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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Idriss Déby se prive de "vacances" pour sauver le Tchad

N’Djamena se demandait quand le président Idriss Déby, 63 ans, allait solliciter un cinquième mandat. Il a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2016 lors de la conférence de presse donnée à l’occasion des 55 ans de l’indépendance, le 11 août. Une déclaration justifiée par la lutte antiterroriste contre Boko Haram, qui satisfait les capitales européennes et Paris au premier chef : «Quitter le pouvoir et laisser le Tchad dans le désordre, je ne le ferai pas.» Face à la presse nationale, le président tchadien a déclaré que s’il avait l’assurance qu’après lui, le Tchad serait stable, il quitterait «aujourd’hui même le pouvoir». Idriss Déby, qui a pris le pouvoir en 1990 en chassant Hissène Habré - dont le procès a débuté fin juillet à Dakar et a été ajourné à début septembre -, avait amendé la Constitution en 2005 pour pouvoir «se présenter indéfiniment», commente une source jointe à N’Djamena.

Les réactions au Tchad sont teintées d’indifférence, comme celle recueillie lundi dans le sud du pays : «La surprise aurait été qu’il déclare qu’il ne se représente pas», grince un universitaire. D’autres Tchadiens, sous couvert d’anonymat, considèrent «cette déclaration pour un cinquième mandat comme un véritable aveu d’échec de ses vingt-cinq ans à la tête du pays».Idriss Déby, dès son arrivée au pouvoir, avait attiré à lui bon nombre d’anciens responsables qui avaient travaillé sous Hissène Habré, afin de mieux consolider son pouvoir. Il l’a ensuite affermi en nommant des cadres sur la base de l’appartenance communautaire, notamment celle de son ethnie, les Zaghawas, à cheval sur la frontière soudanaise. D’où, aujourd’hui, une société tchadienne totalement fracturée.

Et que dire d’une armée clanique - que Paris continue d’encenser à travers le mythe du «guerrier tchadien» -, totalement contrôlée par le Président et ses proches, à la tête des principaux postes ? Ainsi, le seul critère de nomination est la filiation consanguine avec les cercles proches du chef de l’Etat. Les autres cadres militaires tchadiens, notamment les Saras (chrétiens et animistes), souvent les plus instruits, sont cantonnés à des postes subalternes dans l’administration.

L’opposition, que le chef de l’Etat n’est pas encore totalement parvenu à domestiquer, a fait savoir par la voix de Saleh Kebzabo, son principal leader, que «les Tchadiens, qui vivent sous un régime de terreur, ne veulent plus de ce régime familial». Seul le parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS), et ses alliés tiendront des meetings en chantant les louanges du Président. A travers son intervention, Idriss Déby a tenu à rappeler aux Tchadiens qui l’ignoraient encore : «Si mon départ pouvait renforcer la paix, la sécurité et la concorde, j’aurais pris des vacances.»

Jean-Louis LE TOUZET