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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

INTERVIEW

Ladiba Gondeu est enseignant-chercheur en socio-anthropologie à l'université de N'djamena. A l'occasion de la visite d'Idriss Déby ce jeudi à l'Elysée, il revient sur les ressorts du pouvoir autoritaire du chef de l'Etat tchadien.

 

Depuis le mois de février, l’armée tchadienne participe en première ligne à une opération régionale contre Boko Haram. Un combat que soutient la France, sans pour autant intervenir. François Hollande abordera ce sujet ce jeudi avec le président tchadien Idriss Déby qu’il reçoit à l’Elysée, alors quele Burundi vit une tentative de coup d’Etat. Des événements qui inquiètent le pouvoir tchadien explique Ladiba Gondeu, enseignant-chercheur en socio-anthropologie à l’université de la capitale tchadienne N’djamena,

 

Certainement par la volonté du côté tchadien de faire totalement profil bas. Du côté Français, volonté aussi je suppose, de ne pas claironner cette visite d’un régime qui bafoue les droits de l’homme. Il faut se souvenir que les policiers, qui avaient réprimé les manifestations étudiantes en mars dernier [3 morts, ndlr] ont été arrêtés une première fois, disons pour la forme. On les voyait en ville, à N’Djamena. Puis il y a trois jours ils ont été à nouveau arrêtés avant le départ hier de Déby pour Paris. Ce qui signifie pour moi ce message destiné à Paris : on a entendu vos reproches. On va faire attention aux droits de l’homme. On ne va pas recommencer. C’est un gage de pseudo-bonne conduite donné à la France et à l’Europe qui s’étaient émus de la manière dont ces étudiants avaient été violemment traités.

Oui en effet. Le pouvoir tchadien les suit avec une certaine crispation. Il faut savoir que lors de la chute de Blaise [Compaoré, ndlr] en octobre 2014. les médias publics tchadiens avaient passé sous silence les événements de Ouagadougou. L’information avait été alors bloquée. Le pouvoir avait décidé de vite serrer les rangs autour du MPS (le parti présidentiel). Aujourd’hui ce qui se passe au Burundi, où l’armée est aussi un pilier du régime, est observé avec grande inquiétude.

En l’état non. Mais je constate que le régime se resserre toutefois autour des cellules familiales qui en sont le ciment. Regarder le pouvoir au Tchad, c’est assister aux soubresauts des cellules familiales. Les parentèles tiennent tous les leviers. Pour moi le président est piégé par la toile familiale qu’il a lui-même tissée. C’est un paradoxe mais Déby est prisonnier de sa famille : frères, belles familles, fils, cousins. Il voudrait s’en libérer qu’il ne pourrait plus. Chaque partie a tissé son propre univers dans un pan de l’économie. Ainsi Déby est dépassé par la machinerie familiale, ethnique, mise en place. En cas de chute, les déchirements seront terribles car alors chacun voudra s’approprier le tout.

Elle s’appuie sur la vision d’un Tchad qui est le verrou sécuritaire de la région. C’est une position proche des néoconservateurs et qui est par ailleurs partagée par les pays de la sous-région. Pour la France le régime Déby c’est : un homme fort, un homme qui combat Boko Haram, un homme qui fait tampon entre le monde arabe et l’Afrique centrale. C’est une position totalement politique de la part de Paris. Une position de courte vue, assez tragique dans sa projection, et qui évidemment écarte toute idée de démocratie, tout en fermant les yeux sur la captation des ressources par un pouvoir familial. Une position inquiétante.

Jean-Louis LE TOUZET