abéché avec 15 tirailleurs montés pour aller prendre à Nieri le détachement d’Ibed. Le reste de la colonne quitte la capitale du Ouaddaï le 27 et, par Mourrah, arrive le 30 à Bir Taouil, dans la nuit du 30 au 31. Le détachement du lieutenant Delacommune fut sa jonction avec le Gros.
Le premier janvier, à Kelmedy, le Capitaine reçoit un message de Tadjaddine ; ce dernier affirme « qu’il veut être l’ami des Français comme les sultans du Tama et du Sila ». le Capitaine lui fait reprendre en renouvelant ses assurances pacifiques.
Le 2, à Toumtouma, rejoignent Barkaî et ses partisans. Les indigènes rencontrés déclarent que le Sultan a réuni ses guerriers et qu’il se prépare à la guerre. Qui croire ? Les avis différent dans le détachement. Le Capitaine Fiegenschuh, pour sa part, incline à admettre la sincérité de Tadjaddine.
Le 3 au soir, la colonne bivouaque sur les bords de Ouadi Kadja, aupres d’un petit village abandonné.
Guet- apens de Ouadi kadja.
Le 4 janvier, vers 4 heures du matin, se présente au bivouac un frère de Tadjaddine et un « amine ». Ils sont porteurs d’une lettre dont voici la substance :
« Les Tama, le Guimir, le Sila sont soumis au Français. Je veux faire comme les sultans de ce pays. Attends un jour pour que j’achève de préparer un campement pour toi et tes tirailleurs. »
Les messagers remettent au Capitaine deux pièces d’étoffe, cadeau du Sultan. Cette démarche enlève les doutes qui pouvaient planer sur la bonne foi de Tadjaddine. Tout le monde maintenant dans le détachement est convaincu de ce que les Massalites désirent la paix.
Le Commandant de la colonne garde auprès de lui « l’amine » et le frère du Sultan et fait dire à Tadjaddine de venir à sa rencontre.
A 5 heures, départ dans la formation suivante :
Avant-garde : quelques cavaliers d’Acyl ; section montée (lieutenant Vasseur) ; 
Distance 150 à 200 mètres ;
Section Delacommune ;
Section Breuillac
Section Beranger ;
Convoi ;
Auxiliaires d’Ibed
Les partisans de Barkaï flanquent la colonne à droite, ceux de l’Aguid Es Saba à gauche.
Vers 7 heures, la colonne fait la halte horaire prés d’un point d’eau important. Le Capitaine s’étonne et s’inquiète de ne pas voir Tadjaddine. Son frère lui répond qu’il va venir.
Nouvelle halte à 8 heures, non loin de Djinené on aperçoit, à 5 ou 600 mètres en avant, le campement préparé par Tadjaddine pour le Capitaine et, un peu en arrière, le sultan et ses cavaliers. Le lit de la rivière, au point où se trouve la colonne, est encaissé du coté Nord seulement. Les bords sont très boisés.
Barkaï et l’Aguid As Saba viennent à ce moment rendre compte au Capitaine de ce que de nombreux fantassins massalites entourent la colonne, dissimulés dans les fourrés épineux : « Méfie – toi, dit Barkaï, ils préparent un guet-apens ! » Mais, croyant que les deux Aguids le poussent à se battre pour avoir, en ce qui les concerne, une occasion de piller, le Capitaine n’écoute pas leurs avis. Cependant inquiets, malgré tout, de ne pas voir venir le Sultan, il fait déployer deux sections (Delacommune et Breuillac), mettre la baïonnette au canon et ordonne de faire serrer le convoi. Une certaine nervosité anxieuse commence à se répandre dans le détachement. Pressentant un danger, les tirailleurs chargent leurs armes : le Capitaine s’en aperçoit, et interdit formellement de tirer. Il envoie alors le lieutenant Vasseur avec Ibed, un interprète et un Sergent indigène dire au Sultan de venir le saluer. Tadjaddine accueille correctement le Lieutenant, mais déclare qu’il est fatigué et donne à haute voix à ses Aguides l’ordre d’aller porter leurs hommages et les siens au Chef des Français.
Les Massalites profitent de ce temps d’arrêt pour envelopper complètement la colonne.
« Quand la petite troupe du Lieutenant a fait demi – tour et qu’elle a gagné 200 mètres, le signal est donné : on entend les cris de « Allah ! Allah! » Furieusement, les Massalites sortent des bois et entourent la colonne, les cavaliers chargent. En un instant la mêlée est effroyable ; surpris, les tirailleurs ne peuvent faire usage de leurs armes.
Le Capitaine et le Lieutenant Vasseur reçoit, par derrière, un coup de sabre sur la nuque qui lui tranche la tête.
« Le Marechal de Logis Breuillac, dont la section est en bon ordre, rallie ses tirailleurs ; 12 tirailleurs et 15 auxiliaires se groupent autour de lui. Il cherche à rejoindre le capitaine, puis, voyant l’inutilité de ses efforts. Il essaie de se faire une trouée à la baïonnette. Il y réussit, mais il est vigoureusement poursuivi. Son cheval est tué, il continue le combat à pied. A ce moment, il reçoit une sagaie dans la cuisse et tombe, les tirailleurs se rallient autour de lui. Trois tombent blessés mortellement. Le nombre des Massalites augmente. Ils attaquent furieusement. le Marechal des Logis reçoit un coup de sabre qui l’achève. »
Le Caporal Mamady Sidibé prend alors le commandement de quelques hommes qui restent et bat en retraite. Apres avoir lutté sans défaillance jusqu’à la nuit, 9 tirailleurs et 10 auxiliaires, la plupart grièvement blessés, parviennent à s’échapper. Ils arrivent le 9 à Abéché et font le récit de l’affaire. Un autre tirailleur Yoro Diakité rentre à Abéché le 3 février ; atteint de deux blessures, dépouillé et laissé pour mort, cet homme, doué d’une rare énergie, avait vécu pendant 15 jours de baies sauvages et était parvenu à regagner le Ouaddaï, se cachant le jour, se trainant péniblement pendant la nuit.
Résultats
Nos pertes, en cette déplorable affaire, étaient cruelles. Outre les cinq officiers et sous officiers européens, 100 tirailleurs et 81 partisans, dont l’Aguid Es Saba, étaient tués ou avaient disparu. 184 fusils, 22000 cartouches, 2 revolvers, 58 chevaux et chameaux, tel était le butin tombé aux mains de l’ennemi.
Les pertes des Massalites étaient inconnues. D’après certains dires, ils auraient passé trois jours à enterrer leurs morts. Deux ans plus tard, l’un des témoins de cette lutte héroïque, Andoka (2) devenu Sultan des Massalites, exprimant à l’un de nos officiers son admiration pour nos glorieux martyrs de Ouadi kadja, affirmait que leur défense désespérée avait fait prés de 600 victimes dans les rangs des agresseurs. Devant la mort inévitable ajoutait-il, pas un tirailleur n’avait fléchi, pas un n’avait demandé grâce ! 
Douloureuse en elle-même, grave par les répercussions qu’elle allait avoir l’affaire de Ouadi kadja ne savait à proprement parler, être qualifiée de défaite militaire. Lâche guet-apens, en effet, et non manœuvre loyale, cette soumission, hypocritement simulée dans le but perfide d’attirer son adversaire dans un piège. Assassinat et non combat, cet égorgement prémédité d’une troupe confiante par une horde de meurtriers embusqués à l’affût. Désastre et non défaite, cette hécatombe d’héroïques victimes.
Ces réserves une fois faites sur la noblesse et la légitimité du procédé initial, reconnaissons que nos adversaire avaient, avec beaucoup d’habileté et d’à propos, adopté pour nous combattre une tactique fort judicieuse (attaque en masse et par surprise, recherche du corps à corps), tactique dont nous auront malheureusement l’occasion de reparler à propos du combat de Doroté. 
De notre coté, on est évidement en droit de reprocher-après coup-au commandant du détachement de n’avoir pas pris les mesures de sécurité que pouvait commander une juste méfiance et qui s’imposent à tout détachement à proximité de l’ennemi. Le fait est indéniable. Le reproche serait-il vraiment mérité ! Problème de psychologie et de politique, peut être plus que de tactique. Fiegenschuh ne croyait pas « marcher à l’ennemi ». Il venait en confiance, la main tendue : et 200 vies humaines furent pour nous le prix de ce geste loyal ! La leçon du reste ne fut pas perdue, et il est intéressant de comparer à la confiance exagérée du Capitaine Fiegenschuh vis-à-vis de Tadjaddine, la conduite prudente et circonspecte des officiers auxquels. L’année suivante-Doudmourrah vint faire sa soumission. 
Victime de la même audace qui l’avait conduit à Abéché, le capitaine fiegenschuh venait de donner sa vie par l’œuvre dont il avait été le premier artisan. Enfant de l’Alsace, il succombait en brave, avec ses camarades de France et ses tirailleurs d’Afrique, pour la gloire de la patrie commune. « C’est avec des héros de cette sorte que, depuis l’Atlantique jusqu’aux confis du Ouaddaï, depuis la Méditerranée jusqu’au Congo, nous avons conquis à coup d’audace notre immense empire africaine. Le chemin de nos conquêtes est ainsi marqué, de distance en distance, d’ossuaires douloureux que nous devons saluer mais devant lesquels nous devons relever fièrement la tète, car il témoigne que l’esprit d’entreprise de notre race est aussi actif que par le passé, que la hardiesse de nos soldats reste la même qu’autre fois et que l’amour de la France est toujours capable d’inspirer à ses enfants le sacrifice allègre de leur existences ? (1) »
Mesures prises à la suite de l’affaire de Ouadi Kadja. Le désastre de Ouadi kadja ne pouvait manquer d’avoir une grave répercussion sur le restant du territoire. Bakhit sultan de Sila, donnait immédiatement l’exemple à nos adversaires, en écrivant à Tadjaddine pour le féliciter de sa victoire et lui annoncer qu’il était tout disposé à s’unir à lui pour combattre désormais les français.
Pour parer aux dangers de la situation, il fallait renforcer au plus tôt les effectifs du Ouaddaï, sans compromettre pour cela la sécurité des autres régions du territoire. En l’absence de toute troupe de réserve, le lieutenant colonel Moll se vit obliger de recourir dans la plus large mesure à l’emploi des gardes régionaux et des troupes auxiliaires. Les mesures prises par lui furent les suivantes : 
1/ Subdivision des gardes régionaux aux tirailleurs de la garnison de Melfi que le lieutenant George reçut ordre de conduire sans retard à Abéché ; 
2 / Evacuation de tous les postes occupés par la 3ème compagnie, à l’ exception d’Ati ; maintien à Ati du lieutenant Raymond et de 80 tirailleurs, avec mission strictement défensive ; envoi sur Abéché du restant de la compagnie sous les ordres du capitaine Lagrange. Les mouvements de la concentration devaient amener ver fin Février les troupes d’Abéché au total suivant :
Détachement d’Abéché 200 hommes environs 
Détachement du Batha 135 Hommes 
Détachement du Salamat 80 sur 415 Hommes.
Cet effectif serait suffisant pour permettre au chef de bataillon Julien, nouveau commandant de la circonscription de l’Ouaddaï, de prendre l’offensive et de punir rapidement et avec la dernière sévérité le crime commis.
3/ D’autre part pour couvrir le Fitri contre une action Senoussiste fort possible, le lieutenant Daniel, commandant la subdivision de Bokoro, est détaché dans la région de Rahade Al Salamat avec un détachement de garde régionaux et le goum de Sultan du Fitri. Il doit se relier, d’ une part, avec le lieutenant Besnier, commandant la subdivision de Moussoro. 
4/ Enfin le lieutenant colonel Moll demandait au détachement l’envoi urgent de 250 sénégalais pour combler les vides de l effectif budgétaire.
Les dispositions prises n’étaient que de mesures de première nécessité, aussi judicieuses qu’indispensables, mesures de fortune destinées à faire face sur l’heure, et au moyen des éléments trouvé sur place, aux exigences de la situation, mais tout à fait insuffisantes pour garantir et rassurer l’avenir.
A Brazzaville même impuissance : en aucune des colonies du groupe ne se trouvait de réserve immédiatement disponible, que l’on put diriger sur le Tchad. Pour parer au plus pressé, ordre fut envoyé au bataillon de l’Oubangui Chari de passer d’urgence au bataillon du Tchad à la 1ère compagnie, stationnée dans la région de fort Archambault ( Sarh)(1). Par ailleurs après entente avec le gouvernement général et le commandant supérieur des troupes de l’Afrique Equatoriale Française, les mesures suivantes furent arrêtées par le Ministre : 

1 Recrutement immédiat dans la région de Niamey- Zinder de 110 indigènes, qui seront dirigés dans le plus bref délai sur le Tchad pour remplacer les tirailleurs tués au Ouadi Kadja. (L’envoi de cette relève et des renforts fournis par l’Oubangui Chari doit permettre d’effectuer la répartition- déjà prévue- des forces de bataillon mixte en 6 compagnies.
2 Création au Tchad de deux nouvelles compagnies. Les cadres européens devaient partir de France les 23 et 25 Avril à destination de Cotonou, d’où par la voie de Dahomey, ils iraient au Mali autrefois (Soudan français) former les nouvelles unités pour les conduire au Tchad. Ces deux compagnies étaient du reste déjà prévues au budget pour la fin de 1910 et leur création ne fut qu’avancée.
INVASION DU TAMA PAR LES FORIENS
Combat de Guèreda (7 Avril)
Invasion du Dar Tama par les Foriens
Cependant la situation s’aggravait au Ouaddaï. Tandis que les Senoussistes au Nord, les Massalites au Sud, s’agitaient et paraissaient disposés à l’offensive que Doudmourrah semblait s’apprêter à rentrer en scène, une colonne Forienne de 4000 fusils environ sous les ordres d’Adoum Roudjal, grossie d’un millier de ouaddaïens dissidents, d’Arabes, de Zakhawas sous les ordres de Badiour, envahissaient le Dar Tama, occupait le 8 mars la Capitale Nieri, chassé le Sultan intronisé par nous, Hassane et réinstallait Outman. Les contingents Foriens et Ouaddaïens poussaient leurs incursions jusqu’à 50 kilomètres d’Abéché, brulant les villages, emmenant avec eux gens et biens.
La zone particulièrement menacée par eux était comprise dans le triangle Nieri, Mourrah, Bir Taouil. Plus au Nord le pays était excessivement difficile plus à l’Est, c’était la frontière Massalit. 
Il importait tout d’abord de couvrir cette région. Julien à cet effet, dés le milieu de Mars, un détachement sous les ordres du Capitaine Lagrange, sur Mourrah, tandis que deux groupes de partisans d’Acyl étaient chargée de Garder ; l’une la zone comprise, et l’autre, la zone du Nord de cette dernière route. Bientôt les mouvements de concentration ordonnés par le Lieutenant Colonel Moll permettent de renforcer le détachement et le Capitaine Chauvelot (remplaçant du capitaine Lagrange qui rentre à Ati) va se trouver assez fort pour prendre l’offensive. Pour des raisons de ravitaillement le Capitaine Chauvelot se porte de Mourrah sur Mabrone. Là il apprend par des Arabes venant du Tama que les Foriens sont etablis à Guèrèda, dans des campements solidement defendus par des palanques et des Zeribas. Un fort detachement est à Niéri avec Outman.
Le 3 avril au matin, le Capitaine reçoit les derniers renforts d’Abèche, en même temps que les dernières instructions du chef de bataillon.
« La situation générale du territoire et de la circonscription, écrivait le Commandant Julien, ne peut supporter même un demi succès : Victoire ou rien.
Ne vous engagez pas contre les Foriens sans être absolument sûre de la victoire ; dans le doute, abstenez- vous, notre mission spéciale étant de gagner du temps pour permettre l’arrivée des renforts qui nous mettrons en situation de parler haut et ferme. D’autre part, la question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle de Tama.
Aurons-nous seulement 8 jours à notre disposition ? J’en doute. »
Composition et marche de la colonne.
Le soir du 3 Avril est employé à l’organisation définitive de la colonne qui comprend :
6 officiers (Capitaine Chauvelot, Lieutenant Crépin, Georg, Hamel, deJoncquières, médecin, aide-major Amstrong) ;
4 Sous officiers européens ;
200 tirailleurs des 1er, 2e et 3e compagnies ; 
50 auxiliaires avec l’Aguid El Rachid, Barkai.
Partie de Mabrone, le 4 Avril au matin, la colonne atteint, le 5 Guilmé, où l’on apprend que Outman a évacué Niéri et rejoint Adoum Roudjial à Guéréda. Par Bir-Bassoum, on arrive le 6 au soir, à un point d’eau distant de 13 à 14 kilomètres des campements Foriens. On campe à l’abri d’une forte zériba. Une ample provision d’eau est constituée, le seul puits que l’on doive rencontrer étant celui de Guéréda, d’où il faut d’abord déloger l’ennemi. 
Combat de Guéréda. Le 7 Avril à 4heures du matin, la colonne est mise en marche dans la formation suivante :
Avant-garde :
Aguid Barkai avec 15 cavaliers auxiliaires ; 
½ section (Lieutenant Georg)
Gros
½ section (Sergent Guidicelli)
1 section (Lieutenant de Joncquières) ;
Convoi encadré par 2 sections (Lieutenant Crépin et Hamel).
Arrière garde :
5 cavaliers et 10 partisans à pied.
Flancs-gardes :
10 cavaliers auxiliaires sur chaque flanc.
Vers 8 heures, la colonne arrive sur une croupe dénudée au sud-Ouest du massif rocheux AB. Deux groupes d’une centaine de cavaliers apparaissent à droite et à gauche. Malgré les salves dirigés contre eux, ils harcèllent le détachement jusqu’à ce qu’il ait franchi le col BC, et s’éclipsent alors en tournant par le Nord et par le Sud les deux mouvements de terrain.
Le col franchi, la colonne, évitant de longer le couvert épineux qui borde la rive droite du ravin, suit les pentes Est du massif A-B, protégées sur sa gauche par des roches inaccessibles.
A 9H30, l’Aguid Barkai, qui éclaire en avant rend compte de ce que toutes les forces ennemies sont à notre droite sur les pentes de Ouadi Guéréda.
Le capitaine Chauvelot dirige la section Georg sur le mouvement du terrain E.F qui nous sépare de l’ennemi.
Parvenu sur la crête, le lieutenant Georg aperçoit les forces adverses massées à 400 mètre de là, en avant des campements. Il déploie sa section et ouvre le feu. La section de Joncquières vient le prolonger à sa droite. Le convoi est abrité en arrière de la crête. 
La position est excellente, un peu en arrière d’une crête qui masque parfaitement les tirailleurs, tandis que les masses ennemies sont à bonne portée sur un superbe glacis complètement découvert. A notre droite est un couvert épineux : une masse de guerriers en surgit brusquement. Le lieutenant Hamel leur fait face, tandis que le lieutenant Grépin, qui jusque là a dû faire front au Nord-est contre un mouvement tournant exécuté par les cavaliers de BADIOUR, se porte sur la ligne entre les sections de Joncquières et Hamel.
A 9H45 les sections sont en ligne. En arrière, le sergent Verdel avec une vingtaine d’homme couvre le convoi contre des groupes de cavaliers qui cherchent à y jeter le désordre.
Devant nous les Foriens présentent un groupe principal relié par une chaine de tirailleurs à un autre groupe important sur notre droite. Les forces ennemies se pressent autour de 5 bannières qui, par bonds successifs, ont été plantées à 100 mètre de notre ligne. Dans ces masses profondes notre feu fait de trouées terribles. Les bannières tombent, un flottement se produit, le feu diminue. C’est l’instant à saisir. Le capitaine fait sonner la charge et devant les baïonnettes de nos tirailleurs, l’ennemi démoralisé lâche pied sans opposer la moindre résistance.
Il est 10 heures, la chaleur est terrible, les dernières gouttes d’eau sont épuisées, européens et tirailleurs sont exténués. Barkai et 30 cavaliers sont chargées de la poursuite : ils rentrent vers midi n’ayant surpris que quelque traînard.
Résultats. – L’ennemi laissait sur le terrain les cadavres de 200 hommes et de 45 chevaux, 3 bannières, 63 fusils.
De notre coté, la victoire nous coutait 17 tirailleurs ou auxiliaires blessés, dont 2 mortellement ; 11 000 cartouches avaient été consommées au cours du combat.
Cette dépense considérable de munitions pour un engagement d’aussi courte durée, s’explique aisément. Il faut faire naturellement entrer en ligne de compte la difficulté que l’on éprouve toujours à plier les tirailleurs à une stricte discipline de feu et à les empêcher de gaspiller leurs minutions. Mais ici il y a autre chose. Que l’on se représente, en effet, une troupe embusquée et abritée derrière une crête et devant elle, sur un glacis, à bonne portée de tir, la cible superbe formée par des masses compactes comme celles des Foriens. Dans de pareilles conditions un feu aussi violent que possible, soutenu pendant 10 ou 15 minutes, doit suffire pour amener l’ennemi à cet état de flottement, d’indécision, de démoralisation, qui le laisse sans force devant un assaut vigoureusement poussé par notre troupe qui, elle , se trouve bien en mains , matériellement et moralement intacte. C’est ce que comprit immédiatement le capitaine Chauvelot et ce qui dicta sa tactique : sections en ligne, feu extrêmement intense, et tout de suite l’assaut.
Sur la rive droite de Ouadi Guéréda, on trouve les campements abandonnés par l’ennemi. Les deux plus importants (ceux de Badiour et Adoum Roudjial) étaient entourés d’une palanque faite de forts troncs d’arbres, et d’une zériba de 4 à 5 mètres d’épaisseur, séparée de la palanque par un chemin de ronde. « Les Foriens avaient ainsi installé de formidables défenses en avant desquelles, ils se sont heureusement portés pour nous attaquer ; il eut été impossible de franchir ces obstacles pour les atteindre, mais il est toute fois à remarquer que, placés comme ils l’étaient en bas d’une pente, à la partie inférieure d’un superbe glacis, ils eussent été facilement balayés par notre feu et aucun de leurs défenseurs n’eut pu s’échapper par les étroites sorties ménagées dans chacune des zéribas (1) »
Retour à Abéchée. – Le 7 au soir, le campement est installé sur un petit mamelon, à l’Ouest de Ouadi Guéréda.
Le lendemain, bien que ne se faisant guère illusion sur l’efficacité d’une poursuite sans cavalerie, le Capitaine Chauvelot portait les traces de l’ennemi en fuite vers le Darfor, lorsqu’il obtint d’un transfuge les renseignements suivants : les Foriens devaient reculer devant nous très loin dans leur pays ; pendant que nous serions occupés avec eux. Doudmourrah devait s’avancer par le Nord et les massalites par le Sud. C’était l’encerclement méthodique du Ouaddai.
Dans ces conditions se rappelant les instructions du chef de bataillon : « La question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle du Tama », le commandant du détachement estima avec raison que sa présence serait plus utile à Abéché. Le 9 Avril, la colonne quittait Guéréda, le 15, elle était de retour dans la capitale du Ouaddai.
Le Dar Tama et la partie Est du Ouaddai débarrassés des incursions foriennes ; l’orgueil de Ali Dinar qui se vantait de nous chasser du Ouaddai, a baissé ; un rude coup porté à la coalition qui se préparait contre nous : tel était le bilan de l’expédition. Ces résultats étaient dus à l’énergie, à l’entrain dont tout le personnel européen et indigène avait montrée le capitaine Chauvelot en allant, dans de graves conditions de responsabilité, « attendre et culbuter un ennemi renommé, avant que les dangers qui lui était signalés aient eu le temps de grossir et avant que la coalition de nos adversaires ait pu mettre à exécution son projet de réunir la totalité de ses forces et de nous attaquer en masse(1) (à suivre)
 
 
  -- envoyé par Garondé Djarma (garondedjarma@yahoo.fr)
 

 

 

Jeunesse tchadienne, jeunesse de terre chérie, jeunesse de chère patrie. Voici un chant d’encouragement pour galvaniser ton orgueil national. Je paraphrase pour toi un chant appris à l’Ecole Régionale d’Ati en 1948.
«Jeunesse, jeunesse, printemps de Beauté
Marche le Temps pressé vers la vérité
Jeunesse, jeunesse fleur d’humanité
Accueille l’ivresse de la liberté
Comme éclats du flamboyant dans le levant
La jeunesse dans nos cours,
Mes chers ardeurs
Laisse passer jaloux 
Jamais à genoux
Et l’avenir est à nous »
Voici la suite des pages historiques des événements dramatiques survenus pendant la conquête coloniale.
Premières opérations de 1910 au Ouaddaï
Sommaire : 
1- Reconnaissance du Capitaine Fiegenschuh au Massalit. Affaire de OuadiKadja (4 janvier 1910
2- Mesures prises à la suite de l’affaire de Ouadi Kadja.
3- Invasion du Tama par les Foriens
Combat de Guerada(7 Avril).
4- Rentrée en scène de Doudmourrah
Operations au Zaghaoua et sur la frontière Massalit 
1-Reconnaissance du Capitaine Fiegenschuh au Massalit
Affaire de Ouadi Kadja (4 janvier 1910)
But et composition de la colonne Fiegenschuh. La reconnaissance des sultanats ouaddaiens, commencé en Aout et Septembre par le dar Tama et le Dar Sila, devait logiquement se continuer par le Dar Massalit. Les liens de Vassalité de ce pays vis-à-vis des Etats voisins n’apparaissaient pas en effet très nets. Dépendait-il historiquement du Ouaddaï ou du Dar-For ?
Question momentanément insoluble, d’où utilité pour nous de nous y créer au plus tôt des droits. Par ailleurs, une nécessité d’ordre plus immédiat nous incitait à agir au Massalit. Poussé en avant par Ali Dinar, le Sultan Tadjadine s’était déclaré ouvertement contre nous et ses menées commençaient à gêner sérieusement notre action au Ouaddaï. Il favorisait et entretenait l’agitation que l’ex Aguid ouaddaïen Soussa fomentait au Dar Tama et se préparait même à envahir ce pays pour en chasser le Sultan instauré par nous.
Une prompte intervention au Massalit était le meilleur moyen de maintenir le calme dans notre nouvelle conquête.
En fin décembre 1909, le Capitaine Fiegenschuh, commandant la circonscription du Ouaddaï, organise donc reconnaissance. Elle comprend comme personnel :
- Capitaine Fiegenschuh Commandant ;
- Lieutenant Vasseur
- Lieutenant Delacommune (artillerie coloniale)
- Marechal des logis Breuillac ;
- Sergent Béranger
- 32 tirailleurs de la section montée ;
- 70 Fantassins.
L’Aguid Es Sabah et ses partisans, établis à Bir Taouil, serviront de guides et d’éclaireurs.
Doivent de plus se joindre à la colonne en cours de route :
Le Contingent de Barkaï, Aguid Al Rachid (50 partisans) ; le Contingent de Cheikh Ibed (30 partisans installés à Nieri, capitale du Tama).
L’intervention du capitaine Fiegenschuh est d’opérer la reconnaissance du Massalit et d’arborer le drapeau français sur la Capitale, Dridjel. Puis le Capitaine et le Lieutenant Delacommune doivent rentrer par le Tama, le lieutenant Vasseur par le Sila.
Le Capitaine Fiegenschuh a, du reste ; envoyé un courrier à Tadjaddine pour l’assurer de ses intentions pacifiques.
Marche de la colonne.
Le 26 décembre le lieutenant Delacommune part d’Abéché avec 15 tirailleurs montés pour aller prendre à Nieri le détachement d’Ibed. Le reste de la colonne quitte la capitale du Ouaddaï le 27 et, par Mourrah, arrive le 30 à Bir Taouil, dans la nuit du 30 au 31. Le détachement du lieutenant Delacommune fut sa jonction avec le Gros.
Le premier janvier, à Kelmedy, le Capitaine reçoit un message de Tadjaddine ; ce dernier affirme « qu’il veut être l’ami des Français comme les sultans du Tama et du Sila ». le Capitaine lui fait reprendre en renouvelant ses assurances pacifiques.
Le 2, à Toumtouma, rejoignent Barkaî et ses partisans. Les indigènes rencontrés déclarent que le Sultan a réuni ses guerriers et qu’il se prépare à la guerre. Qui croire ? Les avis différent dans le détachement. Le Capitaine Fiegenschuh, pour sa part, incline à admettre la sincérité de Tadjaddine.
Le 3 au soir, la colonne bivouaque sur les bords de Ouadi Kadja, aupres d’un petit village abandonné.
Guet- apens de Ouadi kadja.
Le 4 janvier, vers 4 heures du matin, se présente au bivouac un frère de Tadjaddine et un « amine ». Ils sont porteurs d’une lettre dont voici la substance :
« Les Tama, le Guimir, le Sila sont soumis au Français. Je veux faire comme les sultans de ce pays. Attends un jour pour que j’achève de préparer un campement pour toi et tes tirailleurs. »
Les messagers remettent au Capitaine deux pièces d’étoffe, cadeau du Sultan. Cette démarche enlève les doutes qui pouvaient planer sur la bonne foi de Tadjaddine. Tout le monde maintenant dans le détachement est convaincu de ce que les Massalites désirent la paix.
Le Commandant de la colonne garde auprès de lui « l’amine » et le frère du Sultan et fait dire à Tadjaddine de venir à sa rencontre.
A 5 heures, départ dans la formation suivante :
Avant-garde : quelques cavaliers d’Acyl ; section montée (lieutenant Vasseur) ; 
Distance 150 à 200 mètres ;
Section Delacommune ;
Section Breuillac
Section Beranger ;
Convoi ;
Auxiliaires d’Ibed
Les partisans de Barkaï flanquent la colonne à droite, ceux de l’Aguid Es Saba à gauche.
Vers 7 heures, la colonne fait la halte horaire prés d’un point d’eau important. Le Capitaine s’étonne et s’inquiète de ne pas voir Tadjaddine. Son frère lui répond qu’il va venir.
Nouvelle halte à 8 heures, non loin de Djinené on aperçoit, à 5 ou 600 mètres en avant, le campement préparé par Tadjaddine pour le Capitaine et, un peu en arrière, le sultan et ses cavaliers. Le lit de la rivière, au point où se trouve la colonne, est encaissé du coté Nord seulement. Les bords sont très boisés.
Barkaï et l’Aguid As Saba viennent à ce moment rendre compte au Capitaine de ce que de nombreux fantassins massalites entourent la colonne, dissimulés dans les fourrés épineux : « Méfie – toi, dit Barkaï, ils préparent un guet-apens ! » Mais, croyant que les deux Aguids le poussent à se battre pour avoir, en ce qui les concerne, une occasion de piller, le Capitaine n’écoute pas leurs avis. Cependant inquiets, malgré tout, de ne pas voir venir le Sultan, il fait déployer deux sections (Delacommune et Breuillac), mettre la baïonnette au canon et ordonne de faire serrer le convoi. Une certaine nervosité anxieuse commence à se répandre dans le détachement. Pressentant un danger, les tirailleurs chargent leurs armes : le Capitaine s’en aperçoit, et interdit formellement de tirer. Il envoie alors le lieutenant Vasseur avec Ibed, un interprète et un Sergent indigène dire au Sultan de venir le saluer. Tadjaddine accueille correctement le Lieutenant, mais déclare qu’il est fatigué et donne à haute voix à ses Aguides l’ordre d’aller porter leurs hommages et les siens au Chef des Français.
Les Massalites profitent de ce temps d’arrêt pour envelopper complètement la colonne.
« Quand la petite troupe du Lieutenant a fait demi – tour et qu’elle a gagné 200 mètres, le signal est donné : on entend les cris de « Allah ! Allah! » Furieusement, les Massalites sortent des bois et entourent la colonne, les cavaliers chargent. En un instant la mêlée est effroyable ; surpris, les tirailleurs ne peuvent faire usage de leurs armes.
Le Capitaine et le Lieutenant Vasseur reçoit, par derrière, un coup de sabre sur la nuque qui lui tranche la tête.
« Le Marechal de Logis Breuillac, dont la section est en bon ordre, rallie ses tirailleurs ; 12 tirailleurs et 15 auxiliaires se groupent autour de lui. Il cherche à rejoindre le capitaine, puis, voyant l’inutilité de ses efforts. Il essaie de se faire une trouée à la baïonnette. Il y réussit, mais il est vigoureusement poursuivi. Son cheval est tué, il continue le combat à pied. A ce moment, il reçoit une sagaie dans la cuisse et tombe, les tirailleurs se rallient autour de lui. Trois tombent blessés mortellement. Le nombre des Massalites augmente. Ils attaquent furieusement. le Marechal des Logis reçoit un coup de sabre qui l’achève. »
Le Caporal Mamady Sidibé prend alors le commandement de quelques hommes qui restent et bat en retraite. Apres avoir lutté sans défaillance jusqu’à la nuit, 9 tirailleurs et 10 auxiliaires, la plupart grièvement blessés, parviennent à s’échapper. Ils arrivent le 9 à Abéché et font le récit de l’affaire. Un autre tirailleur Yoro Diakité rentre à Abéché le 3 février ; atteint de deux blessures, dépouillé et laissé pour mort, cet homme, doué d’une rare énergie, avait vécu pendant 15 jours de baies sauvages et était parvenu à regagner le Ouaddaï, se cachant le jour, se trainant péniblement pendant la nuit.
Résultats
Nos pertes, en cette déplorable affaire, étaient cruelles. Outre les cinq officiers et sous officiers européens, 100 tirailleurs et 81 partisans, dont l’Aguid Es Saba, étaient tués ou avaient disparu. 184 fusils, 22000 cartouches, 2 revolvers, 58 chevaux et chameaux, tel était le butin tombé aux mains de l’ennemi.
Les pertes des Massalites étaient inconnues. D’après certains dires, ils auraient passé trois jours à enterrer leurs morts. Deux ans plus tard, l’un des témoins de cette lutte héroïque, Andoka (2) devenu Sultan des Massalites, exprimant à l’un de nos officiers son admiration pour nos glorieux martyrs de Ouadi kadja, affirmait que leur défense désespérée avait fait prés de 600 victimes dans les rangs des agresseurs. Devant la mort inévitable ajoutait-il, pas un tirailleur n’avait fléchi, pas un n’avait demandé grâce ! 
Douloureuse en elle-même, grave par les répercussions qu’elle allait avoir l’affaire de Ouadi kadja ne savait à proprement parler, être qualifiée de défaite militaire. Lâche guet-apens, en effet, et non manœuvre loyale, cette soumission, hypocritement simulée dans le but perfide d’attirer son adversaire dans un piège. Assassinat et non combat, cet égorgement prémédité d’une troupe confiante par une horde de meurtriers embusqués à l’affût. Désastre et non défaite, cette hécatombe d’héroïques victimes.
Ces réserves une fois faites sur la noblesse et la légitimité du procédé initial, reconnaissons que nos adversaire avaient, avec beaucoup d’habileté et d’à propos, adopté pour nous combattre une tactique fort judicieuse (attaque en masse et par surprise, recherche du corps à corps), tactique dont nous auront malheureusement l’occasion de reparler à propos du combat de Doroté. 
De notre coté, on est évidement en droit de reprocher-après coup-au commandant du détachement de n’avoir pas pris les mesures de sécurité que pouvait commander une juste méfiance et qui s’imposent à tout détachement à proximité de l’ennemi. Le fait est indéniable. Le reproche serait-il vraiment mérité ! Problème de psychologie et de politique, peut être plus que de tactique. Fiegenschuh ne croyait pas « marcher à l’ennemi ». Il venait en confiance, la main tendue : et 200 vies humaines furent pour nous le prix de ce geste loyal ! La leçon du reste ne fut pas perdue, et il est intéressant de comparer à la confiance exagérée du Capitaine Fiegenschuh vis-à-vis de Tadjaddine, la conduite prudente et circonspecte des officiers auxquels. L’année suivante-Doudmourrah vint faire sa soumission. 
Victime de la même audace qui l’avait conduit à Abéché, le capitaine fiegenschuh venait de donner sa vie par l’œuvre dont il avait été le premier artisan. Enfant de l’Alsace, il succombait en brave, avec ses camarades de France et ses tirailleurs d’Afrique, pour la gloire de la patrie commune. « C’est avec des héros de cette sorte que, depuis l’Atlantique jusqu’aux confis du Ouaddaï, depuis la Méditerranée jusqu’au Congo, nous avons conquis à coup d’audace notre immense empire africaine. Le chemin de nos conquêtes est ainsi marqué, de distance en distance, d’ossuaires douloureux que nous devons saluer mais devant lesquels nous devons relever fièrement la tète, car il témoigne que l’esprit d’entreprise de notre race est aussi actif que par le passé, que la hardiesse de nos soldats reste la même qu’autre fois et que l’amour de la France est toujours capable d’inspirer à ses enfants le sacrifice allègre de leur existences ? (1) »
Mesures prises à la suite de l’affaire de Ouadi Kadja. Le désastre de Ouadi kadja ne pouvait manquer d’avoir une grave répercussion sur le restant du territoire. Bakhit sultan de Sila, donnait immédiatement l’exemple à nos adversaires, en écrivant à Tadjaddine pour le féliciter de sa victoire et lui annoncer qu’il était tout disposé à s’unir à lui pour combattre désormais les français.
Pour parer aux dangers de la situation, il fallait renforcer au plus tôt les effectifs du Ouaddaï, sans compromettre pour cela la sécurité des autres régions du territoire. En l’absence de toute troupe de réserve, le lieutenant colonel Moll se vit obliger de recourir dans la plus large mesure à l’emploi des gardes régionaux et des troupes auxiliaires. Les mesures prises par lui furent les suivantes : 
1/ Subdivision des gardes régionaux aux tirailleurs de la garnison de Melfi que le lieutenant George reçut ordre de conduire sans retard à Abéché ; 
2 / Evacuation de tous les postes occupés par la 3ème compagnie, à l’ exception d’Ati ; maintien à Ati du lieutenant Raymond et de 80 tirailleurs, avec mission strictement défensive ; envoi sur Abéché du restant de la compagnie sous les ordres du capitaine Lagrange. Les mouvements de la concentration devaient amener ver fin Février les troupes d’Abéché au total suivant :
Détachement d’Abéché 200 hommes environs 
Détachement du Batha 135 Hommes 
Détachement du Salamat 80 sur 415 Hommes.
Cet effectif serait suffisant pour permettre au chef de bataillon Julien, nouveau commandant de la circonscription de l’Ouaddaï, de prendre l’offensive et de punir rapidement et avec la dernière sévérité le crime commis.
3/ D’autre part pour couvrir le Fitri contre une action Senoussiste fort possible, le lieutenant Daniel, commandant la subdivision de Bokoro, est détaché dans la région de Rahade Al Salamat avec un détachement de garde régionaux et le goum de Sultan du Fitri. Il doit se relier, d’ une part, avec le lieutenant Besnier, commandant la subdivision de Moussoro. 
4/ Enfin le lieutenant colonel Moll demandait au détachement l’envoi urgent de 250 sénégalais pour combler les vides de l effectif budgétaire.
Les dispositions prises n’étaient que de mesures de première nécessité, aussi judicieuses qu’indispensables, mesures de fortune destinées à faire face sur l’heure, et au moyen des éléments trouvé sur place, aux exigences de la situation, mais tout à fait insuffisantes pour garantir et rassurer l’avenir.
A Brazzaville même impuissance : en aucune des colonies du groupe ne se trouvait de réserve immédiatement disponible, que l’on put diriger sur le Tchad. Pour parer au plus pressé, ordre fut envoyé au bataillon de l’Oubangui Chari de passer d’urgence au bataillon du Tchad à la 1ère compagnie, stationnée dans la région de fort Archambault ( Sarh)(1). Par ailleurs après entente avec le gouvernement général et le commandant supérieur des troupes de l’Afrique Equatoriale Française, les mesures suivantes furent arrêtées par le Ministre : 

1 Recrutement immédiat dans la région de Niamey- Zinder de 110 indigènes, qui seront dirigés dans le plus bref délai sur le Tchad pour remplacer les tirailleurs tués au Ouadi Kadja. (L’envoi de cette relève et des renforts fournis par l’Oubangui Chari doit permettre d’effectuer la répartition- déjà prévue- des forces de bataillon mixte en 6 compagnies.
2 Création au Tchad de deux nouvelles compagnies. Les cadres européens devaient partir de France les 23 et 25 Avril à destination de Cotonou, d’où par la voie de Dahomey, ils iraient au Mali autrefois (Soudan français) former les nouvelles unités pour les conduire au Tchad. Ces deux compagnies étaient du reste déjà prévues au budget pour la fin de 1910 et leur création ne fut qu’avancée.
INVASION DU TAMA PAR LES FORIENS
Combat de Guèreda (7 Avril)
Invasion du Dar Tama par les Foriens
Cependant la situation s’aggravait au Ouaddaï. Tandis que les Senoussistes au Nord, les Massalites au Sud, s’agitaient et paraissaient disposés à l’offensive que Doudmourrah semblait s’apprêter à rentrer en scène, une colonne Forienne de 4000 fusils environ sous les ordres d’Adoum Roudjal, grossie d’un millier de ouaddaïens dissidents, d’Arabes, de Zakhawas sous les ordres de Badiour, envahissaient le Dar Tama, occupait le 8 mars la Capitale Nieri, chassé le Sultan intronisé par nous, Hassane et réinstallait Outman. Les contingents Foriens et Ouaddaïens poussaient leurs incursions jusqu’à 50 kilomètres d’Abéché, brulant les villages, emmenant avec eux gens et biens.
La zone particulièrement menacée par eux était comprise dans le triangle Nieri, Mourrah, Bir Taouil. Plus au Nord le pays était excessivement difficile plus à l’Est, c’était la frontière Massalit. 
Il importait tout d’abord de couvrir cette région. Julien à cet effet, dés le milieu de Mars, un détachement sous les ordres du Capitaine Lagrange, sur Mourrah, tandis que deux groupes de partisans d’Acyl étaient chargée de Garder ; l’une la zone comprise, et l’autre, la zone du Nord de cette dernière route. Bientôt les mouvements de concentration ordonnés par le Lieutenant Colonel Moll permettent de renforcer le détachement et le Capitaine Chauvelot (remplaçant du capitaine Lagrange qui rentre à Ati) va se trouver assez fort pour prendre l’offensive. Pour des raisons de ravitaillement le Capitaine Chauvelot se porte de Mourrah sur Mabrone. Là il apprend par des Arabes venant du Tama que les Foriens sont etablis à Guèrèda, dans des campements solidement defendus par des palanques et des Zeribas. Un fort detachement est à Niéri avec Outman.
Le 3 avril au matin, le Capitaine reçoit les derniers renforts d’Abèche, en même temps que les dernières instructions du chef de bataillon.
« La situation générale du territoire et de la circonscription, écrivait le Commandant Julien, ne peut supporter même un demi succès : Victoire ou rien.
Ne vous engagez pas contre les Foriens sans être absolument sûre de la victoire ; dans le doute, abstenez- vous, notre mission spéciale étant de gagner du temps pour permettre l’arrivée des renforts qui nous mettrons en situation de parler haut et ferme. D’autre part, la question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle de Tama.
Aurons-nous seulement 8 jours à notre disposition ? J’en doute. »
Composition et marche de la colonne.
Le soir du 3 Avril est employé à l’organisation définitive de la colonne qui comprend :
6 officiers (Capitaine Chauvelot, Lieutenant Crépin, Georg, Hamel, deJoncquières, médecin, aide-major Amstrong) ;
4 Sous officiers européens ;
200 tirailleurs des 1er, 2e et 3e compagnies ; 
50 auxiliaires avec l’Aguid El Rachid, Barkai.
Partie de Mabrone, le 4 Avril au matin, la colonne atteint, le 5 Guilmé, où l’on apprend que Outman a évacué Niéri et rejoint Adoum Roudjial à Guéréda. Par Bir-Bassoum, on arrive le 6 au soir, à un point d’eau distant de 13 à 14 kilomètres des campements Foriens. On campe à l’abri d’une forte zériba. Une ample provision d’eau est constituée, le seul puits que l’on doive rencontrer étant celui de Guéréda, d’où il faut d’abord déloger l’ennemi. 
Combat de Guéréda. Le 7 Avril à 4heures du matin, la colonne est mise en marche dans la formation suivante :
Avant-garde :
Aguid Barkai avec 15 cavaliers auxiliaires ; 
½ section (Lieutenant Georg)
Gros
½ section (Sergent Guidicelli)
1 section (Lieutenant de Joncquières) ;
Convoi encadré par 2 sections (Lieutenant Crépin et Hamel).
Arrière garde :
5 cavaliers et 10 partisans à pied.
Flancs-gardes :
10 cavaliers auxiliaires sur chaque flanc.
Vers 8 heures, la colonne arrive sur une croupe dénudée au sud-Ouest du massif rocheux AB. Deux groupes d’une centaine de cavaliers apparaissent à droite et à gauche. Malgré les salves dirigés contre eux, ils harcèllent le détachement jusqu’à ce qu’il ait franchi le col BC, et s’éclipsent alors en tournant par le Nord et par le Sud les deux mouvements de terrain.
Le col franchi, la colonne, évitant de longer le couvert épineux qui borde la rive droite du ravin, suit les pentes Est du massif A-B, protégées sur sa gauche par des roches inaccessibles.
A 9H30, l’Aguid Barkai, qui éclaire en avant rend compte de ce que toutes les forces ennemies sont à notre droite sur les pentes de Ouadi Guéréda.
Le capitaine Chauvelot dirige la section Georg sur le mouvement du terrain E.F qui nous sépare de l’ennemi.
Parvenu sur la crête, le lieutenant Georg aperçoit les forces adverses massées à 400 mètre de là, en avant des campements. Il déploie sa section et ouvre le feu. La section de Joncquières vient le prolonger à sa droite. Le convoi est abrité en arrière de la crête. 
La position est excellente, un peu en arrière d’une crête qui masque parfaitement les tirailleurs, tandis que les masses ennemies sont à bonne portée sur un superbe glacis complètement découvert. A notre droite est un couvert épineux : une masse de guerriers en surgit brusquement. Le lieutenant Hamel leur fait face, tandis que le lieutenant Grépin, qui jusque là a dû faire front au Nord-est contre un mouvement tournant exécuté par les cavaliers de BADIOUR, se porte sur la ligne entre les sections de Joncquières et Hamel.
A 9H45 les sections sont en ligne. En arrière, le sergent Verdel avec une vingtaine d’homme couvre le convoi contre des groupes de cavaliers qui cherchent à y jeter le désordre.
Devant nous les Foriens présentent un groupe principal relié par une chaine de tirailleurs à un autre groupe important sur notre droite. Les forces ennemies se pressent autour de 5 bannières qui, par bonds successifs, ont été plantées à 100 mètre de notre ligne. Dans ces masses profondes notre feu fait de trouées terribles. Les bannières tombent, un flottement se produit, le feu diminue. C’est l’instant à saisir. Le capitaine fait sonner la charge et devant les baïonnettes de nos tirailleurs, l’ennemi démoralisé lâche pied sans opposer la moindre résistance.
Il est 10 heures, la chaleur est terrible, les dernières gouttes d’eau sont épuisées, européens et tirailleurs sont exténués. Barkai et 30 cavaliers sont chargées de la poursuite : ils rentrent vers midi n’ayant surpris que quelque traînard.
Résultats. – L’ennemi laissait sur le terrain les cadavres de 200 hommes et de 45 chevaux, 3 bannières, 63 fusils.
De notre coté, la victoire nous coutait 17 tirailleurs ou auxiliaires blessés, dont 2 mortellement ; 11 000 cartouches avaient été consommées au cours du combat.
Cette dépense considérable de munitions pour un engagement d’aussi courte durée, s’explique aisément. Il faut faire naturellement entrer en ligne de compte la difficulté que l’on éprouve toujours à plier les tirailleurs à une stricte discipline de feu et à les empêcher de gaspiller leurs minutions. Mais ici il y a autre chose. Que l’on se représente, en effet, une troupe embusquée et abritée derrière une crête et devant elle, sur un glacis, à bonne portée de tir, la cible superbe formée par des masses compactes comme celles des Foriens. Dans de pareilles conditions un feu aussi violent que possible, soutenu pendant 10 ou 15 minutes, doit suffire pour amener l’ennemi à cet état de flottement, d’indécision, de démoralisation, qui le laisse sans force devant un assaut vigoureusement poussé par notre troupe qui, elle , se trouve bien en mains , matériellement et moralement intacte. C’est ce que comprit immédiatement le capitaine Chauvelot et ce qui dicta sa tactique : sections en ligne, feu extrêmement intense, et tout de suite l’assaut.
Sur la rive droite de Ouadi Guéréda, on trouve les campements abandonnés par l’ennemi. Les deux plus importants (ceux de Badiour et Adoum Roudjial) étaient entourés d’une palanque faite de forts troncs d’arbres, et d’une zériba de 4 à 5 mètres d’épaisseur, séparée de la palanque par un chemin de ronde. « Les Foriens avaient ainsi installé de formidables défenses en avant desquelles, ils se sont heureusement portés pour nous attaquer ; il eut été impossible de franchir ces obstacles pour les atteindre, mais il est toute fois à remarquer que, placés comme ils l’étaient en bas d’une pente, à la partie inférieure d’un superbe glacis, ils eussent été facilement balayés par notre feu et aucun de leurs défenseurs n’eut pu s’échapper par les étroites sorties ménagées dans chacune des zéribas (1) »
Retour à Abéchée. – Le 7 au soir, le campement est installé sur un petit mamelon, à l’Ouest de Ouadi Guéréda.
Le lendemain, bien que ne se faisant guère illusion sur l’efficacité d’une poursuite sans cavalerie, le Capitaine Chauvelot portait les traces de l’ennemi en fuite vers le Darfor, lorsqu’il obtint d’un transfuge les renseignements suivants : les Foriens devaient reculer devant nous très loin dans leur pays ; pendant que nous serions occupés avec eux. Doudmourrah devait s’avancer par le Nord et les massalites par le Sud. C’était l’encerclement méthodique du Ouaddai.
Dans ces conditions se rappelant les instructions du chef de bataillon : « La question Doudmourrah grossit à vue d’œil et cette question est pour nous bien plus importante que celle du Tama », le commandant du détachement estima avec raison que sa présence serait plus utile à Abéché. Le 9 Avril, la colonne quittait Guéréda, le 15, elle était de retour dans la capitale du Ouaddai.
Le Dar Tama et la partie Est du Ouaddai débarrassés des incursions foriennes ; l’orgueil de Ali Dinar qui se vantait de nous chasser du Ouaddai, a baissé ; un rude coup porté à la coalition qui se préparait contre nous : tel était le bilan de l’expédition. Ces résultats étaient dus à l’énergie, à l’entrain dont tout le personnel européen et indigène avait montrée le capitaine Chauvelot en allant, dans de graves conditions de responsabilité, « attendre et culbuter un ennemi renommé, avant que les dangers qui lui était signalés aient eu le temps de grossir et avant que la coalition de nos adversaires ait pu mettre à exécution son projet de réunir la totalité de ses forces et de nous attaquer en masse(1) (à suivre)
 
 
  -- envoyé par Garondé Djarma (garondedjarma@yahoo.fr)