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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Double attentats suicides à N’Djaména : quelques leçons apprises

Depuis hier, le Tchad en général et N’Djaména en particulier, est sous le choc de deux attentats suicides qui ont fait au total 28 morts et 101 blessés selon les statistiques disponibles. Mes sincères condoléances à tous ceux et celles qui ont perdu parents, amis et connaissances au cours de ces deux événements.

 

Mais au-delà de l’amertume et du dégoût que ces attentats ignobles ont provoqué parmi la population, quelles leçons peut-on en tirer pour l’avenir ?

 

Depuis l’intervention du Tchad au Mali et au Nigéria contre les Djihadistes, ceux-ci, surtout du Nigéria, avaient promis de se venger. Les seules inconnues étaient le lieu et le jour. Mais une veille préventive sérieuse aurait pu éviter ces massacres.

Aujourd’hui, toutes les analyses sont unanimes à reconnaitre, que ce soit au Nigéria ou ailleurs, dans les banlieues des grandes villes comme Paris, par exemple, que c’est souvent l’injustice qui engendre et alimente l’extrémisme du genre Boko Haram. Et la solution souvent recommandée est l’investissement massif dans des régions ou quartiers délaissés afin d’améliorer les conditions de vie des populations concernées vivant dans une misère et une précarité révoltantes par rapport au reste du pays.

 

Ce matin, j’ai écouté sur RFI l’interview du Pr Roland Marshall en lien avec ces deux attentats et j’ai particulièrement apprécié la fin de son intervention où il déclarait, en substance, que le Tchad a beaucoup de problème gouvernance et que Deby Itno ne doit pas seulement s’occuper des siens. En claire, la mauvaise gouvernance et l’injustice dans la répartition des richesses nationales engendreront toujours d’autres Boko Haram.

 

La mauvaise gouvernance du régime de Deby Itno, on ne le répétera jamais assez, tire inévitablement le Tchad vers le bas, en le plongeant un peu plus dans l’abîme. Mais le constat est que dès que cette question est soulevée, le pouvoir MPS lui oppose, comme un bouclier, les rhétoriques du genre « la paix chèrement acquise », « la volonté de déstabilisation des institutions », « la sécurité nationale » etc. Et on continue de plus belle : les nominations à des postes de responsabilité n’obéissent à aucune logique, sauf avoir un lien avec le clan, la belle famille ou être courtisan et dévoué au service du clan. Les vraies compétences n’ont plus de repère au Tchad. Ceux des cadres qui ont encore un brin d’amour propre soient s’exilent, restent stoïquement au Tchad et font de leur mieux s’ils ne craquent pas ou se noient simplement dans l’alcool. A la police, des compétences avérées avec des dizaines d’expériences accumulées ont été dégagées et remplacées par des arrivistes qui n’ont pour seule référence que l’appartenance au clan ou à la belle famille. Je demeure convaincu que la situation ne serait pas identique si la police était mieux gérée que maintenant. Et malheureusement, cette situation observée à la Police est généralisée dans toute l’administration tchadienne est devenue un refuge des voleurs, criminels et autres gang.

L’injustice caractérisée par la mauvaise répartition des richesses nationales est intimement liée à la gouvernance clanique du pays. Toutes les régies financières et les grandes entreprises d’Etat sont prises d’assaut par les membres du clan qui les siphonnent à volonté dans l’impunité la plus totale. Non content de s’accaparer de tout, les membres du clan Deby prennent du plaisir à humilier de manière récurrente les Tchadiens d’autres communautés pour un rien.

 

Regardez un peu ce que font les Salay Deby, Daoussa Deby et les Bourma. C’est à la limite du supportable mais comme c’est leur pouvoir, leur pays et non un bien commun des Tchadiens, ils font ce que bon leur semble. La presse privée et la société civile auront beau dénoncé cette, rien n’a bougé d’un iota dans le bon sens. Du mépris jamais égalé vis-à-vis d’un régime pour son peuple qui produit et le fait vivre. C’est de l’esclavage à ciel ouvert.

Sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, la mauvaise gouvernance et l’injustice, qui cristallisent en ce moment la haine et le rejet du pouvoir MPS par la majorité des Tchadiens, vont générer des Boko Haram made in Tchad. Puisque l’alternance au pouvoir est quasi-impossible à court terme et que le régime ne veut pas entendre raison, ce que l’on redoute le plus risque d’arriver au Tchad : pactiser avec le diable afin de mettre en difficulté le pouvoir de Deby.

 

Plus concrètement, les Tchadiens qui sont majoritairement aigris par l’injustice du pouvoir, ne prendront pas l’initiative des attentats, mais vont coopérer ou fermeront les yeux certains actes de Boko Haram.

 

La gesticulation guerrière de Deby n’y fera rien face à une guerre asymétrique où le renseignement est déterminant alors que qui dit renseignement dit étroite coopération avec la population. La réalité est que s’il arrive que les gens collaborent, ce sera pour leur propre sécurité et non pour aider un régi vomis et rejeté comme celui du MPS.

En conclusion, le phénomène de Boko Haram est indissociable de l’injustice dans un pays. Par conséquent, il a encore de beaux jours devant lui au Tchad, même sous d’autres formes. Dommage qu’on en arrive là alors que l’attention du pouvoir MPS, par rapport à l’injustice, a été attirée à plusieurs reprises. Bien dommage.

 

 

Senior Mbary