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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Céline Narmadji, un rêve de changement au Tchad

Porte-parole du collectif « Trop c’est trop ! » au Tchad, Céline Narmadji est bien décidée à se mobiliser contre les dérives du régime.

Elle n’a pas froid aux yeux. À 50 ans, Céline Narmadji est bien décidée à résister aux injustices, aux dysfonctionnements et aux violences qui empoisonnent le Tchad depuis des années.

Entrée en 1992 à la Ligue tchadienne des droits de l’homme, elle est aujourd’hui la porte-parole du collectif « Trop c’est trop ! », une coalition de dix-neuf associations issues de la société civile, créée en octobre dernier sur le modèle de « Y en a marre » au Sénégal et du « Balai citoyen » au Burkina Faso.

« TROP C’EST TROP ! » COMMUNIQUE SUR LES DÉRIVES DU RÉGIME

Lancé à l’antenne d’une radio libre, l’appel est suivi par de nombreux fonctionnaires, dans les écoles, par des commerçants… Le pouvoir s’en agace, suspend la radio quelques jours pour « incitation à la révolte ».

Fort de ce premier succès, la plate-forme multiplie les communiqués sur les dérives du régime, recueille des informations sur les violences policières comme celles dont ont été victimes, mardi 3 mars, des lycéens de N’Djamena.

Au Tchad, la lutte contre Boko Haram favorise l’autoritarisme du pouvoir

« En vertu d’une loi qui vient d’être promulguée sur le port obligatoire du casque pour les conducteurs de deux-roues, les policiers, qui ne sont pas recrutés chez nous parmi les plus éduqués, ont appliqué la loi sans discernement. Arrestations des lycéens qui n’en avaient pas, amendes, rackets, confiscation des motos… les jeunes ont protesté, ont fait valoir qu’acheter un casque alors qu’ils n’ont pas assez d’argent pour manger à leur faim est difficile… le ton est monté. »

DES RÉSEAUX POUR DÉFENDRE FEMMES ET ENFANTS

La police antiémeute est intervenue. Des heurts ont éclaté. Selon la porte-parole de « Trop c’est trop ! », une cinquantaine de jeunes ont été arrêtés, molestés, en particulier au lycée Félix-Éboué. La plupart ont été finalement libérés. Certains dans un sale état.

Six jours plus tard, le lundi 9 mars, les étudiants protestent à nouveau contre le port du casque obligatoire. Les forces de l’ordre chargent : un manifestant est tué, selon la police. Trois, disent des sources hospitalières contactées par Radio France internationale. Les autorités ferment les écoles et les universités. Et suspendent les SMS ! « Ces derniers événements témoignent du ras-le-bol de la société pour ses conditions de vie », analyse-t-elle.

Cette mère de quatre filles, originaire du sud du pays, s’est toujours mobilisée contre les injustices de son pays. Après une formation de couture et de secrétariat, elle lance des projets de développement local, des réseaux pour défendre les femmes et les enfants.

CÉLINE NARMADJI DÉRANGE BEAUCOUP DE MONDE

Par son tempérament, son bagout et ses actions, Céline Narmadji dérange beaucoup de monde. « Je ne compte plus les fois où l’on m’a appelée pour me dire d’arrêter si je ne veux pas mourir. Ou bien d’accepter un poste en vue, de l’argent pour me calmer », dit-elle dans un éclat de rire.

Son mari et ses filles la soutiennent dans ses prises de position. « Vous savez, mes trois frères sont morts dans des conditions brutales : l’un de maladie, l’autre a été assassiné et le troisième a disparu. Ils ont été accusés d’être proches des rebelles du sud. Je pense qu’ils en sont morts. Personne n’a pu les défendre. »

Avec « Trop c’est trop ! », Céline Narmadji se sait moins vulnérable que ses frères parce que moins isolée. « Et puis toutes mes filles font du droit, ajoute-t-elle. Elles me disent que c’est pour me défendre, le jour où j’en aurai besoin. »

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Céline Narmandji défend les enfants bouviers

« J’ai trop vu de gens dans la misère pour rester inactive, dit Céline Narmandji. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes. »

Parmi ses actions, les clubs de vigilance dans le sud du Tchad contre le trafic d’enfants : « On les appelle les enfants bouviers. Ils sont vendus dans le sud pour devenir gardiens de chameaux dans le nord. Pour qu’ils ne s’échappent pas, on leur coupe le tendon d’Achille. D’autres sont vendus comme domestiques ou esclaves sexuels. Personne n’en parle. Mais c’est encore très répandu », regrette la militante.

(1) Le président Blaise Compaoré, qui voulait se maintenir au pouvoir, a été chassé par un mouvement populaire le 31 octobre dernier.