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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré : ils ont été à la tête de leur pays, comme chef de l’État, respectivement de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso, deux pays voisins, anciennes colonies de la France. Tous les deux ont pris le pouvoir dans des circonstances troubles et l'ont perdu dans circonstances malheureuses. C'est tout ce qu'ils ont en commun. Le reste de leur destin s'oppose curieusement point par point.

Commençons par leur accession au pouvoir :

Laurent Gbagbo a pris le pouvoir à Abidjan suite à des manifestations populaires gigantesques en 2000. C'est le peuple qui a donc porté Gbagbo au pouvoir quand Robert Gueï voulait effectuer un passage en force lors des élections présidentielles de l'an 2000.

Blaise Compaoré, lui, est venu au pouvoir par coup d’État militaire sanglant. Il a marché sur le cadavre de son "frère et ami" Thomas Sankara et de plusieurs autres disciples du Che Africain.

L'exercice du pouvoir

On sait que dans les principales ex colonies de la France (Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Tchad, Gabon, Togo etc), pour exercer la fonction présidentielle sans limite, à vie, il faut avoir la bénédiction et l'onction de l’Élysée. En Côte d'Ivoire, Gbagbo n'avait pas cette chance. Il a toujours été surveillé comme le lait sur le feu par la France depuis les années 70, quand il s'opposait au parti unique de Houphouet Boigny. Aux yeux de Paris, il était hors de question que cet homme visiblement incontrôlable prenne le pouvoir en Côte d'Ivoire. S'il est au pouvoir, il ne faut surtout pas le laisser gouverner. Dès son accession au pouvoir, en moins de deux ans, Laurent Gbagbo a fait face à une rébellion armée soutenue par la France à partir du Burkina Faso dirigé par ... Blaise Compaoré. Par la suite, les rapports ont été toujours difficiles et tendus entre Paris et Abidjan durant le règne de Laurent Gbagbo.

Quant à Blaise Compaoré, son accession au pouvoir a été saluée par la France. Enfin, on s'est enfin débarrassé du bouillant capitaine Thomas Sankara. Blaise Compaoré a ramené sur l'orbite de la France, le Burkina Faso, qui a décidé de prendre son indépendance vis-à-vis de Paris, sous le règne de Thomas Sankara. Signe de soumission à la France : Thomas Sankara avait décidé de ne plus prendre part aux sommets France-Afrique, au relent très néo-colonial. Dès qu'il a pris le pouvoir, Blaise Compaoré a renoué avec cette tradition : il n'a pas raté un seul sommet France-Afrique jusqu'à sa chute. Très apprécié par Paris, il a toujours remporté haut la main les élections avec des scores à la soviétique dès le premier tour. Signe des temps : en pleine crise post-électoral en 2010 en Côte d'Ivoire suites à des élections organisées dans des circonstances troubles, Compaoré a été élu au premier tour avec plus de 80% des suffrages exprimés, sans que personne n'ait rien à dire. Dans le même temps, le voisin Laurent Gbagbo est considéré par la "communauté internationale", la France de Sarkozy en tête, comme un dictateur qui s'accroche au pouvoir.

La perte du pouvoir


Laurent Gbagbo a été renversé par la France. Le 11 avril 2011, les forces Françaises ont investi la résidence de Laurent Gbagbo à Abidjan pour l'arrêter et le remettre à ses ennemis. Il est le dictateur qui s'accroche au pouvoir. Et la "communauté internationale" de lancer un avertissement à tous les dictateurs Africains: celui qui veut s'accrocher au pouvoir connaîtra le même sort que Laurent Gbagbo, a prévenu Hillary Clinton. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux. Il faut entendre cet avertissement ainsi : "celui qui veut s'opposer aux grandes puissances, connaîtra le même sort que Gbagbo". Car, ils sont encore nombreux en Afrique, les dictateurs qui s'accrochent au pouvoir. Paul Biya, Idriss Déby, la dynastie Bongo, la dynastie Eyadema, la liste est longue. Pour l'instant, il craignent l'effet domino burkinabè. Côté "communauté internationale", ils sont plutôt rassurés.

Blaise Compaoré a tenté de s'accrocher au pouvoir après 27 ans de règne, sans que la "communauté internationale" ne lève le petit doigt pour dénoncer ses manœuvres impopulaires. A ce sujet, Hollande s'est rendu aussi minable que ridicule, en publiant après la chute du dictateur, une lettre qu'il aurait adressé à Compaoré pour le dissuader de modifier la Constitution. Assuré d'avoir le soutien au moins tacite de Paris, Blaise a décidé de modifier la Constitution pour s'accrocher au pouvoir. Mais le peuple, à la surprise générale, s'est mis debout pour barrer la route au dictateur. Il s'est enfui comme un malfrat. C'est un malfrat en effet ! A la différence de Laurent Gbagbo, arrêté par la France pour le remettre à la disposition de ses ennemis Ivoiriens, Blaise Compaoré a été soustrait par la France pour l'envoyer chez ses amis Ivoiriens.

L'exil après le pouvoir

Laurent Gbagbo a été déporté à la Haye par la France, accusé de tous les crimes imaginables : crimes contre l'humanité, viols, tortures en tant que ... témoin indirect. Il attend d'être jugé. Quant à Blaise Compaoré, qui a commis plus que Gbagbo, des crimes abominables en 27 ans de pouvoir, il bénéficie d'un exil doré au Maroc, avec la bénédiction de Paris et de la "communauté internationale". L'assassinat de Thomas Sankara, de Jean-Baptiste Lingani, d'Henri Zongo, les affaires David Ouedraogo et Norbert Zongo, ...ne sont que la partie visible de l'iceberg des crimes et abominations de Blaise Compaoré. Si Laurent Gbagbo attend d'être jugé, Blaise Compaoré, attend qu'on évoque peut-être un jour, la possibilité de déposer une plainte contre lui. Le chemin de la Haye n'est pas du tout tracé pour l'ancien dictateur du Burkina Faso. Connaissant la lenteur de la justice humaine, Blaise va continuer à se la couler douce, plusieurs années encore, chez le roi du Maroc.

Comme quoi, dans le traitement de ces deux anciens présidents de deux pays voisins qui sont la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, il y a vraiment une politique de deux poids, deux mesures.

BELEMGOTO Macaoura

macaoura@hotmail.fr

Laurent Gbagbo/Blaise Compaoré: deux destins opposés!