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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Droit de réponse de Senior Mbary à l’article du Journal du Mali intitulé « Idriss Deby, le nouveau Khadafi ? »

 

J’ai lu avec intérêt l’article publié par le Journal du Mali intitulé « Idriss Deby, le nouveau Kahadafi ? » et j’ai tenu à partager avec les lecteurs du Blog de Makaila mes quelques observations ci-dessous.

Si le président tchadien est un grand admirateur de l’ex-Guide libyen, c’est d’abord et avant tout par reconnaissance pour l’avoir aidé, avec la France et le Soudan, à chasser son frère-ennemi le « former » président Hissein Habré du pouvoir et prendre sa place à N’Djaména.

Idriss Deby, ressemblé à Khadafi ? C’est aussi vrai sur un certain nombre de points, mais alors pour des motivations tout de même différentes. Quels sont, en réalité, les points de ressemblance et de divergence entre les deux et quelle conclusion pourrait-on tirer de cette comparaison entre ces deux hommes politiques africains?

Sur les points de ressemblance :

- Système de pouvoir : le pouvoir de Khadafi est assis sur les tribus par la corruption. Sur ce point, Khadafi était très malhonnête. Il a éliminé ou réduit au silence tous ses collègues lors de la révolution de 1er septembre 1969, comme Blaise Comporé au Burkina et comme Idriss Deby au Tchad. Après les avoir éliminés ou réduits au silence, il a dirigé seul la Libye avec ses enfants, comme Idriss Deby au Tchad où tous ses enfants sont placés à des postes stratégiques et juteux du pays et comme Blaise Compaoré avec son frère François Comporé. Parce que je suis convaincu qu’au départ de la révolution, la Libye ne devrait pas être gouvernée de cette manière, tout comme les programmes politiques du MPS, avant la prise de pouvoir ont également été vidés de leur substance aujourd’hui. Depuis ces dernières années en effet, Deby semble donner plus d’importance à la chefferie traditionnelle qu’à l’administration classique. Même s’il entretient encore le flou pour le moment, tout le monde sait que le pouvoir de Deby dans les années à venir aura comme socle les tribus et le rythme de morcellement du pays en cantonnât et l’accélération des décrets de nomination des chefs de canton et sultans sont des signes qui ne trompent pas ;

- Des prises de position publiques en faveur du panafricanisme : Il arrive souvent de noté le courage d’Idriss Deby à dire certaines choses sans porter de gants comme son ancien maitre, assorti d’une attitude de mépris pour les autres, comme son maitre une fois de plus. Si Khadafi a souvent l’habitude d’envoyer de l’argent frais, en revanche, Deby envoie des troupes. Cependant, si l’ex-Guide libyen donne sans contrepartie, en revanche Deby s’attend toujours du retour immédiat d’investissement. C’était le cas au Mali où l’ancien Premier n’hésitait pas à évaluer le cout à 70 milliards FCFA, tout en demandant à l’ONU le remboursement de ces dépenses comme si l’ONU avait adressé une demande officielle au Tchad pour son intervention au Mali.

Deux points importants à relever aussi à ce niveau, i) c’est qu’à l’inverse de Khadafi, Deby connait les limites à ne pas dépasser lorsqu’il s’en prend aux Occidentaux, particulièrement la France, parce qu’il tient son pouvoir de ce pays à qui il doit tout et ii) en décidant d’intervenir, que ce soit en RCA, au Mali aux cotés de la France ou au Nigéria en appui au Cameroun, il cherche à protéger et à consolider son propre pouvoir

Sur les points de divergence

Les politiques sociales : En Libye avant la chute de Khadafi, même si tout n’était pas parfait, chaque libyen moyen se nourrissait bien, avait accès aux soins essentiels, s’habillait bien, avait un toit bien construit avec des installations sanitaires, avait accès à de l’eau potable et avait l’éclairage en permanence. Sur ce point, Khadafi avait relativement réussi.

Il est vrai que la Lybie n’est pas le Tchad, mais plus de 10 ans après l’exploitation du pétrole, surtout que sur cette période, le cours du pétrole a bondi de façon exponentielle, ayant généré des sommes colossales au pays. Mais que constate-on sur le front social ? Prenez juste la capitale N’Djaména qui est, dit-on, « la vitrine de l’Afrique » : l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à l’internet sont devenus des luxes, rares sont les familles qui mangent deux repas par jour, les gens meurent par centaine et par jour par manque de soins de base. A l’intérieur du pays, c’est la misère noire qui contraste fondamentalement avec un pays pétrolier, les prix des denrées de première nécessité ne font qu’augmenter de façon continue. La pénurie de carburant de ces derniers mois assortie d’une flambée des prix et qui continue d’ailleurs n’est que la manifestation de cet échec cuisant de la politique sociale de Deby.

La conclusion que l’on peut tirer est que ces deux hommes ont quelque chose de commun : ils ont échoué. Khadafi n’avait plus de ressources et le modèle de son pouvoir basé sur les tribus est un modèle archaïque et sans avenir. La preuve, aucune institution n’a résisté juste après sa mort. Il avait pourtant suffisamment duré au pouvoir pour assoir des institutions fiables, modernes et solides, même si elles avaient tirés leurs sources dans la culture libyenne.

Idriss Deby, qui a emboîte les pas de Khadafi, a d’abord échoué lamentablement sur le plan social et va l’être également sur le plan politique car il y a des signes qui ne trompent pas. Le glissement vers le pouvoir axé sur la chefferie traditionnelle est simplement une fuite en avant,A comme l’avait fait le premier président Tombalbaye avec la révolution culturelle. C’est surement une question de temps mais c’est inéluctable.

Senior Mbary