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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

MOUVEMENT DU 3 FEVRIER

 

Communiqué n°23

 

Assemblée nationale tchadienne : la prorogation de la honte

Un grand sociologue américain, Charles Tilly, mort en 2008, avait développé un concept qui hier désignait l'Amérique de Georges W. Bush et qui, aujourd'hui, pourrait s'appliquer au Tchad : l'Etat-racket. Il s'agit pour un gouvernement d'agiter une menace extérieure, réelle ou supposée, afin de focaliser l'attention de l'opinion publique sur celle-ci. Pour les USA de Bush, ce furent les armes de destruction massive de Saddam Hussein et Al-Qaeda. Pour le Tchad de Deby, c'est Boko Haram. Une fois ce travail de propagande fait, il est alors aisé de rendre invisible toute une série de faits qui aurait sauté aux yeux d'une population moins obnubilée par le danger terroriste.

 

Il en va évidemment pour le niveau de développement intolérable dans lequel se trouve le Tchad. Malgré les rodomontades des griots de Deby qui annoncent l'entrée du pays de Toumaï dans le club des pays émergents à l'horizon 2025, celui-ci reste toujours arrimé à une triste 184ème place sur 187 au classement de l'indice du développement humain. La production de pétrole ne cesse de baisser d'année en année, tandis que les cultures vivrières et commerciales ont perdu leur lustre d'antan. Le secteur de la santé et de l'éducation sont délaissés au profit d'une folle course aux armements. L'électricité et l’eau potable font toujours défauts, même dans la capitale, et la plupart des routes restent dénuées de bitumage.

 

Mais il y a plus grave. Car l'Etat-racket ne se contente pas de masquer ses défaillances en termes de gestion du pays, il use de la menace extérieure pour déposséder les citoyens de leurs libertés. Que cela soit dit : Idriss Deby n'a pas attendu Boko Haram pour opprimer son peuple. Il suffit de lire les nombreux rapports d'Amnesty International, d'Human Rights Watch et de se souvenir des meurtres et d’arrestations arbitraires d'opposants pour le comprendre.

Sauf que la lutte contre Boko Haram semble lui avoir donné un blanc-seing ; autant aux yeux d'une grande partie de la classe politique tchadienne qu'à ceux de la communauté internationale. Cette immunité nouvelle lui permet de consolider sa dictature en toute quiétude. Aucun Etat doué d'un tant-soit-peu de sens de la realpolitik, et surtout pas la France, ne viendra reprocher au tyran du Palais Rose la falsification des prochaines élections de 2016 ou encore l'arrestation de tel ou tel opposant trop remuant. Son rôle de porte-étendard de la lutte contre l'hydre islamiste en Afrique lui permettra de masquer l'ensemble de ces crimes.

 

Ainsi, venons-en au point qui nous intéresse et qui illustre parfaitement le concept de Tilly : la prorogation du mandat des députés d'une année. Elue en 2011, l'Assemblée nationale compte 188 membres appelés à siéger pour un mandat de 4 ans. Sauf que le-dit mandat devait se terminer en 2015. Invoquant des problèmes de biométrie, Deby a fait passé une loi en conseil des ministres qui permet de calquer les élections législatives sur les présidentielles prévues en 2016. Et on l'a vu à l'Assemblée nationale les thuriféraires du Mouvement Patriotique du Salut se lancer dans de vibrants appels : « comment peut-on songer à organiser des élections législatives quand le pays est engagé dans une lutte à mort contre Boko Haram ? Finissons-en avec la secte et nous pourrons organiser des élections». L'on a vu de semblables débats, où l'on a utilisé une situation dramatique pour justifier la mise sur pied d'une dictature.

 

Le M3F a une position très claire sur la question : rien, ni biométrie ni Boko Haram, n'autorise le report des élections législatives et le maintien en l'état une année supplémentaire d'une assemblée nationale. Hériter des idéaux légalistes du Professeur Ibni, notre mouvement appelle la communauté internationale à dénoncer ce report antidémocratique et à veiller au déroulement en temps et en heure du scrutin, ainsi que, rêvons quelque peu, à sa transparence. Il prend également acte de la désaffection de l'opposition intérieure, présente à l'assemblée nationale, qui a massivement voté pour le report afin de s'octroyer un sursis. Fort de ces constats, le M3F s'affirme de plus en plus comme faisant partie des forces d’oppositions aptes à lutter de manière désintéressée et légalistes contre les récurrentes et interminables dérives du tout-puissant Idriss Deby, chef d'un « Etat-racket ».

 

Fait à Paris le 8 mars 2015,

 

Collectif