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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

« La politique a perdu sa lettre de noblesse au Tchad »,Abdel-Aziz Koullamallah

En chemin pour le Tchad, Abdel-Aziz Koullamallah, nous a accordé une interview dans laquelle, il revient sur son arrestation, fait des confidences et dénonce les pratiques du griotisme qui garantissent les ascensions sociales et des postes à responsabilités.

Interview

 

Bonjour M.Abdel-Aziz !

 

Bonjour Makaila !

 

Blogmak : Vous êtes de passage à Paris en provenance du Canada, vous pourriez-vous revenir sur le contentieux de votre terrain qui vous a valu d’être arrêté ?

Abdel-AzizKoullamallah : Merci de me donner la parole, vous savez j’ai suffisamment parlé de cette affaire mais comme vous me posez la question, je vais quand même y revenir en quelques phrases. J’avais en effet un contentieux de terrain qui m’a conduit devant la justice et Dieu merci j’ai gagné jusqu’ à la cour suprême. Et le problème est survenu quand je suis allé pour prendre possession du lieu après que les occupants soient expulsés. Pour plus des informations je renvoie à la vidéo dans laquelle j’ai résumé un peu ce qui s’est passé et que vous avez publié sur votre blog

 

- Qui est derrière cette affaire ?

 

Abdel-AzizKoullamallah : Vous voulez parlez de mon arrestation je pense ? Mon arrestation a été ordonnée injustement par le procureur de la république.

- Comment vous avez été libéré ?

Apres avoir passé 2 mois jour pour jour en prison, le procureur général a ordonné ma libération provisoire en attendant que la cour d’appel se prononce sur l’appel que j’ai interjeté contre la décision me condamnant en première instance à trois mois ferme. La suite vous la connaissez, la cour d’appel m’a déclarée non coupable et m’a relaxée.

 

 

Abdel-Aziz Koullamallah : pensez-vous que le président tchadien est-il aussi pour quelle chose dans cette affaire ?

Honnêtement le président de la république n’a rien à y voir c’est tout simplement l’abus du pouvoir des personnes qui ont des responsabilités.

Mon frère Nguebla, je vais vous faire une confidence, j’étais aussi comme beaucoup des tchadiens jusqu’à y a pas longtemps, je voyais le président de Déby impliqué dans tout mais depuis plus d’une année, je me suis rendu compte que les gens utilisent le nom du président pour assouvir leur sale besogne. Pourquoi, je dis ceci ? Vous savez quand je suis rentré au Tchad en 2010 après avoir passé 12 années en exil, la médiature avec qui j’ai négocié mon retour, s’est engagée à m’aider à rapatrier ma famille et à mon installation. Une fois rentré, le médiateur m’avait demandé d’adresser une demande auprès du premier ministre Emmanuel Nadingar c’est ce que j’ai fait, durant plus d’une année chacun me renvoyait vers l’autre au final. On m’a fait savoir que ce le président de la république qui n’a pas donné suite à ma demande. J’ai dit d’accord ce n’est pas grave je suis allé rester dans mon coin, j’ai cru à ce qu’ils m’ont dit. Quand Dadnadji a été nommé premier ministre, un ami qui suivait avec moi le dossier, m’a dit de relancer. Je lui ai dit ce n’est pas la peine, c’est le président qui a posé son veto, il m’a répondu : « abdelaziz toi tu as passé beaucoup de temps à l’étranger tu ne connais pas ce qui se passe au Tchad les gens utilisent le nom du chef de l’état pour bloquer les autres relance ton dossier ». Je me suis dit tenter le coup, j’ai relancé le dossier, Dadnadji qui est un grand administrateur que je remercie au passage, a saisi la Médiature par courrier pour des explications, vous savez quoi, en répondant au premier ministre la médiature a écrit que abdelaziz a été déjà satisfait pensant que le premier ministre allait juste garder le dossier sans donner suite à ma demande mais c’était mal connaitre l’administrateur chevronné Dadnadji , celui-ci m’a écrit pour me transmettre l’information qu’il a reçu de la médiature. Ne pouvant laisser passer des telles choses, j’ai réécris à mon tour au premier ministre pour démentir ce qui a été dit par celle-ci, le premier ministre a recontacté la médiature pour leur dire koulamallah ne reconnait pas avoir reçu ce dont vous avez écrit. Embarrassé la médiature a réécris pour lui dire vous pouvez accéder à sa demande. Ayant toutes les informations monsieur Dadnadji a saisi le président de la république et une semaine après le président a donné son accord pour que le premier ministre accède à ma demande. Deuxième chose quand j’étais à la maison d’arrêt pour masquer un meurtre les responsables pénitenciers ont inventé une émeute. Tout ça pour vous dire les gens sont devenus maitre dans l’art de la manipulation et cela difficile pour le président Déby de s’en rendre compte.

- Ne pensez-vous pas que les tchadiens trouveront que vous dédouanez trop Déby par ces affirmations ?

Abdelaziz Koulamallah : Vous savez moi j’ai été formé pour analyser objectivement une situation politique et non pour tirer des conclusions hâtives. Pour répondre directement à votre question, aujourd’hui beaucoup des manipulateurs qui rôdent autour du chef de l’état me prennent comme un ennemi du système parce que je ne partage pas leur façon de faire la politique. Et si ceux de l’opposition aussi me critiquent parce que je démontre que le président de la république ne pas forcement au courant de tout, au vu des faits que je connais, cela me réconforte et démontre que j’analyse objectivement la situation socio-politique de mon pays.

- Il semble que vous avez gagné le procès. Avez-vous aujourd’hui confiance à la justice tchadienne ?

 

Abdel-Aziz Koullamallah : avoir confiance à la justice tchadienne oui mais avoir confiance à tous les hommes et toutes les femmes de la justice non car parmi eux vous avez ceux qui rendent justice au nom de la loi et ceux qui rendent justice à leur nom c’est là où il y a problème.

 

- On sait que vous êtes aussi Canadien, avez-vous le soutien des autorités canadiennes lorsque vous êtes à l’étranger ?

Abdel-Aziz Koullamallah : En tant que canadien d’adoption le canada interviendra certainement en ma faveur si jamais je me retrouve dans une situation qui nécessite son intervention.

- Vous avez décidé de rentrer au Tchad. Qu’est-ce qui garantit votre sécurité ?

Abdel-Aziz Koullamallah : Ma sécurité est entre les mains de Dieu et des autorités tchadiennes en premier chef, le président de la république quand je serai au Tchad.

- Votre affaire a suscité un élan de mobilisation à l’international de vos amis. Quel message avez-vous à leur dire ?

 

Abdel-AzizKoullamallah : J’ai été très fier des amis et connaissant qui se sont mobilisés pour moi lors de mon arrestation et je les en remercie sincèrement et mon remerciement va aussi à vous mon frère Makaila et à votre blog.

- Vous êtes un homme politique, quelle lecture faites-vous de la situation politique actuelle au Tchad ?

Abdel-Aziz Koullamallah : La situation socio-politique au Tchad est plus que alarmante si on considère la politique comme une science et l’on l’observe de trop près, mais si la politique est tout simplement devenue un raccourci pour s’enrichir, là, on peut dire tout va pour le mieux au Tchad, c’est d’ailleurs ce que l’on entend de la bouge de ceux qui sont en train de voler le pays. Et c’est à ceux-là que le président Déby s’est adressé le premier décembre 2014 en les demandant d’arrêter de voler.

 

Je peux dire que la politique a perdu sa lettre de noblesse au Tchad et tout est devenu griotisme ; toute personne qui sort de ce cadre est considérée comme un ennemi de la république.

Vous conviendrez avec moi qu’on ne peut construire une société sur le long terme sur la base du griotisme et surtout sans pouvoir faire des critiques objectifs ?Je dirai aussi une société où les normes d’antan sont inversées, le voleur est honoré, le manipulateur est écouté et le griot est aimé. Une telle structure ne peut aller loin d’où la nécessité de procéder à sa déstructuration et sa restructuration par tous autour des valeurs saines.

 

- Votre mot de la fin ?

 

Abdelaziz koulamallah : Si j’ai une chose à dire aux frères et sœurs tchadiens à partir de mon observation de la société tchadienne, honnêtement je pense c’est une erreur stratégique de s’attaquer systématique au chef de l’état quand y a une bavure policière ou il y a abus du pouvoir de certains responsables. Comme je l’avais ci-dessus mentionné le chef de l’état n’est pas forcement au courant de tout donc nous devons plutôt s’attaquer directement à ceux qui posent ces actes ignobles envers leurs concitoyens et aussi à ceux qui volent l’argent du pays. Comment faire ? C’est ça la vraie question, Dénonçons-les directement auprès du chef de l’état en utilisant les canaux qui nous sembles adéquat. Avec le numérique nous avons toutes les possibilités de nous faire entendre. Mais si nous nous enfermons dans notre logique chaque fois que y a un policier qui torture un citoyen nous nous attaquons directement au Chef de l’état nous fermons nous même la porte entre le président et nous. N’oublions pas que le chef de l’état est avant tout un être humain, en lui attribuant systématique des responsabilités alors qu’il n’est pour rien, naturellement, il ne sera à notre écoute et les tortionnaires ainsi que les voleurs auront des beaux jours devant. En tout cas c’est mon point de vue je respecte ceux qui pensent le contraire, car voltaire disait : je ne suis pas d’accord avec votre opinion mais je me battrai toute ma vie pour que vous puissiez l’exprimer.

Entretien réalisé par la rédaction du blog de makaila