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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

UN CAMP DE RÉFUGIÉS CENTRAFRICAINS SE TRANSFORME EN PARADIS DE LA DROGUE

Depuis l'éclatement du conflit en Centrafrique, 500 000 personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins. Dans le camp de Gado à la frontière avec le Cameroun, la consommation de drogue explose.

Sur un total de près de 234.000 Centrafricains actuellement réfugiés au Cameroun, ils sont près de 30.000 dans le camp de Gado situé à environ 25 km de Garoua Boulaï, ville frontalière de la province Est, parqués sous les bâches de l’UNHCR, aux antipodes du scénario bling-bling vanté par les autorités de transition dans la capitale centrafricaine. Jointe sur place par téléphone, une réfugiée, Aïcha Abdouram*, nous parle du quotidien. « Le matin, on fait d’abord la queue pour chercher de l’eau. L’approvisionnement en eau qui posait de sérieux pLroblèmes compte tenu d’un nombre insuffisant de pompes et points d’eau s’est quelque peu amélioré au cours des derniers mois avec l’installation d’un nouvel équipement. L’eau est distribuée après désinfection par un dosage manuel d’eau de javel, tâche confiée à certains réfugiés du camp.

Pour l’éducation minimum des quelques 4000 enfants du camp, des salles de classe ont été construites par l’UNICEF. Elles ne sont pas équipées de tables ni de bancs mais des cours y sont dispensés de 8h à midi. Le reste du temps, les enfants demeurent inoccupés dans la cour ou à des endroits ombragés du camp. En matière de santé, des soins minimum sont dispensés par les ONG humanitaires dans l’hôpital du camp, tout du moins pour une partie de la journée. L’hôpital ferme ses portes dans l’après-midi, et un service minimum n’est pas assuré après la fermeture ». L’inquiétude se ressent dans la voix d’Aïcha lorsqu’elle rapporte que, dans la mesure où les infirmiers habitent à 25 km du site, on n’a pas intérêt à tomber malade en soirée ou la nuit car rien n’est prévu pour répondre aux urgences. Pour le reste, le quotidien de cette communauté dénuée de suivi ou d’assistance par une quelconque autorité ne va pas sans un certain nombre de problèmes.

Le paradis de la drogue

L’ennemi numéro un dans le camp de Gado, selon le témoignage de Bachir Ali*, lui aussi, réfugié sur place, c’est la drogue dont la consommation tend à se généraliser. Si les femmes sont moins sujet à cette problématique, les jeunes, y-compris les enfants de 12-15 ans le sont particulièrement. Ceux-là affichent alors, par moment, un comportement totalement désordonné et incontrôlable, estimant être les maîtres des lieux et intouchables ! Et tous les moyens sont bons pour se procurer du chanvre ou des comprimés, jusqu’à vendre la nourriture distribuée par les ONG, seule denrée monnayable à disposition.

«Au-delà du commerce qu’elle permet, la nourriture fournie aux occupants du camp fait, d’une manière générale, objet de convoitise. Le magasin dans lequel elle est entreposée est géré par le personnel camerounais de la Croix-Rouge française et d’autres ONG. La nourriture est régulièrement détournée par ces mêmes ONG chargées de la distribuer ». Avec un rire amer, Bachir raconte que, passées 20 heures, après la fermeture du magasin, on peut observer le personnel s’introduire dans l’entrepôt et y « faire son marché » sans que le gardien, un des réfugiés, n’ait la moindre possibilité de s’y opposer. Dernièrement, le gardien du magasin a été arrêté et déferré pour vol de nourriture. Entre temps, les vrais voleurs ont certes été retrouvés mais le gardien croupit toujours dans la prison de Garoua Boulaï…

Les réfugiés en position de vulnérabilité, sont sujets à toutes sortes de traitements, en partie maltraités par les populations locales mais plus particulièrement par les forces de police et la gendarmerie camerounaises. Dès qu’ils essaient d’exprimer quelque revendication, on ne tarde pas à les arrêter. Les jeunes du camp ont d’ailleurs décidé de se réunir pour débattre d’une décision qui devait être prise par les « ARDO », les chefs de secteur, quant à un accord à donner aux autorités camerounaises de poursuivre un réfugié jusqu'au camp et de le mettre en prison. «Récemment, un réfugié qui avait malencontreusement écrasé un chien alors qu’il roulait à moto a été incarcéré », témoigne encore Bachir Ali*, révolté. Les prisons de Bertoua et Garoua Boulaï sont pleines de réfugiés centrafricains qui y croupissent sans même savoir quels droits ils peuvent-défendre et sans avoir un quelconque moyen de le faire.

D’une insécurité à l’autre

Dans un contexte sécuritaire qui laisse à désirer, les réfugiés sont livrés à eux-mêmes. La plupart d’entre eux, notamment les ex-combattants de la Seleka mais aussi tous les civils qui ont fui les violences il y a plus d’un an sont là, encore aujourd’hui, avec les mêmes séquelles psychologiques qu’à leur arrivée. Aucune des ONG actives sur le terrain n’intervient sur ce volet et Karim Mahamat*, réfugié depuis près de 14 mois dans le camp, est très préoccupé à l’idée que, l’UNHCR réduisant son budget au fur et à mesure que des signaux de stabilisation en Centrafrique sont lancés par les autorités de Bangui, les ONG cessent progressivement leurs opérations et se retirent prochainement du camp. Il sait qu’il est peu probable, voire totalement exclu qu’un suivi psychologique soit mis en place. L’une des conséquences est que, la consommation de drogues aidant, l’on inscrit à l’ordre du jour toutes sortes de violence, verbale, physique, et sexuelle, la dernière touchant principalement les femmes et les jeunes filles. Si paradoxale que cela semble, Karim évoque une peur au ventre quasi permanente…

Rien n’est simple dans cette vie en communauté dans un camp où un séjour n’est, en principe, pas prévu pour s’éterniser. Les autorités de Bangui, qui ont procédé récemment aux consultations à la base prévues dans le cadre de la préparation du Forum de Bangui, auront entendu que cette communauté du camp de Gado, comme pratiquement tous les réfugiés centrafricains, pour autant qu’on veuille effectivement un retour au pays, souhaite un rétablissement de la sécurité avant de pouvoir rentrer en Centrafrique. Quand seront-elles seulement en mesure de la garantir et de répondre à un besoin de relogement étant donné que des villages entiers ont été réduits au néant ? La question reste entière. Pour le moment, excepté dans certaines villes, à l’instar de Bangassou où l’on observe un quelques réussites dans la cohésion sociale des diverses confessions religieuses, les populations musulmanes restées en Centrafrique y vivent littéralement enclavées, ne pouvant circuler librement sans courir un risque imminent de représailles et de violences. C’est notamment le cas à Yaloke, Boda, et bien d’autres villes où les citoyens musulmans ne peuvent pas circuler librement, ou encore Bambari, ville littéralement divisée en deux. D’un côté vivent les musulmans, de l’autre tous ceux qui ne le sont pas (parler ici de chrétiens serait suivre le raccourci abusif déjà pris par les médias et qui a déjà fait suffisamment de dégâts). Les conditions sont donc loin d’être remplies pour un retour à la normalité qui permettrait aux réfugiés de Gado de rentrer chez eux.

En attendant, ils sont donc là dans le camp de Gado comme dans de nombreux autres.. Certes, ils ont la vie sauve, ces quelques 500.000 réfugiés, mais dans quelles conditions sont-ils parqués et pour combien de temps en attendant une paix qui peine à s’installer en Centrafrique et une sécurité que les autorités n’ont manifestement pas la capacité d’assurer? Il est en tout cas peu probable que les élections qui s’organisent actuellement et qu’on présente comme la panacée aux maux des Centrafricains, soient justement la solution à ceux de ces communautés.

(*)Nom modifié pour des raisons de sécurité des réfugiés interrogés