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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

L’avenir du Tchad en danger, un sursaut national s’impose

Par Senior Mbary

Depuis ces derniers temps, il y a une succession d’événements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Tchad dont l’observation et l’analyse font ressortir des éléments qui donnent la chair de poule quant à l’avenir de notre cher pays. Et les Tchadiens, des vrais, qui aiment leur pays, devraient avoir une certaine hauteur de vue et se dresser comme un seul homme, pour ne pas laisser sombrer dans le chaos ce pays qui est un patrimoine commun et non un bien privé d’un clan ou d’un parti quelconque, fut-il au pouvoir aujourd’hui.

A moins de créer des tomes, même un livre ne suffirait pas pour lister tous ces événements qui affectent ou sont susceptibles d’impacter sur l’avenir de notre pays. Nous allons simplement nous limiter à quelques-uns dont d’ailleurs beaucoup de nos compatriotes qui se battent déjà sur le terrain les ont rappelés et même analysés. Le plus important, ce sont les enseignements que l’on peut en tirer par la suite afin de mieux se préparer au combat qui nous attend tous pour notre survie collective.

- Au niveau de la gouvernance

Dans tous les pays du monde, les fêtes nationales et les fêtes de fin d’année donnent lieu à des discous-bilans souvent suivis de grandes décisions qui, parfois, engagent l’avenir du pays dans le bon ou mauvais sens. C’était le cas chez nous lors de la fête du 1er décembre ou « Fête de la Liberté » qui commémorait, en réalité, la 24ème année de la victoire sur une dictature noire et abjecte, celle de Habré.

Ce qui est honteux de relever entre parenthèse, c’est que les militants du MPS d’aujourd’hui font comme si c’était leur mouvement seul qui avait pris le pouvoir, oubliant de restituer la vérité qu’on ne peut nier : c’était une coalition de trois mouvements armés dont le MPS faisait partie (MPS, FAT et MOSANAT). Le général Nadjita Béassoumal et les partisans de feu Maldom Bada Abbas sont encore là comme témoins vivants. Les autres communautés ont autant perdu des combattants, parents et amis que ceux du MPS d’Idriss Deby. Dans tous les cas, les historiens feront leur boulot et mieux le moment venu.

Je reviens à la Fête du 1er décembre de 2014 pour retenir deux éléments essentiels du discours du président Deby Itno : la supplication des agents de l’Etat d’arrêter de détourner des fonds publics et le cote pastoral.

En ce qui concerne la supplication du Sultan d’Amdjarass, c’est la première fois dans ma vie, d’entendre un président de la République d’un pays dit démocratique, qui est régis par une Constitution, des lois et textes réglementaires, tenir de tel propos en publique à l’occasion d’une fête nationale. Même si le vocabulaire « vol » n’existe quasiment pas dans la culture Zaghawa qui est la tienne, les propos du président Deby Itno ont dépassé les limites de l’acceptable parce que la gestion des ressources de l’Etat est régie par des règles et procédures qui s’appliquent dans un Etat de droit. Demander publiquement aux fonctionnaires d’arrêter de détourner est, à la fois, un aveu d’impuissance et un encouragement à voler davantage puisqu’il n’y a pas de sanction, du moins pour les membres du Clan. Mieux, lui et son grand-frère Daoussa Deby organisent eux-mêmes et à ciel ouvert, des vols et des pillages des fonds publiques. L’affaire de la société de SOGEC dont la coalition « Trop c’est trop » en a donné suffisamment de détails, la faillite de la SONASUT de Banda comme résultat de l’inondation du sucre fraudé par Daoussa Deby, la pénurie et la flambée du prix de carburant sciemment entretenues par les proches du Clan ces derniers mois en sont quelques-uns des parfaites qui montrent le vrai visage de ce régime prédateurs.

On comprend donc aisément pourquoi depuis le règne de ce régime, aucun voleur de la république, particulièrement du Clan, n’a été inquiété. Bien au contraire, ce sont ces voleurs qui connaissent le plus de promotion et d’ascension au plan de carrière professionnelle. Le problème est que eux amassent et détournent à volonté et dans l’impunité la plus totale mais empêchent aux autres de le faire, surement par gourmandise comme ça les connait. Ce n’est pas Dr Kabadi qui me démentira.

S’agissant du Code pastoral, les juristes nous ont clairement expliqué les procédures suivie par un projet de loi jusqu’à sa promulgation par le président de la République. En la matière, la loi sur le code pastoral était à la dernière étape lorsque Deby Itno a décidé de son retrait lors de son discours du 1er décembre 2014, en niant, publiquement qu’il n’avait pas vu le texte avant. C’est à juste titre lorsque la CPDC, dans un de ses communiqués, déclarait que l’avion-Tchad était sans pilote, par conséquent, les passages, Tchadiens que nous sommes, sommes en danger de mort. Il est vrai que la politique est l’art de mentir, mais le faire comme il l’a fait était plus que ridicule et c’est l’image même de la république qui en prend un sérieux coup.

A la Conférence sur la paix et la sécurité organisée récemment à Dakar, Mr Deby Itno a été ovationné pour avoir déclaré que l’OTAN a atteint son objectif en assassinant Khadafi mais que cette organisation n’a pas assuré le service après-vente. Ce qu’il a oublié de dire, c’est que ce qui est arrivé à Khadafi et à la Lybie est le résultat de la longévité au pouvoir et de la corruption. Non seulement Khadaffi était rongé par plus de 30 ans au pouvoir mais en plus son pouvoir était assis sur des tribus qu’il corrompait. De cette façon, il avait les mains libres pour faire ce qu’il voulait de l’argent du pétrole lybien. Si Khadafi n’avait pas duré au pouvoir et si la gouvernance était sous-tendue par un système démocratique, le pays aurait survécu à l’absence du « Guide ». En clair, la révolution lybienne a échoué non pas par la faute de l’OTAN mais liée fondamentalement à des causes internes. La marmite qui a explosé bouillonnait depuis longtemps déjà. Par conséquent, ce n’est pas l’OTAN qui a créé le désordre mais c’est bien Khadafi et ce désordre allait arriver tôt ou tard tout de même, avec ou sans l’intervention de l’OTAN. Le régime ne s’était pas appuyé sur des institutions fortes parce que ces institutions n’existaient pas.

Et comme Mr Deby Itno est un grand admirateur du « Guide », il copie tout de lui. Regardez bien ce qui se passe chez-nous où l’on n’a pas besoin d’une loupe. Le morcellement du pays, le rythme de décrets créant des cantons et nommant leurs dirigeants, ce que le journal en ligne « Tchadactuel » appelle à juste titre les « cantonnites », la promotion des enfants des sultans et chefs traditionnels à des postes de responsabilité et l’attention particulière accordée aux chefs traditionnels, entre autres. En clair, le pouvoir de Deby, est en train de glisser lentement mais surement vers un système de pouvoir tribal comme en Lybie sous Khadafi. Les grands travaux en cours à la présidence sur fond de renforcement de la sécurité du pouvoir et les commandes continuent des armes sont autant des indicateurs qui montrent que le Clan n’est pas prêt à céder le pouvoir sauf s’il est poussé dehors.

La société civile burkinabè, particulièrement le Balai citoyen, a été le fer de lance du succès de la seconde révolution burkinabè d’octobre 2014 mais celle-ci n’allait pas réussir si elle n’était pas sous-tendue par des partis politiques organisés et soudés parce qu’ils avaient un objectif commun : empêcher la modification de la constitution par le « former » président Blaise Compaoré.

C’est dans ce sens que j’apprécie positivement les actions de la CPDC. Sortir le Tchad des ténèbres du régime de Deby devrait être l’objectif commun et surtout en mémoire de leur collègue Pr Ibni Oumar Mahamat Saleh qui a payé de sa vie pour cela. Cet objectif devrait les amener à faire un dépassement de soi. Cela devrait se traduire par l’élaboration d’une stratégie commune de conquête du pouvoir en ayant à l’esprit que la lutte peut être longue parce que le Clan des Itno ne cèdera pas lui-même le pouvoir. Toute autre stratégie tendant à faire cavalier, seul comme semblent le faire certains chefs de partis politiques, est suicidaire et ne fera que le jeu du pouvoir Deby. Que ceux de ces chefs de partis qui ont des oreilles entendent.

Quels enseignements peut-on tirer de ce point sur la gouvernance ?

Le premier enseignement est que le régime de Deby Itno confirme qu’il est bel et bien un régime corrompu où les détournements sont érigés en un système de gouvernance, le tout sous-tendu par l’impunité la plus totale. Imaginez un peu les sommes d’argents qui sont soustraits des circuits de développement. Il est évident que le Tchad ferait un bond qualitatif certain, en termes d’amélioration des conditions de vie de la population, si ces ressources détournées étaient injectées dans les actions de développement et bien gérées dans l’intérêt général. Malheureusement, ceux qui gèrent le pays et qui sont censés être des garants de l’intérêt national sont ceux-là même qui pilotent et organisent des pillages à grande échelle ;

Le second enseignement est que le président tchadien est très léger sur des questions qui engagent la vie du pays, ce qui expose davantage à des risques de trouble et donne une image malsaine de notre pays vis-à-vis du peuple tchadien et de l’extérieur, surtout que le président Deby est un récidiviste en la matière.

La troisième leçon est que le régime de Deby est entrain de conduire le pays vers la catastrophe en le glissant vers une gouvernance basée sur des tribus comme en Lybie sous Khadafi. Que constate-t-on après lui ? Tout se passe comme si Debyt Itno semblait dire « après-moi, c’est le déluge ».

La quatrième leçon est la complaisance des chancelleries occidentales vis-à-vis de ce régime, en se focalisant sur l’appui qu’apporte Deby à la lutte contre les Djihadistes, oubliant que la gouvernance de Deby est aussi dangereuse que l’intégrisme pour l’avenir du pays.

La cinquième leçon est qu’aucun parti politique de l’opposition ne peut gagner seul l’élection face au pouvoir MPS. En revanche, en restant uni, l’opposition peut lui faire mordre la poussière, même avec la fraude parce que c’est un régime qui est, à la fois, vomi et honni par la majorité de la population et DeBy lui-même le reconnait lorsqu’il est en en privé.

- Au plan économique et social

Il y a à peine 72 heures, je suivais aux informations à la Télé Tchad, une intervention du président de l’Association des éleveurs se plaignant des pertes de plus 8 000 têtes de bétails (correspondant à environ 4 milliards FCFA) par des éleveurs tchadiens qui exportaient leur produits au Nigéria, pertes dues à la secte Boko Haram selon lui. Bien qu’il y ait des doutes sur la sincérité de ses propos parce que Boko Haram n’a pas encore touché aux intérêts du Tchad, la question fondamentale qu’on est en droit de se poser est la suivante : sachant que la secte contrôle depuis longtemps quasiment tout le Nord du Nigéria où la frontière avec le Tchad est fermée et les échanges ne se font plus avec ce pays, avec qui se faisait ce commerce de bétail ? De la même façon, Deby lui-même avait reconnu qu’une partie de notre pétrole a été vendue au Nord du Nigéria, et sachant que c’est cette même secte qui fait la loi dans cette région, à qui ce pétrole a été vendu ? Je demande aux journalistes d’investigation et à ceux qui ont plus d’informations de répondre à ces questions pour éclairer davantage l’opinion publique sur les ressorts de ce trafic.

Mais ce qui est révoltant dans les propos de ce Monsieur, c’est qu’il ose demander la réparation à l’Etat tchadien pour le préjudice subi. Supposons que ce soit vrai, alors comment un commerçant privé qui sait pertinemment les risques encourus en exportant du bétail sur pieds au Nigéria, s’est engagé et après avoir perdu, revient demander des dommages à l’Etat ? Les pertes subies ne sont pas liées à une catastrophe naturelle à ce que je sache. Cependant, on ne sera pas surpris qu’un jour, l’Etat tchadien s’engage à leur verser de l’argent, non pas par patriotisme mais de la mafia parce que dans ce pays, tous les moyens sont bons pour siphonner le trésor public, en ce sens que derrière ces commerçant-éleveurs, il y a des généraux, des colonels, des membres du clan au pouvoir.

La pénurie de carburant à l’origine de la création du Collectif « Trop c’est trop » est, en réalité, une honte nationale. Sous d’autres cieux, le premier ministre aurait remis sa démission et le président de la République aurait présenté ses excuses à la population. On ne peut pas comprendre que des individus soient plus forts que l’Etat. Du jamais vu.

Le ministre du pétrole, la main sur le cœur, avait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de pénurie à la Raffinerie de Djarmaya, le président de la République qui a fait une descente lui-même à la raffinerie a confirmé les choses avec chiffre à l’appui. Et pourtant, la réalité est là têtue : le carburant était introuvable, les queues s’allongeaient à perte de vue devant les stations et la flambée des prix constatées. Quelques semaines au paravent, le Premier ministre donnait des instructions fermes pour que du carburant ne sorte pas du Tchad. Posons-nous une question simple. Qui dans ce pays est capable de défier l’autorité de l’Etat ?

Après tout cela, on fait comme de rien n’était. Après le constat du président, on s’est attaqué aux effets du mal en limogeant des pauvres gens de la société des hydrocarbures sans en toucher à la racine, c’est-à-dire des commanditaires de la pénurie. Imaginez que c’est une tentative de déstabilisation du pouvoir qui est annoncé quelque part, je vous jure que dans les heures qui vont suivre, on allait savait qui en sont les auteurs et ceux-ci seront écrasés ou arrêtés.

Sur ce point relatif aux aspects économiques et sociaux, trois conclusions essentielles sont à retenir :

- A la lumière des faits troublants rapportés par le passé sur les relations entre Deby Itno et l’ancien gouverneur de l’Etat de Boko Haram, parrain de Boko Haram à sa création, il est fort possible qu’il y ait effectivement connexion entre la secte et le régime de Deby Itno. Malgré les démentis de Deby, cette connexion sera mise à nue tôt ou tard ;

- Tout ce qui s’est passé autour de la pénurie du carburant et à la flambée de prix est révélateur de la gourmandise sans limite du pouvoir et du mépris pour la population que ce régime a la charge et la responsabilité d’améliorer les conditions de vie. L’actuel gouvernement est vraiment né avant la honte comme on le dit ;

- On ne peut pas compter sur ce régime pour espérer sortir le Tchad du sous-développement malgré les ressources colossales générées par le pétrole.

La conclusion générale est que l’avenir du Tchad est compromis avec ce régime. Sachant cela, devrons nous rester passifs et sombrer avec le pays comme si nous étions comptables de ce chaos qui s’annonce inéluctablement si ce régime perdure encore au pouvoir ? Naturellement, pour un vrai Tchadien, la réponse est non, non et non. Alors agissons de façon soudée pour changer les choses. Notre survie et celle de nos descendants en dépendent.

Senior Mbary

L’avenir du Tchad en danger, un sursaut national s’impose

Par Senior Mbary

Depuis ces derniers temps, il y a une succession d’événements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Tchad dont l’observation et l’analyse font ressortir des éléments qui donnent la chair de poule quant à l’avenir de notre cher pays. Et les Tchadiens, des vrais, qui aiment leur pays, devraient avoir une certaine hauteur de vue et se dresser comme un seul homme, pour ne pas laisser sombrer dans le chaos ce pays qui est un patrimoine commun et non un bien privé d’un clan ou d’un parti quelconque, fut-il au pouvoir aujourd’hui.

A moins de créer des tomes, même un livre ne suffirait pas pour lister tous ces événements qui affectent ou sont susceptibles d’impacter sur l’avenir de notre pays. Nous allons simplement nous limiter à quelques-uns dont d’ailleurs beaucoup de nos compatriotes qui se battent déjà sur le terrain les ont rappelés et même analysés. Le plus important, ce sont les enseignements que l’on peut en tirer par la suite afin de mieux se préparer au combat qui nous attend tous pour notre survie collective.

- Au niveau de la gouvernance

Dans tous les pays du monde, les fêtes nationales et les fêtes de fin d’année donnent lieu à des discous-bilans souvent suivis de grandes décisions qui, parfois, engagent l’avenir du pays dans le bon ou mauvais sens. C’était le cas chez nous lors de la fête du 1er décembre ou « Fête de la Liberté » qui commémorait, en réalité, la 24ème année de la victoire sur une dictature noire et abjecte, celle de Habré.

Ce qui est honteux de relever entre parenthèse, c’est que les militants du MPS d’aujourd’hui font comme si c’était leur mouvement seul qui avait pris le pouvoir, oubliant de restituer la vérité qu’on ne peut nier : c’était une coalition de trois mouvements armés dont le MPS faisait partie (MPS, FAT et MOSANAT). Le général Nadjita Béassoumal et les partisans de feu Maldom Bada Abbas sont encore là comme témoins vivants. Les autres communautés ont autant perdu des combattants, parents et amis que ceux du MPS d’Idriss Deby. Dans tous les cas, les historiens feront leur boulot et mieux le moment venu.

Je reviens à la Fête du 1er décembre de 2014 pour retenir deux éléments essentiels du discours du président Deby Itno : la supplication des agents de l’Etat d’arrêter de détourner des fonds publics et le cote pastoral.

En ce qui concerne la supplication du Sultan d’Amdjarass, c’est la première fois dans ma vie, d’entendre un président de la République d’un pays dit démocratique, qui est régis par une Constitution, des lois et textes réglementaires, tenir de tel propos en publique à l’occasion d’une fête nationale. Même si le vocabulaire « vol » n’existe quasiment pas dans la culture Zaghawa qui est la tienne, les propos du président Deby Itno ont dépassé les limites de l’acceptable parce que la gestion des ressources de l’Etat est régie par des règles et procédures qui s’appliquent dans un Etat de droit. Demander publiquement aux fonctionnaires d’arrêter de détourner est, à la fois, un aveu d’impuissance et un encouragement à voler davantage puisqu’il n’y a pas de sanction, du moins pour les membres du Clan. Mieux, lui et son grand-frère Daoussa Deby organisent eux-mêmes et à ciel ouvert, des vols et des pillages des fonds publiques. L’affaire de la société de SOGEC dont la coalition « Trop c’est trop » en a donné suffisamment de détails, la faillite de la SONASUT de Banda comme résultat de l’inondation du sucre fraudé par Daoussa Deby, la pénurie et la flambée du prix de carburant sciemment entretenues par les proches du Clan ces derniers mois en sont quelques-uns des parfaites qui montrent le vrai visage de ce régime prédateurs.

On comprend donc aisément pourquoi depuis le règne de ce régime, aucun voleur de la république, particulièrement du Clan, n’a été inquiété. Bien au contraire, ce sont ces voleurs qui connaissent le plus de promotion et d’ascension au plan de carrière professionnelle. Le problème est que eux amassent et détournent à volonté et dans l’impunité la plus totale mais empêchent aux autres de le faire, surement par gourmandise comme ça les connait. Ce n’est pas Dr Kabadi qui me démentira.

S’agissant du Code pastoral, les juristes nous ont clairement expliqué les procédures suivie par un projet de loi jusqu’à sa promulgation par le président de la République. En la matière, la loi sur le code pastoral était à la dernière étape lorsque Deby Itno a décidé de son retrait lors de son discours du 1er décembre 2014, en niant, publiquement qu’il n’avait pas vu le texte avant. C’est à juste titre lorsque la CPDC, dans un de ses communiqués, déclarait que l’avion-Tchad était sans pilote, par conséquent, les passages, Tchadiens que nous sommes, sommes en danger de mort. Il est vrai que la politique est l’art de mentir, mais le faire comme il l’a fait était plus que ridicule et c’est l’image même de la république qui en prend un sérieux coup.

A la Conférence sur la paix et la sécurité organisée récemment à Dakar, Mr Deby Itno a été ovationné pour avoir déclaré que l’OTAN a atteint son objectif en assassinant Khadafi mais que cette organisation n’a pas assuré le service après-vente. Ce qu’il a oublié de dire, c’est que ce qui est arrivé à Khadafi et à la Lybie est le résultat de la longévité au pouvoir et de la corruption. Non seulement Khadaffi était rongé par plus de 30 ans au pouvoir mais en plus son pouvoir était assis sur des tribus qu’il corrompait. De cette façon, il avait les mains libres pour faire ce qu’il voulait de l’argent du pétrole lybien. Si Khadafi n’avait pas duré au pouvoir et si la gouvernance était sous-tendue par un système démocratique, le pays aurait survécu à l’absence du « Guide ». En clair, la révolution lybienne a échoué non pas par la faute de l’OTAN mais liée fondamentalement à des causes internes. La marmite qui a explosé bouillonnait depuis longtemps déjà. Par conséquent, ce n’est pas l’OTAN qui a créé le désordre mais c’est bien Khadafi et ce désordre allait arriver tôt ou tard tout de même, avec ou sans l’intervention de l’OTAN. Le régime ne s’était pas appuyé sur des institutions fortes parce que ces institutions n’existaient pas.

Et comme Mr Deby Itno est un grand admirateur du « Guide », il copie tout de lui. Regardez bien ce qui se passe chez-nous où l’on n’a pas besoin d’une loupe. Le morcellement du pays, le rythme de décrets créant des cantons et nommant leurs dirigeants, ce que le journal en ligne « Tchadactuel » appelle à juste titre les « cantonnites », la promotion des enfants des sultans et chefs traditionnels à des postes de responsabilité et l’attention particulière accordée aux chefs traditionnels, entre autres. En clair, le pouvoir de Deby, est en train de glisser lentement mais surement vers un système de pouvoir tribal comme en Lybie sous Khadafi. Les grands travaux en cours à la présidence sur fond de renforcement de la sécurité du pouvoir et les commandes continuent des armes sont autant des indicateurs qui montrent que le Clan n’est pas prêt à céder le pouvoir sauf s’il est poussé dehors.

La société civile burkinabè, particulièrement le Balai citoyen, a été le fer de lance du succès de la seconde révolution burkinabè d’octobre 2014 mais celle-ci n’allait pas réussir si elle n’était pas sous-tendue par des partis politiques organisés et soudés parce qu’ils avaient un objectif commun : empêcher la modification de la constitution par le « former » président Blaise Compaoré.

C’est dans ce sens que j’apprécie positivement les actions de la CPDC. Sortir le Tchad des ténèbres du régime de Deby devrait être l’objectif commun et surtout en mémoire de leur collègue Pr Ibni Oumar Mahamat Saleh qui a payé de sa vie pour cela. Cet objectif devrait les amener à faire un dépassement de soi. Cela devrait se traduire par l’élaboration d’une stratégie commune de conquête du pouvoir en ayant à l’esprit que la lutte peut être longue parce que le Clan des Itno ne cèdera pas lui-même le pouvoir. Toute autre stratégie tendant à faire cavalier, seul comme semblent le faire certains chefs de partis politiques, est suicidaire et ne fera que le jeu du pouvoir Deby. Que ceux de ces chefs de partis qui ont des oreilles entendent.

Quels enseignements peut-on tirer de ce point sur la gouvernance ?

Le premier enseignement est que le régime de Deby Itno confirme qu’il est bel et bien un régime corrompu où les détournements sont érigés en un système de gouvernance, le tout sous-tendu par l’impunité la plus totale. Imaginez un peu les sommes d’argents qui sont soustraits des circuits de développement. Il est évident que le Tchad ferait un bond qualitatif certain, en termes d’amélioration des conditions de vie de la population, si ces ressources détournées étaient injectées dans les actions de développement et bien gérées dans l’intérêt général. Malheureusement, ceux qui gèrent le pays et qui sont censés être des garants de l’intérêt national sont ceux-là même qui pilotent et organisent des pillages à grande échelle ;

Le second enseignement est que le président tchadien est très léger sur des questions qui engagent la vie du pays, ce qui expose davantage à des risques de trouble et donne une image malsaine de notre pays vis-à-vis du peuple tchadien et de l’extérieur, surtout que le président Deby est un récidiviste en la matière.

La troisième leçon est que le régime de Deby est entrain de conduire le pays vers la catastrophe en le glissant vers une gouvernance basée sur des tribus comme en Lybie sous Khadafi. Que constate-t-on après lui ? Tout se passe comme si Debyt Itno semblait dire « après-moi, c’est le déluge ».

La quatrième leçon est la complaisance des chancelleries occidentales vis-à-vis de ce régime, en se focalisant sur l’appui qu’apporte Deby à la lutte contre les Djihadistes, oubliant que la gouvernance de Deby est aussi dangereuse que l’intégrisme pour l’avenir du pays.

La cinquième leçon est qu’aucun parti politique de l’opposition ne peut gagner seul l’élection face au pouvoir MPS. En revanche, en restant uni, l’opposition peut lui faire mordre la poussière, même avec la fraude parce que c’est un régime qui est, à la fois, vomi et honni par la majorité de la population et DeBy lui-même le reconnait lorsqu’il est en en privé.

- Au plan économique et social

Il y a à peine 72 heures, je suivais aux informations à la Télé Tchad, une intervention du président de l’Association des éleveurs se plaignant des pertes de plus 8 000 têtes de bétails (correspondant à environ 4 milliards FCFA) par des éleveurs tchadiens qui exportaient leur produits au Nigéria, pertes dues à la secte Boko Haram selon lui. Bien qu’il y ait des doutes sur la sincérité de ses propos parce que Boko Haram n’a pas encore touché aux intérêts du Tchad, la question fondamentale qu’on est en droit de se poser est la suivante : sachant que la secte contrôle depuis longtemps quasiment tout le Nord du Nigéria où la frontière avec le Tchad est fermée et les échanges ne se font plus avec ce pays, avec qui se faisait ce commerce de bétail ? De la même façon, Deby lui-même avait reconnu qu’une partie de notre pétrole a été vendue au Nord du Nigéria, et sachant que c’est cette même secte qui fait la loi dans cette région, à qui ce pétrole a été vendu ? Je demande aux journalistes d’investigation et à ceux qui ont plus d’informations de répondre à ces questions pour éclairer davantage l’opinion publique sur les ressorts de ce trafic.

Mais ce qui est révoltant dans les propos de ce Monsieur, c’est qu’il ose demander la réparation à l’Etat tchadien pour le préjudice subi. Supposons que ce soit vrai, alors comment un commerçant privé qui sait pertinemment les risques encourus en exportant du bétail sur pieds au Nigéria, s’est engagé et après avoir perdu, revient demander des dommages à l’Etat ? Les pertes subies ne sont pas liées à une catastrophe naturelle à ce que je sache. Cependant, on ne sera pas surpris qu’un jour, l’Etat tchadien s’engage à leur verser de l’argent, non pas par patriotisme mais de la mafia parce que dans ce pays, tous les moyens sont bons pour siphonner le trésor public, en ce sens que derrière ces commerçant-éleveurs, il y a des généraux, des colonels, des membres du clan au pouvoir.

La pénurie de carburant à l’origine de la création du Collectif « Trop c’est trop » est, en réalité, une honte nationale. Sous d’autres cieux, le premier ministre aurait remis sa démission et le président de la République aurait présenté ses excuses à la population. On ne peut pas comprendre que des individus soient plus forts que l’Etat. Du jamais vu.

Le ministre du pétrole, la main sur le cœur, avait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de pénurie à la Raffinerie de Djarmaya, le président de la République qui a fait une descente lui-même à la raffinerie a confirmé les choses avec chiffre à l’appui. Et pourtant, la réalité est là têtue : le carburant était introuvable, les queues s’allongeaient à perte de vue devant les stations et la flambée des prix constatées. Quelques semaines au paravent, le Premier ministre donnait des instructions fermes pour que du carburant ne sorte pas du Tchad. Posons-nous une question simple. Qui dans ce pays est capable de défier l’autorité de l’Etat ?

Après tout cela, on fait comme de rien n’était. Après le constat du président, on s’est attaqué aux effets du mal en limogeant des pauvres gens de la société des hydrocarbures sans en toucher à la racine, c’est-à-dire des commanditaires de la pénurie. Imaginez que c’est une tentative de déstabilisation du pouvoir qui est annoncé quelque part, je vous jure que dans les heures qui vont suivre, on allait savait qui en sont les auteurs et ceux-ci seront écrasés ou arrêtés.

Sur ce point relatif aux aspects économiques et sociaux, trois conclusions essentielles sont à retenir :

- A la lumière des faits troublants rapportés par le passé sur les relations entre Deby Itno et l’ancien gouverneur de l’Etat de Boko Haram, parrain de Boko Haram à sa création, il est fort possible qu’il y ait effectivement connexion entre la secte et le régime de Deby Itno. Malgré les démentis de Deby, cette connexion sera mise à nue tôt ou tard ;

- Tout ce qui s’est passé autour de la pénurie du carburant et à la flambée de prix est révélateur de la gourmandise sans limite du pouvoir et du mépris pour la population que ce régime a la charge et la responsabilité d’améliorer les conditions de vie. L’actuel gouvernement est vraiment né avant la honte comme on le dit ;

- On ne peut pas compter sur ce régime pour espérer sortir le Tchad du sous-développement malgré les ressources colossales générées par le pétrole.

La conclusion générale est que l’avenir du Tchad est compromis avec ce régime. Sachant cela, devrons nous rester passifs et sombrer avec le pays comme si nous étions comptables de ce chaos qui s’annonce inéluctablement si ce régime perdure encore au pouvoir ? Naturellement, pour un vrai Tchadien, la réponse est non, non et non. Alors agissons de façon soudée pour changer les choses. Notre survie et celle de nos descendants en dépendent.

Senior Mbary

Par Senior Mbary

Depuis ces derniers temps, il y a une succession d’événements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Tchad dont l’observation et l’analyse font ressortir des éléments qui donnent la chair de poule quant à l’avenir de notre cher pays. Et les Tchadiens, des vrais, qui aiment leur pays, devraient avoir une certaine hauteur de vue et se dresser comme un seul homme, pour ne pas laisser sombrer dans le chaos ce pays qui est un patrimoine commun et non un bien privé d’un clan ou d’un parti quelconque, fut-il au pouvoir aujourd’hui.

A moins de créer des tomes, même un livre ne suffirait pas pour lister tous ces événements qui affectent ou sont susceptibles d’impacter sur l’avenir de notre pays. Nous allons simplement nous limiter à quelques-uns dont d’ailleurs beaucoup de nos compatriotes qui se battent déjà sur le terrain les ont rappelés et même analysés. Le plus important, ce sont les enseignements que l’on peut en tirer par la suite afin de mieux se préparer au combat qui nous attend tous pour notre survie collective.

- Au niveau de la gouvernance

Dans tous les pays du monde, les fêtes nationales et les fêtes de fin d’année donnent lieu à des discous-bilans souvent suivis de grandes décisions qui, parfois, engagent l’avenir du pays dans le bon ou mauvais sens. C’était le cas chez nous lors de la fête du 1er décembre ou « Fête de la Liberté » qui commémorait, en réalité, la 24ème année de la victoire sur une dictature noire et abjecte, celle de Habré.

Ce qui est honteux de relever entre parenthèse, c’est que les militants du MPS d’aujourd’hui font comme si c’était leur mouvement seul qui avait pris le pouvoir, oubliant de restituer la vérité qu’on ne peut nier : c’était une coalition de trois mouvements armés dont le MPS faisait partie (MPS, FAT et MOSANAT). Le général Nadjita Béassoumal et les partisans de feu Maldom Bada Abbas sont encore là comme témoins vivants. Les autres communautés ont autant perdu des combattants, parents et amis que ceux du MPS d’Idriss Deby. Dans tous les cas, les historiens feront leur boulot et mieux le moment venu.

Je reviens à la Fête du 1er décembre de 2014 pour retenir deux éléments essentiels du discours du président Deby Itno : la supplication des agents de l’Etat d’arrêter de détourner des fonds publics et le cote pastoral.

En ce qui concerne la supplication du Sultan d’Amdjarass, c’est la première fois dans ma vie, d’entendre un président de la République d’un pays dit démocratique, qui est régis par une Constitution, des lois et textes réglementaires, tenir de tel propos en publique à l’occasion d’une fête nationale. Même si le vocabulaire « vol » n’existe quasiment pas dans la culture Zaghawa qui est la tienne, les propos du président Deby Itno ont dépassé les limites de l’acceptable parce que la gestion des ressources de l’Etat est régie par des règles et procédures qui s’appliquent dans un Etat de droit. Demander publiquement aux fonctionnaires d’arrêter de détourner est, à la fois, un aveu d’impuissance et un encouragement à voler davantage puisqu’il n’y a pas de sanction, du moins pour les membres du Clan. Mieux, lui et son grand-frère Daoussa Deby organisent eux-mêmes et à ciel ouvert, des vols et des pillages des fonds publiques. L’affaire de la société de SOGEC dont la coalition « Trop c’est trop » en a donné suffisamment de détails, la faillite de la SONASUT de Banda comme résultat de l’inondation du sucre fraudé par Daoussa Deby, la pénurie et la flambée du prix de carburant sciemment entretenues par les proches du Clan ces derniers mois en sont quelques-uns des parfaites qui montrent le vrai visage de ce régime prédateurs.

On comprend donc aisément pourquoi depuis le règne de ce régime, aucun voleur de la république, particulièrement du Clan, n’a été inquiété. Bien au contraire, ce sont ces voleurs qui connaissent le plus de promotion et d’ascension au plan de carrière professionnelle. Le problème est que eux amassent et détournent à volonté et dans l’impunité la plus totale mais empêchent aux autres de le faire, surement par gourmandise comme ça les connait. Ce n’est pas Dr Kabadi qui me démentira.

S’agissant du Code pastoral, les juristes nous ont clairement expliqué les procédures suivie par un projet de loi jusqu’à sa promulgation par le président de la République. En la matière, la loi sur le code pastoral était à la dernière étape lorsque Deby Itno a décidé de son retrait lors de son discours du 1er décembre 2014, en niant, publiquement qu’il n’avait pas vu le texte avant. C’est à juste titre lorsque la CPDC, dans un de ses communiqués, déclarait que l’avion-Tchad était sans pilote, par conséquent, les passages, Tchadiens que nous sommes, sommes en danger de mort. Il est vrai que la politique est l’art de mentir, mais le faire comme il l’a fait était plus que ridicule et c’est l’image même de la république qui en prend un sérieux coup.

A la Conférence sur la paix et la sécurité organisée récemment à Dakar, Mr Deby Itno a été ovationné pour avoir déclaré que l’OTAN a atteint son objectif en assassinant Khadafi mais que cette organisation n’a pas assuré le service après-vente. Ce qu’il a oublié de dire, c’est que ce qui est arrivé à Khadafi et à la Lybie est le résultat de la longévité au pouvoir et de la corruption. Non seulement Khadaffi était rongé par plus de 30 ans au pouvoir mais en plus son pouvoir était assis sur des tribus qu’il corrompait. De cette façon, il avait les mains libres pour faire ce qu’il voulait de l’argent du pétrole lybien. Si Khadafi n’avait pas duré au pouvoir et si la gouvernance était sous-tendue par un système démocratique, le pays aurait survécu à l’absence du « Guide ». En clair, la révolution lybienne a échoué non pas par la faute de l’OTAN mais liée fondamentalement à des causes internes. La marmite qui a explosé bouillonnait depuis longtemps déjà. Par conséquent, ce n’est pas l’OTAN qui a créé le désordre mais c’est bien Khadafi et ce désordre allait arriver tôt ou tard tout de même, avec ou sans l’intervention de l’OTAN. Le régime ne s’était pas appuyé sur des institutions fortes parce que ces institutions n’existaient pas.

Et comme Mr Deby Itno est un grand admirateur du « Guide », il copie tout de lui. Regardez bien ce qui se passe chez-nous où l’on n’a pas besoin d’une loupe. Le morcellement du pays, le rythme de décrets créant des cantons et nommant leurs dirigeants, ce que le journal en ligne « Tchadactuel » appelle à juste titre les « cantonnites », la promotion des enfants des sultans et chefs traditionnels à des postes de responsabilité et l’attention particulière accordée aux chefs traditionnels, entre autres. En clair, le pouvoir de Deby, est en train de glisser lentement mais surement vers un système de pouvoir tribal comme en Lybie sous Khadafi. Les grands travaux en cours à la présidence sur fond de renforcement de la sécurité du pouvoir et les commandes continuent des armes sont autant des indicateurs qui montrent que le Clan n’est pas prêt à céder le pouvoir sauf s’il est poussé dehors.

La société civile burkinabè, particulièrement le Balai citoyen, a été le fer de lance du succès de la seconde révolution burkinabè d’octobre 2014 mais celle-ci n’allait pas réussir si elle n’était pas sous-tendue par des partis politiques organisés et soudés parce qu’ils avaient un objectif commun : empêcher la modification de la constitution par le « former » président Blaise Compaoré.

C’est dans ce sens que j’apprécie positivement les actions de la CPDC. Sortir le Tchad des ténèbres du régime de Deby devrait être l’objectif commun et surtout en mémoire de leur collègue Pr Ibni Oumar Mahamat Saleh qui a payé de sa vie pour cela. Cet objectif devrait les amener à faire un dépassement de soi. Cela devrait se traduire par l’élaboration d’une stratégie commune de conquête du pouvoir en ayant à l’esprit que la lutte peut être longue parce que le Clan des Itno ne cèdera pas lui-même le pouvoir. Toute autre stratégie tendant à faire cavalier, seul comme semblent le faire certains chefs de partis politiques, est suicidaire et ne fera que le jeu du pouvoir Deby. Que ceux de ces chefs de partis qui ont des oreilles entendent.

Quels enseignements peut-on tirer de ce point sur la gouvernance ?

Le premier enseignement est que le régime de Deby Itno confirme qu’il est bel et bien un régime corrompu où les détournements sont érigés en un système de gouvernance, le tout sous-tendu par l’impunité la plus totale. Imaginez un peu les sommes d’argents qui sont soustraits des circuits de développement. Il est évident que le Tchad ferait un bond qualitatif certain, en termes d’amélioration des conditions de vie de la population, si ces ressources détournées étaient injectées dans les actions de développement et bien gérées dans l’intérêt général. Malheureusement, ceux qui gèrent le pays et qui sont censés être des garants de l’intérêt national sont ceux-là même qui pilotent et organisent des pillages à grande échelle ;

Le second enseignement est que le président tchadien est très léger sur des questions qui engagent la vie du pays, ce qui expose davantage à des risques de trouble et donne une image malsaine de notre pays vis-à-vis du peuple tchadien et de l’extérieur, surtout que le président Deby est un récidiviste en la matière.

La troisième leçon est que le régime de Deby est entrain de conduire le pays vers la catastrophe en le glissant vers une gouvernance basée sur des tribus comme en Lybie sous Khadafi. Que constate-t-on après lui ? Tout se passe comme si Debyt Itno semblait dire « après-moi, c’est le déluge ».

La quatrième leçon est la complaisance des chancelleries occidentales vis-à-vis de ce régime, en se focalisant sur l’appui qu’apporte Deby à la lutte contre les Djihadistes, oubliant que la gouvernance de Deby est aussi dangereuse que l’intégrisme pour l’avenir du pays.

La cinquième leçon est qu’aucun parti politique de l’opposition ne peut gagner seul l’élection face au pouvoir MPS. En revanche, en restant uni, l’opposition peut lui faire mordre la poussière, même avec la fraude parce que c’est un régime qui est, à la fois, vomi et honni par la majorité de la population et DeBy lui-même le reconnait lorsqu’il est en en privé.

- Au plan économique et social

Il y a à peine 72 heures, je suivais aux informations à la Télé Tchad, une intervention du président de l’Association des éleveurs se plaignant des pertes de plus 8 000 têtes de bétails (correspondant à environ 4 milliards FCFA) par des éleveurs tchadiens qui exportaient leur produits au Nigéria, pertes dues à la secte Boko Haram selon lui. Bien qu’il y ait des doutes sur la sincérité de ses propos parce que Boko Haram n’a pas encore touché aux intérêts du Tchad, la question fondamentale qu’on est en droit de se poser est la suivante : sachant que la secte contrôle depuis longtemps quasiment tout le Nord du Nigéria où la frontière avec le Tchad est fermée et les échanges ne se font plus avec ce pays, avec qui se faisait ce commerce de bétail ? De la même façon, Deby lui-même avait reconnu qu’une partie de notre pétrole a été vendue au Nord du Nigéria, et sachant que c’est cette même secte qui fait la loi dans cette région, à qui ce pétrole a été vendu ? Je demande aux journalistes d’investigation et à ceux qui ont plus d’informations de répondre à ces questions pour éclairer davantage l’opinion publique sur les ressorts de ce trafic.

Mais ce qui est révoltant dans les propos de ce Monsieur, c’est qu’il ose demander la réparation à l’Etat tchadien pour le préjudice subi. Supposons que ce soit vrai, alors comment un commerçant privé qui sait pertinemment les risques encourus en exportant du bétail sur pieds au Nigéria, s’est engagé et après avoir perdu, revient demander des dommages à l’Etat ? Les pertes subies ne sont pas liées à une catastrophe naturelle à ce que je sache. Cependant, on ne sera pas surpris qu’un jour, l’Etat tchadien s’engage à leur verser de l’argent, non pas par patriotisme mais de la mafia parce que dans ce pays, tous les moyens sont bons pour siphonner le trésor public, en ce sens que derrière ces commerçant-éleveurs, il y a des généraux, des colonels, des membres du clan au pouvoir.

La pénurie de carburant à l’origine de la création du Collectif « Trop c’est trop » est, en réalité, une honte nationale. Sous d’autres cieux, le premier ministre aurait remis sa démission et le président de la République aurait présenté ses excuses à la population. On ne peut pas comprendre que des individus soient plus forts que l’Etat. Du jamais vu.

Le ministre du pétrole, la main sur le cœur, avait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de pénurie à la Raffinerie de Djarmaya, le président de la République qui a fait une descente lui-même à la raffinerie a confirmé les choses avec chiffre à l’appui. Et pourtant, la réalité est là têtue : le carburant était introuvable, les queues s’allongeaient à perte de vue devant les stations et la flambée des prix constatées. Quelques semaines au paravent, le Premier ministre donnait des instructions fermes pour que du carburant ne sorte pas du Tchad. Posons-nous une question simple. Qui dans ce pays est capable de défier l’autorité de l’Etat ?

Après tout cela, on fait comme de rien n’était. Après le constat du président, on s’est attaqué aux effets du mal en limogeant des pauvres gens de la société des hydrocarbures sans en toucher à la racine, c’est-à-dire des commanditaires de la pénurie. Imaginez que c’est une tentative de déstabilisation du pouvoir qui est annoncé quelque part, je vous jure que dans les heures qui vont suivre, on allait savait qui en sont les auteurs et ceux-ci seront écrasés ou arrêtés.

Sur ce point relatif aux aspects économiques et sociaux, trois conclusions essentielles sont à retenir :

- A la lumière des faits troublants rapportés par le passé sur les relations entre Deby Itno et l’ancien gouverneur de l’Etat de Boko Haram, parrain de Boko Haram à sa création, il est fort possible qu’il y ait effectivement connexion entre la secte et le régime de Deby Itno. Malgré les démentis de Deby, cette connexion sera mise à nue tôt ou tard ;

- Tout ce qui s’est passé autour de la pénurie du carburant et à la flambée de prix est révélateur de la gourmandise sans limite du pouvoir et du mépris pour la population que ce régime a la charge et la responsabilité d’améliorer les conditions de vie. L’actuel gouvernement est vraiment né avant la honte comme on le dit ;

- On ne peut pas compter sur ce régime pour espérer sortir le Tchad du sous-développement malgré les ressources colossales générées par le pétrole.

La conclusion générale est que l’avenir du Tchad est compromis avec ce régime. Sachant cela, devrons nous rester passifs et sombrer avec le pays comme si nous étions comptables de ce chaos qui s’annonce inéluctablement si ce régime perdure encore au pouvoir ? Naturellement, pour un vrai Tchadien, la réponse est non, non et non. Alors agissons de façon soudée pour changer les choses. Notre survie et celle de nos descendants en dépendent.

Senior Mbary