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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Les leçons de l’étude réalisée par Pr Roland Marchal sur le Tchad

A la demande du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR) avec l’appui de deux ONGs françaises – CCFD-Terre Solidaire et le Secours catholique -, le Pr Roland Marchal a réalisé, en avril 2015, une étude intitulée Petites et grandes controverse de la politique française et européenne au Tchad, qui a été rendue publique sur les toiles en mai 2015.

 

D’abord il faudrait souligner le fait que le Pr Marchal, enseignant de surcroît en sciences politiques, est un personnage qui est au cœur des rouages de la politique française, particulièrement en Afrique. De ce point de vue, l’analyse qu’il a faite de la politique française sur le Tchad est très proche de la réalité. A moins que ceux qu’il a nommément cités démontrent le contraire. Mais au-delà de cette analyse, quelles leçons peut-on en tirer pour l’avenir de notre pays ?

La première leçon est que Deby n’arriverait jamais à renverser le pouvoir de Hissein Habré s’il n’avait pas eu le soutien de la France, de la Lybie et du Soudan. Cependant, ce soutien est sous-tendu par des motivations différentes : i) pour Mitterrand, il fallait renverser Habré pour laver l’affront, lui qui a osé en déclarant publiquement qu’il n’a de leçon de démocratie à recevoir de personne, ii) par vengeance, Khadafi voulait en finir avec Habré pour l’avoir humilié en lui infligeant une cinglante défaite militaire par la destruction de sa base militaire sur son propre sol et iii) enfin le Soudan avait besoin de l’espace pour y étendre son idéologie islamiste ;

La seconde leçon découle de la première. Depuis Foccart jusqu’au pseudo démocratie en Afrique des années 1990 avec des dictateurs habillés en manteau de démocratie comme Idriss Deby du Tchad, les centres de décision d’installer ou d’élire un président, notamment dans les ex-colonies françaises, ne se trouvent pas entre les mains de la population censée être maître du destin de son pays par des votes propres et saines, mais ces centres de décision sont ailleurs. Cette situation est souvent favorisée par le comportement indigne de la classe politique de l’opposition et de la faiblesse de la société civile. L’exercice de démocratie est un processus et son enracinement est le fruit des leçons tirées des succès et des échecs passés. Même si l’opposition politique tchadienne est nulle, elle devra faire son expérience et aux prochaines élections, c’est à la population d’en juger et non un conseiller politique, militaire ou diplomatique, fut-ce-t-il de la France de décider à la place des Tchadiens;

La troisième leçon est que les soutiens de Deby en France ont eu une courte vue dans leur analyse qui est, une fois encore, sous-tendue par des intérêts bassement matériels. Eux qui sont des « experts » sont censés savoir que l’injustice, telle que le régime de Deby incarne, a généré des frustrations qui ont atteint le summum au sein de la majorité de la population qui l’a subie quotidiennement. Et le cumul de ces frustrations est en train de bouillonner comme une marmite au feu. Sauf erreur de l’histoire, cette marmite va exploser à court ou à moyen terme. Et forcément c’est une telle situation qui pourrait engendrer la guerre que ces soutiens à Deby veulent éviter en le gardant indéfiniment au pourvoir. Il est évident que cette explosion n’épargnera pas ces soutiens de Paris qui seront à leur tour éclaboussé comme un boomerang.

Pour illustrer cela, il faut rappeler que l’instabilité politique chronique que le Tchad a connue est, en grande partie, liée d’une part à la décision de l’ancien président, feu Ngarta Tombalbaye, d’interdire le multipartisme, marquée par des arrestations, disparitions et autres et d’autre part aux exactions commises sur les populations au Nord du pays par les autorités administratives et militaires qui y étaient affectées. La suite on la connait. Deby aujourd’hui président du Tchad n’est-il pas lui-même le produit de l’injustice des régimes passés ?

De cette analyse sommaire, la conclusion est qu’il ne faut rien attendre de l’extérieur pour espérer provoquer l’alternance au pouvoir au Tchad. Cependant, l’environnement semble être favorable pour infléchir les choses par une lutte politique légale sans nécessairement recourir à la force des armes. L’unité et la détermination dans la lutte, sans calcul mesquin, fait partie des stratégies qui ont fait leur preuve ailleurs. Pourquoi ne pas l’essayer ?

Par Senior Mbary