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Publié par Mak

Affaire de viols d'enfants en RCA

Rebecca Tickle

3 mai 2015

 

En lisant ce matin l'article d'un général français au sujet de l'affaire des viols d'enfants à Bangui-Mpoko sur Facebook avec les commentaires, j'ai d'abord noté la condescendance inouie du haut responsable militaire francais, ainsi que le ton victimaire de certains français choqués par le fait que de telles charges puissent peser sur des militaires français.

J'ai ensuite dû surmonter un sentiment de nausée et de rage noire contre cette nouvelle manifestation d'un chauvinisme français versant dans un négationnisme narcissique complètement nauséabond en faveur de l'Armée française.

Le ton arrogant de l'auteur, ne fait que pousser le Centrafricain lamda dans une indignité de colonisé qui ne choque plus personne. Pas un scoop, mais en plein soleil de midi sur la place du village quand même.

Je me suis mise à fouiller sur le net comme je sais le faire quand quelque chose m'interpelle. C'est ainsi que je découvre que l'auteur de l'article en question est un général à la retraite, actuellement conseiller militaire du Chef de l'Etat centrafricain. Il a été également commandant de la MONUSCO au coeur du scandale géologique de la région des grands-lacs en 2010, et a servi la France aussi au coeur du génocide contre les Tutsis en 1993 en tant que commandant l'un des derniers détachements français au Rwanda.

Je ne m'étendrai pas sur ce que je pense d'un tel parcours. Neanmois, un individu passant avec aisance d'un scandale géologique africain à l'autre, sans oublier la conscience particulière de la valeur humaine en lien avec les massacres de masse y afférent, ne m'inspire ni sympathie ni confiance.

Celui qui a posté l'article du Général sur son site est un fonctionnaire de la DGSE, ayant notamment servi à Djibouti, qui demande que l'article soit largement diffusé, naturellement auprès de tous ceux qui se gavent de la présence non seulement militaire en Afrique - une évidence non refutable - mais aussi d'une présence coloniale inique qui tend à sous-entendre que toute l'histoire des enfants violés n'est que montage et mensonge, au minimum une pécadille.

Dans ses propos, tout le monde est pris de haut par le Général, qui devient le symbole absolu du colon omnipotent, détenteur de la Vérité universelle dans un mépris total du citoyen - africain - centrafricain. Tout cela relayé par des services secrets qui n'ont de tout évidence que le seul souci de préparer le terrain pour des décisions anesthésiantes de la part des autorités françaises, justice française incluse.

Les autorités centrafricaines sont de toute évidence à leur botte, et sont d'ailleurs bien trop occupées depuis plusieurs semaines par les pillages systématiques des fonds alloués au Forum de réconciliation qui débute demain 4 mai dans une cacophonie qui ne dit pas son nom. En effet, ce sont des centaines de millions de fr CFA qu'on entend sauter de poche en poche, des angolagate à répétition dont on escamote allègrement autant l'origine que la destination.

Les viols d'enfants centrafricains sous leurs fenêtres n'est donc pas un sujet très intéressant.

Pour le reste, jugez vous-même...

Revenant au début, où quelqu'un publie sur Facebook un avis du Général Philippe Beny, conseiller militaire du chef de l'Etat centrafricain, en estimant que "plus carré que lui y a pas". Je devine que "carré" égal à "vérité incontestable".

Le papier est posté par Régis Ollivier* sur un site qui s'appelle lecolonel.net avec l'introduction suivante:

"Je pense que s'il est un avis à faire tourner un maximum sur cette affaire qui fait les choux gras dans les médias, c'est bien celui du Général Philippe Beny, conseiller militaire du Chef de l'Etat centrafricain à Bangui. Je compte sur vous. Bien cordialement. RO"

*Régis Ollivier: Fonctionnaire DGSE. Chef de l'antenne DGSE à Djibouti en 1995. Officier superieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST- École militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

A son tour, le Général Philipe Beny* introduit son avis de la façon suivante:

"J'ai un petit avantage sur ceux qui écrivent ou pérorent sans trop rien connaître de la réalité de cette affaire: Je suis à Bangui depuis longtemps, je connais le contexte général, les lieux et nombre des acteurs en cause. En outre, je suis ce qu'on peut appeler "un vieux soldat" qui en a pas mal vu, notamment en Afrique, et je pense être capable de poser un regard un peu plus discursif que d'autres sur tout cela."

*Philippe Beny: Général retraité de l'Armée de Terre. Adhérent UMP. Commandeur de la Légion d'Honneur. Conseiller spécial Sécurité et Défense auprès du gouvernement centrafricain. Chef d'Etat-Major de la MONUSCO en 2010-2011. En 1993, Lieutenant-colonel, il commande le dernier détachement Noroît, unité militaire française au Rwanda selon "La France au coeur du génocide des Tutsis".