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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Les Camerounais, les Nigérians et les Maliens sont-ils de fieffés ingrats qui ne « rémunèrent » pas à sa juste mesure le sang tchadien versé pour leur liberté ? C’est en tout cas ce que pensent bon nombre de compatriotes d’Idriss Déby Itno, toutes tendances politiques confondues. C’est d’ailleurs un des leaders de l’opposition, Saleh Kebzabo, qui s’est chargé de traduire le plus clairement possible ce sentiment largement partagé dans son pays, d’autant plus que cela lui permet d’écorcher quelque peu un exécutif à qui tout semble réussir ces dernières années.

Évoquant, à l’occasion d’une interview accordée à Radio France Internationale, la récente élection du président de la Banque africaine de développement (BAD), remportée par le Nigérian Akinwumi Adesina alors que le Tchad présentait un candidat, Saleh Kebzabo a mis les pieds dans le plat :

« Je suis profondément déçu parce que finalement on se demande quelle est la politique extérieure que Déby mène ? C’est pour nous un échec. Un échec cuisant qui fait mal aux Tchadiens. Nous intervenons militairement au Mali, il y avait un candidat malien ; nous intervenons militairement au Nigeria, il y avait un candidat nigérian qui a gagné ; nous intervenons aussi au Cameroun, le Cameroun a voté contre le candidat tchadien et au-dessus de tout cela « nos amis » français ont voté aussi contre le candidat tchadien. Donc au total, je pense que le président Déby doit revoir toute sa diplomatie et toute sa conception des relations extérieures. Si vraiment tout ce que nous sommes en train de faire ne sert à rien, il faut qu’on remette les pendules à l’heure. »

Comment expliquer qu’alors qu’il est décrit comme une puissance militaire, le Tchad d’Idriss Déby demeure un nain diplomatique, incapable de faire partager son agenda international aux autres nations du continent, comme savent si bien le faire l’Afrique du Sud et le Nigeria notamment ? Négocie-t-il mal avec les pays qu’il vient « sauver », qui minorent d’une certaine manière l’importance de ses interventions ?

Une chose est sûre : le cadre global, de nature postcoloniale, dans lequel l’armée tchadienne se déploie à l’étranger, ne joue pas forcément en sa faveur. Le pays de Déby intervient comme un « sous-traitant » de la France, son ancienne puissance coloniale, et plus généralement de la communauté internationale, et non « en direct ». Rien à voir, donc, en termes de rapports de force générés, avec les conditions de l’entrée en jeu de l’Angola ou du Zimbabwe aux côtés de l’armée congolaise en 1998, alors que Laurent-Désiré Kabila faisait face à des rébellions alimentées à l’époque par le Rwanda et l’Ouganda.

Etant donné qu’il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints, les Maliens – à l’époque où ils étaient quasiment unanimes sur les bienfaits d’une intervention étrangère dans leur pays – ont préféré chanter à la gloire de « Papa Hollande » plutôt que se coudre des boubous bleu-jaune-rouge (les couleurs du drapeau d’un Tchad apparaissant comme un « employé » de la France). Les Nigérians et les Camerounais n’ont pas clairement demandé à leur voisin de venir à leur secours ; c’est la « communauté internationale » qui était demandeuse. L’absence de coordination sur le terrain des opérations entre les états-majors relevant d’Abuja et de N’Djaména, du moins sous le « règne » de Goodluck Jonathan, témoigne du caractère un peu « forcé » de la coopération entre les deux pays.

Il est fort probable que les présidents malien, camerounais et nigérian considèrent que c’est à la « communauté internationale » de « rémunérer » la solidarité tchadienne (quoi que l’opposant Kebzabo suggère que le Nigeria a payé « très, très cher » et que cet argent n’est pas passé par les caisses du Trésor public). Il est également tout à fait possible qu’à Paris, par exemple, on considère que le fait de laisser Déby gouverner tranquille (c’est-à-dire faire de ses opposants ce qu’il veut) et de lui épargner les sermons habituels sur les droits de l’Homme et la « bonne gouvernance » est déjà, en soi, une confortable « rémunération ».

Théophile Kouamouo