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Publié par Mak

Corruption : de l'art de jeter de la poudre aux yeux

Pour donner le change, certains pays inviteraient des spécialistes de la lutte anticorruption tout en gardant leurs mauvaises habitudes.

L'organisation non gouvernementale Transparency International est connue pour l'indice de perception de la corruption par lequel elle classe quelque 177 pays, du plus vertueux au plus véreux. Et il empêche certains de dormir. Si le Danemark et la Nouvelle-Zélande arrivent en tête des pays les plus honnêtes, avec 91 points, l'Afghanistan, la Corée du Nord et la Somalie ferment la marche avec 8 points. Il n'y a guère que 53 pays (soit un tiers) qui obtiennent la moyenne. Et parmi eux, seulement cinq pays africains, le Botswana, le Cap-Vert, les Seychelles, le Rwanda et l'île Maurice.

Dans une conférence de presse organisée à Genève sur le thème "Une lutte mondiale contre la corruption ?", en présence de Michael Lauber, le procureur général de la Confédération helvétique, Nicolas Giannakopoulos, président de l'Observatoire du crime organisé (OCO), a jeté un pavé dans la mare. Il a révélé que certains pays faisaient appel à des spécialistes de la lutte contre la corruption "non pour améliorer la situation dans leur pays, mais pour gagner des places dans le classement de Transparency International".

"De la poudre aux yeux"

En clair, certains Etats voudraient s'acheter des brevets de vertu au travers de conférences internationales organisées sur le thème de la lutte contre corruption. Pire, ce sujet particulièrement sensible serait même enseigné dans leurs universités. "Pour cela, ces pays-voyous invitent des spécialistes, des chercheurs tout à fait sincères. Malheureusement cette démarche n'est suivie d'aucun effet concret. C'est de la poudre aux yeux. Il s'agit seulement d'apparaître plus honnête vis-à-vis de la communauté internationale", précise Nicolas Giannakopoulos. Directeur d'Ethics SA, il a lui-même été sollicité par certains pays africains particulièrement mal classés.

Difficile de jauger la sincérité de certains

Delphine Centlivres, directrice de Transparency International Suisse, qui participait à la conférence de presse aux côtés de Michael Lauber et du président de l'Observatoire du crime organisé, n'a pas souhaité rebondir sur cette information. Il est vrai qu'il n'existe pas encore d'indice de perception de la sincérité. "Je constate simplement que certains pays nous sollicitent avec empressement afin de savoir ce qu'ils doivent entreprendre pour lutter efficacement contre la corruption. Je pense que la plupart d'entre eux sont sincères", commente-t-elle.

"Mes propos ne mettent absolument pas en cause Transparency International, bien au contraire. Même les pays les moins honnêtes font aujourd'hui attention à leur image", confie Nicolas Giannakopoulos. Pour mémoire, le classement 2013 de l'ONG (dans lequel la France n'apparaît qu'en 22e position) attribue la 77e place au Sénégal et à la Tunisie, la 91e au Maroc, la 94e à l'Algérie, la 106e au Gabon et au Niger, la 127e à Madagascar et au Mali, la 136e à la Côte d'Ivoire et la 163e au Tchad. On peut simplement se demander s'il est raisonnable de classer la Libye, le Sud Soudan ou la Somalie où la notion d'Etat prend une allure toute relative. Pour qu'il y ait corruption, ne faut-il pas des normes ? Existent-elles encore dans des pays en guerre civile ?