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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 “Le Tchad n’a aucun avenir avec le MPS”

Le président National du Rassemblement Patriotique du Renouveau (RPR) passe au crible les sujets brulants de l’heure.

 

Au lancement de votre parti en juin dernier, vous n’avez pas dit à quel courant politique il appartient. Trois mois plus tard, vous optez pour l’opposition démocratique. Pourquoi ce choix ?

 

Le Rassemblement Patriotique du Renouveau (RPR) est un parti de jeunes patriotes épris d’unité, de justice, de démocratie et du développement de notre cher pays. Son objectif ultime est d’apporter un changement radical au Tchad. C’est pourquoi il prône une rupture totale avec les politiques rétrogrades qui ont caractérisé notre pays depuis son indépendance.

 

En ce qui concerne notre position politique, nous n’avons pas hésité à rejoindre un camp. C’était juste une question de procédure. Comme vous le savez, la vie politique dans notre pays est régie par des lois et, conformément à ces lois, nous avons envoyé notre déclaration d’appartenance juste après le lancement officiel des activités. En outre, nous sommes convaincus que le Tchad n’a aucun avenir avec le régime MPS. Pour preuve, depuis un quart de siècle de règne, le MPS et ses obligés n’ont semé que la corruption, l’injustice, la mal gouvernance et une déliquescence sans précédent. Cependant, le Rassemblement patriotique du renouveau n’a pas choisi l’opposition pour une simple figuration, loin de là, il veut incarner une opposition patriotique, démocratique et révolutionnaire, susceptible de constituer une véritable alternative au système en place et, ainsi répondre à la soif insatiable de notre peuple au changement et au renouveau politique. Par conséquent, notre parti fait de l’unité et du dynamisme de l’opposition son cheval de bataille, car il est grand temps que l’opposition démocratique sorte enfin de sa longue léthargie et porte dignement les espoirs de notre peuple sur ses épaules.

 

Que vous inspire la grève de l’Union des syndicats du Tchad (UST) entamée le 09 septembre dernier?

 

Il est vraiment regrettable qu’un pays comme le nôtre puisse traverser une situation sociale aussi grave que celle en cours. Entendre dire que l’Etat n’a pas les moyens pour payer ses fonctionnaires est une véritable provocation. En effet, cette situation n’est que la conséquence de la politique irréfléchie menée depuis vingt-cinq ans. Une politique faite d’improvisation et donc sans aucune stratégie ou planification économique. Mais la racine du mal, c’est l’accaparement de toutes les richesses nationales par une clique mafieuse et cupide, le siphonage systématique des deniers publics par un groupe d’individus dit intouchable qui ne rend compte à personne. Sans oublier la promotion de la médiocrité à la tête des secteurs juteux de l’Etat. Permettez-nous de soulever aussi la crise que traversent nos universités. Cela fait des mois que l’avenir (les jeunes) du pays tire le diable par la queue parce que l’Etat refuse de verser leur maigre bourse. Pire, l’Etat leur répond par une répression aveugle en procédant à l’arrestation arbitraire de leur leader. Foulant aux pieds le droit constitutionnel le plus élémentaire, le droit de grève. De tout ce qui précède, le Rassemblement patriotique du renouveau ne peut que soutenir la masse laborieuse de notre nation dans sa revendication combien légitime et interpelle le gouvernement de satisfaire immédiatement à leurs droits légitimes.

 

Le procès de l’ancien président tchadien rouvert le 07 septembre courant est toujours perturbé. Pour cause, Hissein Habré réfute la légitimité des Chambres africaines extraordinaires chargées de le juger. Pensez-vous que les victimes qui attendent depuis plusieurs années ce jugement auront un jour un procès juste et équitable?

 

Premièrement, le spectacle que nous offre Habré est vraiment indigne. Se muer dans un silence de marbre n’est pas responsable. Hissein Habré doit s’assumer et parler. Oui, il doit parler car le peuple tchadien veut savoir de sa bouche ce qu’a fait son régime et surtout son implication dans tout ce qu’a enduré le peuple tchadien pendant son règne. En outre, notre parti aurait voulu que ce procès soit contre le système Habré et non seulement contre la personne de Habré seul. Par ailleurs, le RPR, en tant qu’un parti démocratique prônant une rupture totale avec la politique rétrograde que subit notre pays, apporte son soutien sans failles à toutes les victimes dans leur quête de justice et de vérité. Ce procès historique à plus d’un titre devrait être équitable et irréprochable pour qu’enfin, les victimes et le peuple tchadien dans son ensemble puissent connaitre ce qui est advenu à leurs proches et se réconcilient en tournant définitivement la page sombre de la dictature et de l’impunité et surtout dire ensemble, plus jamais ça!

 

Quelle analyse faites-vous des futures consultations électorales (communales, législatives et présidentielles) étant donné que les acteurs politiques ne se sont pas entendus, jusque-là, sur la biométrie avec ou sans kits d’identification?

 

Notre parti est très sceptique en ce qui concerne les futures échéances électorales, car rien n’indique qu’on aura des élections transparentes, libres et crédibles. En effet, commençons par la CENI (Commission électorale nationale indépendante) qui est l’organe central mais qui fonctionne dans l’illégalité totale en violation de la loi 16 consacrant la parité entre la majorité et l’opposition. Jusque-là on refuse à l’un des représentants de l’opposition de prêter serment.

 

Pour ce qui est de la biométrie, ce n’est qu’une chimère. Pour preuve, le choix de l’operateur s’est fait en violation flagrante de la loi, sans oublier l’avis de l’expert qui était négatif. La question de kits d’identification qui est l’élément central de la biométrie laisse pantois plus d’un étant donné que la biométrie sans kits d’identification n’est pas une biométrie. Que les gens nous disent clairement que les futures échéances seront tout simplement informatisées, un point.

 

Un autre problème doit attirer notre attention. A la tête de toutes les institutions qui ont un rôle dans l’organisation et la régularité des élections, telles que le Conseil constitutionnel, la Cour suprême et le Haut conseil de la communication, se trouvent des personnalités influentes du parti au pouvoir et cela n’est du tout pas rassurant. Le problème de la politisation de l’administration de manière générale et de l’administration territoriale, traditionnelle, de forces de sécurité, ainsi que l’utilisation de moyens de l’Etat par le parti au pouvoir reste entier. Par ailleurs, le Cadre national de dialogue politique (CNDP) qui est censé être un mécanisme de résolution politique est devenu tout simplement un organe occulte dans lequel des politiciens sans scrupule partagent le gâteau au détriment de la démocratie et de l’intérêt général. De tout ce qui précède, le RPR considère que toutes les conditions sont réunies pour aller vers une mascarade électorale au détriment de la démocratie et de l’intérêt suprême du peuple tchadien.

 

Beaucoup de partis politiques ferment leurs portes faute de moyens financiers. Quelles sont les dispositions que le RPR a prises pour éviter de connaître le même sort?

 

C’est vrai. Animer un parti politique nécessite des moyens financiers conséquents, et vu le degré de militantisme dans notre pays, cela pose vraiment problème, car beaucoup de nos concitoyens pensent que le parti appartient à son président et donc c’est à ce dernier que revient la charge de son fonctionnement. Conscients de cette situation, nous avons mis en place une stratégie de responsabilisation de tous nos militants afin qu’ils puissent contribuer au bon fonctionnement de leur parti et nous constatons que notre stratégie paie bien et le renouveau politique que nous prônons est à ce prix.

 

Propos recueillis par Deurkiné Gapili

 

« Journal la Voix N° 316 du 14 au 20 septembre 2015 »