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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Ndjamena est en état d’alerte depuis deux jours suite au double attentat qui fait 24 morts dans un commissariat et une école de police. D'après les autorités, quatre terroristes sont également morts lors des opérations. Le Tchad accuse Boko Haram et doit désormais veiller à éviter une déstabilisation de l’intérieur. Comment y parvenir ? Quelle réponse apporter à cette situation ? Olivier Rogez reçoit le chercheur au Ceri-Sciences Po, Roland Marchal.

RFI : Ce double attentat de Ndjamena traduit les failles du système de sécurité du Tchad. Est-ce que ces failles sont inquiétantes ?

Roland Marchal : Ces attentats posent deux questions. Comment cela a été organisé et quel type de faille, quel type de faiblesse on peut identifier dans le système sécuritaire tchadien, qui, comme on le sait, sait s’acharner sur les journalistes et les parlementaires de l’opposition, mais aurait manqué son coup ? Mais on peut aussi se poser une autre question très importante : dans quelle mesure cet attentat a été préparé à Ndjamena, ou au contraire, est-ce que l’on a à faire à des gens qui ont passé la frontière, qui sont venus par le lac et qui auraient été capables de projeter une équipe qui a mené ces deux attentats-suicide ? Suivant les scénarios de l’attentat, on pourra évidemment repérer quel type de faiblesse et jusqu’à quel point, il était possible d’arrêter ces attaquants avant qu’ils ne sévissent.

Comme le disait sur RFI le secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC), le Tchadien Ahmad Allam-Mi, il est plus que jamais nécessaire de renforcer la coopération des services de renseignements des pays de la région Cameroun-Nigeria-Tchad ?

Evidemment, il faut renforcer cette coopération. Mais il faut aussi que le gouvernement tchadien se décide à traiter ce problème-là comme on essaie à le traiter ailleurs. C’est-à-dire de se demander d’abord si c’est la projection d’une équipe et donc d’une certaine façon Boko Haram peu présent et qui n’a pas de véritable réseau sur le territoire tchadien et à Ndjamena. Ça, c’est une option. Il y a une autre option qui est évidemment plus difficile, qui est d’imaginer que Boko Haram est en train de se construire une base sociale au Tchad même et mène cet attentat dans le cadre de cette construction comme on le voit dans d’autres pays. J’ai en tête le Kenya.

Le gouvernement tchadien évoquait dès hier des cellules dormantes. Selon vous, y aurait-il des cellules dormantes de Boko Haram dans Ndjamena ?

Tout le monde en parle. Mais une chose est d’en parler et une autre chose est de les identifier. Beaucoup plus de cellules dormantes, qui seraient quelques individus ou quelques dizaines d’individus, ma peur c’est que ce soit quelque chose d’un peu plus substantiel avec des gens qui sont des membres actifs et d’autres qui sont des soutiens plus passifs, mais qui permettent finalement à des membres de l’organisation de monterune opération comme celle-là qui est quand même assez impressionnante.

Cela signifierait que Boko Haram aurait recruté des Tchadiens, comme par le passé il a recruté des Camerounais ?

Pour moi, c’est la véritable interrogation et savoir si ces Tchadiens sont simplement des individualités ou si au contraire, il y aurait un véritable mouvement dans certaines couches de la population, certainement limité, en faveur de ce mouvement-là. Et dans ce second scénario, il est évident qu’il faut autre chose que de la sécurité. Il faut faire un peu de politique. C’est quelque chose que le régime tchadien a beaucoup de difficultés à faire, mais c’est quand même en regardant les revendications de ces gens-là, en se posant le problème de comment éviter une radicalisation qu’on pourra éviter de futurs affrontements. Est-ce que le gouvernement tchadien est prêt à faire ce pas politique qui n’est pas simplement de taper, mais de réfléchir ? Dans le passé, il n’a pas montré une très grande disponibilité à ça, mais peut-être son expérience au Mali notamment devrait l’inciter à réfléchir à deux fois, et peut-être à travailler à la fois sur le politique et le civil, et à la fois sur le sécuritaire.

Vous évoquiez le passé. Depuis quelques années déjà, on assiste à une progression de l’idéologie véhiculée par Boko Haram. Quelle est la réponse qu’ont apportée les autorités à cette progression de l’idéologie Boko Haram ?

La question qui se pose par exemple dans la région du lac Tchad, c’est que les communautés qui sympathisent avec Boko Haram sont aussi des communautés qui ont été délaissées depuis plus de 30 ans, donc bien avant que Idriss Déby vienne au pouvoir. Là, il faut avoir ce qu’on appellerait ailleurs des programmes de contre radicalisation ou de stabilisation. C’est-à-dire dépenser de l’argent pour du développement, puisque c’est effectivement des zones extrêmement pauvres. C’est à la fois très peu de chose, mais en même temps, on sent que le régime tchadien n’a pas une très grande habitude de s’intéresser à des populations qui sont démunies et qui n’ont pas un rôle vital dans la régulation du pouvoir politique ou du pouvoir militaire.

Est-ce que ce double attentat va remettre en cause la détermination d’Idriss Déby à mener le combat contre Boko Haram en terre nigériane notamment ?

Non. Idriss Déby est d’abord un militaire. Donc, il sait que la guerre, on ne la mène pas sans perte. Et il y a une humiliation du pouvoir tchadien. Evidemment, la réponse sera de taper plus fort. Le Tchad illustre à la perfection le manque de toutes les politiques contre le terrorisme sur le continent africain à l’heure actuelle, de la Somalie au Mali, et on se dit que finalement plus on tapera, plus ces questions-là n’auront pas d’importance. Ce n’est pas vrai, on le voit au Mali et hélas si le président Déby ne prend pas les bonnes décisions, on le verra demain au Tchad.

Le Tchad pourrait connaître le même sort que le Mali ?

On n’y est pas. Le Tchad a beaucoup de problèmes. Mais certainement pour éviter une crise de ce genre-là, il va falloir quand même changer la gouvernance au Tchad, l’améliorer, soit s’occuper des populations et pas simplement de ceux qui sont au pouvoir et pas de simplement leur communauté.