Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

Idriss Deby

Idriss Deby

Le dossier d’instruction du procès Habré est si abondant qu’on a accordé 45 jours aux avocats commis d’office, pour l’étudier. Mais un pan entier de cette sombre histoire est presque méconnu. Celui de « septembre noir » de 1984 où le régime de Hissein Habre a organisé des tueries à vaste échelle dans les régions sud du Tchad. Les archives sur ces épisodes sanglantes ont été systématiquement détruites. L’une des filles d’un des disparus a fait parler quelques survivants de ces massacres. Ils mettent nommément en cause Idriss Déby, actuel président de la République du Tchad, et Ahmat Dary qui occupe de hautes fonctions dans l’actuelle administration tchadienne. 

Le procès d’Hissein Habré ayant été reporté au 7 septembre, et coïncidence de l’histoire, fait remonter en surface, un sombre mois de septembre vécu par les régions sud du Tchad, sous ce régime sanguinaire. La question qui vient naturellement à l’esprit de tous ceux qui ont subi de près ou de loin, ce qui est connu sous le nom de « septembre noir », en 1984, est celle-ci : la mémoire des centaines des disparus de Moundou et de Déli sera-telle enfin réhabilitée le 7 septembre 2015 à Dakar, soit 31 ans après ces évènements? 
Hissein Habré et ses complices, principaux commanditaires, se souviennent-ils encore de la grave tragédie de Moundou où des centaines d’anciens militaires et des acteurs politiques, ont été passés par les armes. Se rappellent-ils surtout de ce 17 septembre à Déli où plusieurs centaines d’anciens Codos (militaires passés par la rébellion) venus déposer les armes pour faire la paix, se sont rassemblés en tenues d’apparat pour recevoir avec les honneurs militaires, le chef d’Etat major des Forces Armées du Nord, Idriss Déby, quand tout à coup, un peloton d’exécution a ouvert le feu sur eux, les massacrant tous. Derrière ce peloton, Idriss Déby a hoché de la tête pour donner l’ordre de tuer. Idriss a nié devant la presse la réalité même de ce massacre, allant jusqu’à affirmer qu’il n’a jamais mis les pieds de sa vie à Déli. D’autres acteurs importants de ces tragédies, notamment Mr Madjibang, préfet en poste à Moundou pendant cette période, a refusé de répondre aux questions, mieux il nie avoir été en poste à Moundou en 1984.
La coïncidence du procès et des tueries de septembre noir méritent qu’on revienne sur cette période. Les archives ayant été soigneusement détruites, les informations qui suivent ont été recueillies auprès de quelques rescapés des tueries

De sanglantes « libérations »


Ce fut un matin, une de ces matinées pas comme les autres. Le nouveau commissaire en poste, Mr Ahmed Dary, vient s’enquérir du sort de chacun des prisonniers présents dans le centre pénitencier de Moundou, dans le but, de leur rendre leur « liberté ». Dans le jargon de ce centre pénitencier, être « libérer » c’est bien entendu quitter le centre, sous bonne escorte armée et prendre le chemin du non-retour, celui qui te conduit vers la mort. Et comme ce fut le cas les autres journées, je commençais à transpirer, à respirer fortement, à penser à la mort libératrice. Oui, je pensais que ce jour est arrivé pour moi. Commence alors la longue liste des noms, 100, 150, 200 et plus de noms. A chaque appel, je pensais que le suivant serait le mien et quand tous les noms ont été égrenés, le mien ne venait toujours pas comme par enchantement. Alors intérieurement, j’invoquais mon Dieu, celui-là qui à chacun de ces moments de folie, a toujours su cacher mon nom parmi tant d’autres. Cette fois-ci, c’est différent, pensais-je, car après les appels, les vérifications commencent. Apres maintes vérifications, il se trouve que mon nom ne figure nulle part. Une petite lueur d’espoir pour moi, encore aujourd’hui !, pensais-je intérieurement.
« Et toi, c’est quoi ton nom, et comment tu t’es retrouvé ici? », lança le commissaire Ahmed Dary qui venait de remplacer Absakine. C’était un matin du mois de Mai, onze mois après notre arrestation le 16 septembre 1984. 
« Mon nom c’est Dionkoul-el et les raisons de ma présence ici, c’est que j’ai été arrêté avec mes compagnons en septembre dernier, alors que nous étions venus de notre propre gré pour le suivi des actions et des recommandations faites à l’issue de la sortie des codos à Bénoye. Les chefs et nous les adjoints étions venus pour discuter des détails concernant les subsides à donner aux troupes et éclaircir certains points relatifs à notre redéploiement et à la collaboration, mais subitement on nous a fait prisonniers et depuis ce jour j’ignore le sort réservé à mes 10 camarades. Et je ne sais pas pourquoi je suis retenu ici. » 
« Aller vérifier si son nom existe quelque part », ordonne Ahmed Dary. Il se tourne vers moi et ajoute :
« Eh toi, si tu ne veux pas suivre les autres, il faut m’indiquer où sont vos caches d’armes et qui de tes compagnons a encore des armes chez lui. Si tu tiens à ta liberté, c’est le prix à payer ».
Privé de ma liberté depuis onze mois, j’essayais en vain de convaincre le commissaire que je n’avais plus aucun contact avec les miens, ni avec le monde extérieur, aussi, j’étais la personne la moins indiquée pour disposer des informations de ce type. Après plusieurs semaines de vaines tractations, je me suis résolu à donner suite à sa requête. Comme c’est le prix à payer, j’ai donc inventé des noms et des lieux de soit disant caches d’armes de codos pour lui donner. Grande fut la satisfaction du commissaire qui ordonna ma libération à l’instant avant de déployer ses hordes de tueurs sur les fausses pistes fournies par mes soins. J’étais déjà bien loin lorsqu’il s’est rendu compte de la supercherie.

Piégés à la préfecture de Moundou


Avant les évènements de 1979, j’étais un soldat dans l’armée régulière et je me suis retrouvé tout naturellement comme adjoint à la tête d’une section des « codos Log Tandjilé » pour la zone de Mbalkabra, lorsque le comité de négociation a commencé ses contacts avec le sergent Rowsaw. Informé par les frères d’arme concernant les prochaines étapes du processus de négociation, je me suis rendu avec mes éléments à la cérémonie de sortie de Bénoye. Apparemment, les choses avaient l’air de marcher et c’est en toute confiance que tous les éléments des codos Log-Tandjilé ont fait le déplacement de Déli pour attendre des orientations claires concernant la suite à donner aux recommandations de Benoye. 
C’est de Déli, que les différents chefs à la tête de différentes sections y compris moi-même, allons être invités à Moundou pour discuter des détails de notre intégration dans l’armée nationale et clarifier les différents points des accords de Benoye. Au total 11 individus, tous des chefs ou adjoints de sections couvrant la zone géographique allant de Moundou à Laï, vont être désignés pour la rencontre de Moundou. Il convient de noter que le préfet de Moundou, auteur et initiateur des différentes négociations n’a pris part à aucune de ces rencontres, mieux il a pris le soin de quitter précipitamment Moundou pour N’Djaména avant la sortie tant attendue des codos à Benoye, le 11 septembre 1984. C’est en l’absence du numéro un de la préfecture que les onze émissaires seront reçus par les autorités préfectorales et logés à l’hôtel de chasse de Moundou pour une nuit en attendant la réunion prévue pour le lendemain matin. 
Au lendemain de leur arrivée, la délégation est invitée à une rencontre à la préfecture de Moundou. Il convient de noter qu’à l’arrivée des 11 émissaires à Moundou, il n’y a plus de trace des membres du comité de négociation, qui a conduit les discussions ayant abouti à la sortie des commandos de la brousse, ni celui du préfet de Moundou.
Arrivée à la préfecture, 5 des 11 émissaires les plus tenaces ont été invités à l’intérieur de la résidence du préfet où se trouvait une délégation venue de N’Djaména comprenant entre autre le commandant en chef des forces armées de l’époque, Monsieur Idriss Deby. Se retrouvant en face de leur chef hiérarchique, c’était avec beaucoup d’honneur que les 5 émissaires déposèrent leurs armes afin de lui faire un salut militaire digne de son rang. Ce fut l’occasion rêvée pour leurs interlocuteurs de retirer leurs armes avant de commencer les discussions. 
Après de longues discussions, certainement très dures, vu la nervosité des uns et des autres à leur sortie, les cinq chefs désarmés, ont été congédiés et l’ordre fut donné aux six autres de remettre aussi leurs armes et de se tenir à la disposition du détachement de la garde Présidentielle venue directement de N’Djaména pour la circonstance. La tension était palpable à distance. Puis après quelques minutes de silence qui paraissaient lourdes et interminables, un des 6 émissaires s’hasarda furtivement à l’endroit de ceux qui venaient de sortir : « alors, c’était comment ? » et sur un ton à peine audible, l’un d’entre eux répondit : « les choses ont changé et se compliquent pour nous tous ». A ce moment précis, chacun de nous a compris que l’aventure a pris fin.
Menottés et sous bonne escorte, les 5 chefs et les 6 adjoints ont ainsi quitté les lieux dans un véhicule militaire cet après-midi pour la prison centrale de Moundou, et le même soir, comme chaque soir qui suivra, comme on sort les moutons pour l’abattoir, les « libérations » vont commencer avec le même rituel : chaque soir autour de 20 h, un monsieur se présente et commence à égrener les noms, 5 le premier jour, 4 le deuxième jour et le troisième jour. Comme à l’accoutumé, les premiers noms passèrent, j’étais sûr et certain que le mien serait le 3ème nom sur la liste du jour, mais par miracle, au lieu du mien, c’est le premier nom sur la liste du premier jour qui revient, puis le second…. Ah oui, pour un miracle, c’en est vraiment un !
Mon nom ayant miraculeusement disparu, je deviens ainsi le témoin obligé de toutes les atrocités de ce centre pénitencier qui s’est transformé en mouroir pour les 11 mois qui suivront. Plus qu’une cellule de prison, la petite pièce qui nous abritait beaucoup, servait plus de centre de transit pour les « nouveaux arrivages d’individus à libérer » nuitamment. Cela était l’activité principale et quotidienne dans ce centre pénitencier.
Des jours passèrent, puis un matin, on débarqua peut être 200 ou même plus d’hommes, arrachés à leurs familles, venus du côté des frontières avec la RCA, toujours dans le même cadre. Dieu seul sait, pour quel motif ils sont là, avec des noms listés à la hâte sur des feuilles volantes, puis au fil des « libérations » par petits groupes de 4, 5, 6, cela dépend, les listes aussi disparaissent. Et les jours se suivaient.

Du Comité permanent aux premiers mouvements rebelles au sud du Tchad


De 1979 à 1982, le colonel Kamougué se replie avec les Forces Armées Tchadiennes à Moundou au sud du Tchad où ils forment le Comité permanent, un gouvernement quasi indépendant qui géra les 5 préfectures de la partie méridionale du pays, pendant que sous l’égide du Nigéria, les différentes tentatives de réconciliations échouaient successivement. 
Et très tôt, dès 1982, les guerres larvées entre Mbay et Ngaman d’une part, les dissensions internes au Comité permanent d’autre part, apparaissent etcontribuent à fragiliser d’avantage une situation d’instabilité récurrente. Le sud du Tchad a ainsi vécu plus de 3 ans séparé du reste du pays, mais cette expérience fut lourde de déception. Le projet d’assistance militaire initié et négocié par Kamougué avec le Nigeria pour contenir les velléités expansionnistes des Forces Armées du Nord d’Hissein Habré, fut dévoilé par l’émissaire chargé de conclure les négociations, en la personne de Naimbaye Lossimia. 
Les dissensions internes qui sont apparues au sein du Comité permanent ont atteint leur paroxysme avec le déclenchement des combats acharnés à Moundou en juin 1982 entre les différentes fractions des Forces Armées Tchadiennes, opposant les « pros » aux « antis » Kamougué. Kamougué fini par prendre le dessus sur ses principaux adversaires dont le colonel Rodai, le commandant Zamtato, le capitaine Routouang, pour ne citer que ceux-là. Et ceux-ci vont faire allégeance aux Forces Armées du Nord d’Hissein Habré. Les insurgés vaincus et ralliés à Hissein Habré, facilitent l’entrée des Forces Armées du Nord dans la partie méridionale du pays. Ils reviendront par la suite de Ndjamena pour mater les nids de résistance dans le sud, aidés des Forces Armées du Nord de Hissein Habré. Ainsi donc, c’est pratiquement sans combat qu’en septembre 1982, les Forces Armées du Nord, les nouveaux maitres de N’Djamena, s’emparent du sud, profitant de la désorganisation politique et militaire de la zone soudanienne, en proie à une situation d’anarchie croissante. 
Au moment de la prise de Moundou par les FAN en septembre 1982, le colonel Kamougué réussit à s’échapper, et le comité permanent ou ce qui en reste, le suit en exil. 
Le ralliement du sud au nouveau régime de N’Djamena se heurte rapidement aux exactions perpétrées par les Forces Armées du Nord. En réponse, dès juin 1983, les premiers mouvements rebelles sudistes appelés commandos (ou codos) apparaissent, composés à l’origine essentiellement d’anciens soldats des forces armées tchadiennes. On y retrouve aussi des lycéens et des paysans du sud mobilisés. 
Ces groupes rebelles mêlaient actes politiques et brigandage en fonction de la qualité de leur commandement et des rapports de force, rendant non seulement la réconciliation nationale complexe, mais aussi la vie difficile au quotidien des paisibles citoyens dans les localités où ils sévissaient.

La mission de négociation pour la sortie des codos :


Les éléments commandos connus sous le nom de « codos Log-Tandjilé » évoluaient entre le Logone et la Tandjilé sous le commandement du Sergent Mbayam. Le Mayo Kéby par contre était sous le contrôle des commandos dits « Codos Cocotiers ». Pendant que l’arrière-pays était sous la coupe réglée des codos, l’administration préfectorale fonctionnait à Moundou tant bien que mal, dans une accalmie toute relative, sous la direction de Mr Madjibang, préfet du Logone occidental et ami du Dr Barak Mandekor. 
Barak Mandekor, ce dentiste chevronné et fin politicien de la période de NgartaTombalbaye, tombé en disgrâce depuis l’ascension des militaires au pouvoir, n’est plus rentré au village, ni dans la partie septentrionale du pays. Comme beaucoup d’autres fonctionnaires originaires du sud du pays, les violences perpétrées par les Forces Armées du Nord, l’ont obligé à se réfugier de l’autre côté de la rive du Chari avec une partie de sa famille. C’est de là qu’il apprit le décès dans des circonstances peu claires de son neveu et fils unique de Maraby Julien. Il décida de se rendre à Moundou pour présenter ses condoléances à son parent Maraby. Bien qu’en visite privée, il choisit d’aller se faire loger par son ami le préfet de Moundou, Mr Madjibang, eu égard à l’environnement politique et sécuritaire peu rassurant.
Et c’est durant ce séjour privé que le numéro un du Logone occidental chargera Barak Mandekor d’une mission de négociation politique aussi délicate que sensible, pour la sortie des commandos log-Tandjilé. Mr Mandekor accepta l’offre de son hôte et prit la tête du comité de négociation qui rapidement prend attache avec les codos pour une première rencontre à Bao, à quelques kilomètres de Bénoye. C’était un mois de septembre 1984.

Première rencontre et kidnapping du Dr Mandekor


La première rencontre avec la Commission de négociation eut lieu à Bao, dans le Logone Occidental. La commission était dirigée par le Dr Mandekor. Plus qu’une commission de négociation, l’équipe venue de Moundou cherchait surtout à convaincre les Codos de se rallier en masse, avec des doléances clairement exprimées. 
Le groupe des codos venu à cette première rencontre était dirigé par le Sergent Mbayam et le Caporal-chef Reousaw de la Garde Nationale. Au cours des discussions, les deux chefs des codos étaient convaincus que la mission de négociation, avait non seulement des conseils à prodiguer mais certainement bien plus à offrir, pour l’arrêt des hostilités contre le régime d’Hissein Habré et sa horde de tueurs à gage. Les membres de la commission présent n’avaient en leur sein que des fils du terroir, ce qui pour eux est un autre signe fort de leur bonne foi. Mais cela ne saurait suffire.
De longues discussions commencèrent. Longues et ardues avec le groupe des codos qui finit par se disloquer: une partie des codos se séparent sous le commandement de Reousaw et quittent les négociations pour entamer clandestinement des contacts directs avec le préfet de Moundou. Le groupe restant décide de retenir le chef de mission en captivité et de renvoyer les autres membres de la délégation auprès du signataire de l’ordre de mission, pour lui signifier leur mécontentement et exiger des clarifications quant au mandat du comité de négociation. Promesse leur fut faite pour une prochaine rencontre. 
Finalement, le Dr Mandekor sera libéré quelques jours plus tard, grâce à l’intervention de son cousin Djingambaye Sylvain, Sous-prefet en poste à Kélo, qui, en dépit des rapports hiérarchiques qui le liaient plutôt à l’administration de Laï, a accepté d’intervenir sur ordre du préfet de Moundou, Mr Madjinbang.
Une fois de retour, le comité de négociation rend compte des difficultés rencontrées au préfet qui décide de revoir la mission du comité et de renvoyer une nouvelle équipe pour une deuxième rencontre. 
Mr Laoudolé Congo, chef de personnel de l’ONDR, fut désigné trésorier du comité et 15 millions de CFA sortis du Trésor de Moundou lui furent remis ainsi que 150 sacs de riz de 50kgs comme subsides à remettre aux troupes pour les inciter à conclure rapidement les accords.

La rencontre de Mbala Mbanyo


La deuxième rencontre eut lieu à Mballa Mbanyo, à une dizaine de kilomètre sur la route de Bénoye. Le Comité de négociation toujours dirigé par Barak Mandekor rencontra à Mballa Mbanyo le groupe des codos conduits par le Sergent Mbayam. L’essentiel des discussions avait porté sur les doléances à porter à l’attention des autorités politiques et militaires, la forme de collaboration avec les Forces Armées du Nord, le regroupement des éléments codos et les conditions de redéploiement et d’intégration des codos dans les nouvelles forces armées nationales.
Tirant la leçon de la première rencontre, le comité de négociation s’est rendue à Mballa avec cette fois-ci une quinzaine de sacs de riz qui fut remis aux représentants des délégués présents avec la promesse ferme de les compléter une fois que sera connu le nombre exact des commandos qui auront accepté les accords en cours de négociation.
En plus des 15 sacs de riz, le comité de négociation a pris le soin de récapituler les points essentiels à présenter lors de la cérémonie de sortie qui, d’un commun accord a été fixé à Bénoye, quelques jours plus tard, au 13 septembre 1984.
Coincé par le kidnapping du Dr Mandekor et devant l’insistance des éléments codos qui ne pouvaient comprendre que le Comité de négociation puisse faire ce déplacement sans espèces sonnantes et trébuchantes, le préfet Madjibang, initiateur des négociations, a décidé unilatéralement une fois de plus d’engager de l’argent public pour monnayer la sortie des codos. Mais réalisant sa forfaiture, celui-ci n’a pas attendu le jour J de la sortie des commandos et s’est précipité à N’Djaména espérant obtenir une audience avec Djimet Togou, Ministre de l’intérieur, pour légitimer ses actions et initiatives liées à la sortie des codos. L’attente fut longue, très longue et vaine. Pendant ce temps, des émissaires furent envoyés clandestinement sur Moundou pour tramer les tueries qui vont suivre.

Arrestations, exécutions à Moundou 


Un certain Issaka Zakaria de la police politique d’Hissein Habré se joignit au comité de négociation pour participer à la cérémonie de sortie des codos ce jour 11septembre 1984 à Bénoye. Et c’est en l’absence du préfet Madjibang que des centaines de codos sortis aussi bien des villages environnants du Logone mais également des contrées lointaines de la Tandjilé et se sont tous regroupés pour attendre le message de paix et de réconciliation. 
Le représentant désigné des codos ayant lu les doléances, une copie fut remise à Issaka Zakaria et d’un commun accord, il a été retenu que tous les participants présents puissent se rendre à Déli pour leur regroupement. Les déploiements éventuels et les actions de suivi de cette rencontre de Bénoye, seront communiqués une fois que tout le monde sera regroupé à Déli. 
Ayant appris la nouvelle de la sortie massive des codos à Bénoye et croyant aux promesses d’intégration et de collaboration faites par le Comité de négociation, des centaines et des centaines d’autres codos ont, par la suite rejoint Déli. Certains ayant reçu l’information tardivement, vont faire individuellement le déplacement de Déli, croyant que la paix tant attendue est enfin de retour dans cette partie du pays.
Pendant ce temps, avec l’aide du commandant de la gendarmerie, le commissaire Nodjigoto, et certaines complicités locales, les émissaires venus de N’djamena vont commencer à asseoir leur plan macabre d’extermination des fils du terroir. Dès le 14 septembre, dans la cour même de la résidence du préfet Madjibang, Barak Mandekor sera surpris aux alentours de 14 h pendant qu’il jouait aux cartes avec un visiteur. Il lui sera demandé de décliner son identité, puis menotté, il fut trainé à l’intérieur de la résidence et depuis lors, il disparut à jamais. 
Pendant ce temps, le commissaire Nodjigoto, trois fois de suite, se rendit au domicile de Djérang Laouaraby qui finalement sera intercepté en compagnie de son cousin Dordet Richard en face de la préfecture. Sur le même rituel, deux éléments du détachement de la garde présidentielle lui demanderont de décliner son identité et comme des chiens enragés, les deux individus armés jusqu’aux dents se jettent sur lui en pleine rue ce lundi 17 septembre 1984 aux environs de 9h du matin et l’obligèrent à les suivre à la résidence du préfet, par l’entrée principale de la préfecture. Depuis ce jour, il disparut à jamais. Le même jour, Goldoum sera également arrêté.
Djingambaye quant à lui, après la sortie des codos à Bénoye, a pu regagner Kélo, sa circonscription administrative. Il reçut une visite des émissaires venus de Ndjaména par hélicoptère. Il les reçu à sa résidence où un repas copieux leur a été servi. A la fin du repas, il raccompagna ses hôtes sans trop se soucier de ce qui l’attendait. C’est au moment de monter dans l’hélico que ordre lui fut donné de monter en premier. Ce qu’il fit et depuis lors, il disparut à jamais. 

Le Massacre de Déli


Les principales têtes étant tombées à Moundou, un message fut envoyé à Déli pour informer de la visite du Commandant en chef des Forces Armées du Nord. Tous fiers de recevoir leur nouveau chef, grande était la joie des codos qui rivalisaient dans ce qui leur restait de vêtements d’apparat et de galons pour les anciens militaires. Les armes furent croisées au sol, ce matin-là du 17 septembre. Comme lors des grands jours, c’est avec la poitrine bombée que le salut militaire fut adressé à Idriss Deby, le jeune et nouveau commandant en chef des Forces Armées du Nord. Comme pour passer en revue les troupes, d’un pas ferme et autoritaire, celui-ci fit le tour de la troupe et se plaça derrière le peloton avant de donner par un geste de la tête, l’ordre à ses sbires d’ouvrir le feu. Comme des lapins, les codos qui essayèrent de s’enfuir furent rattrapés et arrosés. Le sang giclait de partout. Puis commença la chasse aux sorcières, d’abord dans le centre où 16 fonctionnaires derrière leurs bureaux furent lâchement abattus, puis dans les villages environnants. Des centaines de villages furent brûlés, endeuillant des familles entières et provoquant le départ de milliers de réfugiés. 
« Quel silence dans ces contrées qui généralement grouillent de monde », se rappelle encore Mr Moundou Philippe, alors chef de secteur de l’ONDR à Gounou Gaya, qui dans le cadre de ses activités de routine se rendit à Moundou quelques jours après les massacres de Déli. A une vingtaine de kilomètre de Kélo, une dizaine de corps en putréfaction avancée, gisaient à même le sol, des volontaires essayaient de creuser une fosse commune pour les enterrer. L‘angoisse et la peur se lisaient sur leurs visages. Sur la route de Déli, aucune âme qui vive à l’exception des éléments de la GR laissés là pour s’occuper des derniers récalcitrants. Entre Déli et Kana, le spectacle fut terrifiant, des cadavres partout. Pendant ce temps, à Moundou la chasse à l’homme a continué et pendant longtemps encore.

Les dossiers tragiques de « septembre noir » à Moundou et Déli, et de bien d’autres massacres à Sarh et ailleurs, seront-ils ouverts le 7 Septembre à Dakar ? Et pourtant, il le faut, pour qu’enfin, les milliers d’orphelins de ces tueries, puissent savoir la vérité sur ce qui s’est passé et qui a transformé Deli, ce havre de paix que les commandos ont librement choisi comme point de regroupement pour leur réintégration dans l’armée, en champs de massacre pour plusieurs centaines d’hommes, ce 17 septembre 1984. Les orphelins ont le droit de le savoir afin que l’histoire ne se répète plus jamais.
Une orpheline

 
 
  -- envoyé par demba diouf (dembadiouv@gmail.com)