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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Dans l'opuscule : « L'Oubangui, le Lac Tchad et Nous » (1) publié en décembre 2009, j'écrivais : «...Ce qui précède ne nous montre nullement que le territoire de la République centrafricaine ait eu, à un moment donné, une quelconque contribution directe ou indirecte à la survenue du phénomène ayant conduit à l'assèchement du lac Tchad. Il va sans dire, que ce fléau mérite d'être contrecarré, pour redonner l'espoir à nos amis du sud Tchad. Mais je pense que, s'il est impérieux de réagir face à cette catastrophe, il demeure cependant nécessaire et urgent de se poser les bonnes questions, afin de trouver les bonnes solutions. Ce qui pourrait avoir pour mérite d'éviter de corriger un drame en causant un autre encore plus grave. »

Puis je continuais : «...En réalité, tous ces experts savent pertinemment que c'est la mauvaise utilisation des ressources en eau du lac Tchad et de son environnement qui justifie son assèchement actuel. Des informations dont je dispose n'attestent pas que le problème du lac Tchad est mystérieux. La diminution de la surface et du potentiel hydrique est le résultat d'un phénomène qui a été progressif, et dont les causes sont parfaitement établies. »

Plus loin encore : « La solution au problème de l'assèchement du Lac Tchad peut-être régionale. Le schéma qui consiste à regarder exclusivement vers le bassin de l'Oubangui n’est, à mon avis que du pis aller. Elle ne peut pas être, sur le long terme, la meilleure approche. Le Niger, le Nigeria et le Cameroun, tous riverains directs eux-mêmes du Lac Tchad, possèdent plusieurs cours d'eau, dont le transfert partiel vers le Lac Tchad est économiquement et techniquement plus facile. La solution au problème d'assèchement du Lac Tchad, je souhaiterais que chacun le comprenne,devrait s'inscrire dans le schéma suivant: Gestion+ Diversification + Solidarité »

En conclusion, je lançais cette interpellation : « C'est pourquoi, en ma double qualité de citoyen Centrafricain et riverain de l'Oubangui, je me permets d'interpeller solennellement le président François Bozizé-Yangouvonda, ses homologues du Congo démocratique et de la République du Congo, du Soudan et de l'Ouganda, ainsi que les parlementaires, les intellectuels et la société civile de ces pays. Je propose qu'une consultation référendaire soit organisée, si à l'issue de l’Étude de faisabilité; la CBLT et la CICOS opteraient pour le projet du transfert des eaux de l'Oubangui vers le Lac Tchad. Accepter de nous laisser dicter continuellement des décisions concoctées ailleurs et au service d'autres intérêts est non seulement une abjuration citoyenne mais c'est aussi et surtout un déni de souveraineté. Un acte que les générations de demain ne nous pardonneront pas ».

Cinq années plus tard, seul le Congo Démocratique a réellement porté le sujet sur les trois pays ayant en partage direct l'Oubangui. Des débats furent organisés à tous les niveaux jusqu'au parlement national. Chez nous, l'information ne circule pas et peu de Centrafricains sont au courant de ce projet. Pendant que la RCA se meurt, il suit son cours. Une étude de faisabilité financée par les pays de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) à hauteur de 5,5 millions de dollars et majoritairement par le Tchad, a débuté fin 2009 pour près de trois ans. Comme il fallait s'y attendre, le rapport, a validé l'option du transfert des eaux de l'Oubangui par un canal d'environ 1400 km. Ça, c'était le plan du départ. Grande fut ma surprise en parcourant ce rapport de découvrir qu'une nouvelle option, totalement absente y est ajoutée. Laissons parler le rapport : « Au cours des investigations réalisées par le consultant, il s’est trouvé qu’en plus de l’option initiale envisagée de transférer une partie d’eau du fleuve Oubangui à partir de Palambo, un transfert interbassin est aussi possible depuis la rivière Kotto (un affluent de l’Oubangui) en amont de la ville de Bria en RCA. Cette nouvelle option est située sur la fin du tracé du projet Transaqua proposé par BONIFICA, une firme italienne...Il est techniquement faisable de transférer l’eau du bassin du fleuve Congo via l’Oubangui vers le bassin du Lac Tchad, en procédant à un transfert interbassin combiné : un transfert par pompage via le barrage de Palambo sur l’Oubangui et un transfert par gravité via le Barrage de Bria par une dérivation de la rivière Kotto. Ceci donnerait un rehaussement du niveau du Lac de l’ordre 1 m dans la cuvette sud et 1m dans la cuvette nord (augmentation de la superficie du Lac de l’ordre de 5 500 km2) »(2).

Ainsi donc, ce ne sera pas seulement l'Oubangui dont une partie des eaux sera transférée vers le Tchad mais aussi la rivière Kotto. La Kotto est une rivière intégralement centrafricaine d'environ 660 km qui prend sa source dans le massif des Bongos, au nord-est du pays à une trentaine de kilomètres au sud-est du Parc National André Felix. Elle coule d'abord globalement vers le sud-ouest. À mi-parcours elle s'incline vers le sud et garde cette orientation tout au long de son cours inférieur, où elle forme frontière entre les préfectures de la Basse-Kotto et du Mbomou. Elle se jette dans l'Oubangui en rive droite à Limassa, à 100 km de Mobaye. (3) Faut-il rappeler que les chutes de Kembe(localement appelées GBOUGBOU) constituent l'un des trois principaux potentiels sites hydroélectriques de la RCA et qu'une modification de son écologie par une dérivation de ses eaux à partir de Bria pour alimenter le lac Tchad réduirait la force celles-ci et atténuerait son attrait touristique avec une incidence sur l'Oubangui dont l’écologie a connu une modification à cause du barrage de Mobaye et subira encore une nouvelle modification par le barrage de Palambo/Bouca et l'apport réduit de son affluent la Kotto dont une partie des eaux partira vers le Tchad ?

Dans ce chaos mortifère, le Tchad fait avancer ses pions et le holdup up est quasi-parfait. Il est urgent que l'actuel gouvernement informe les Centrafricains sur l'évolution de ce projet et qu'un référendum, au-delà du rapport de la CBLT soit organisé au niveau des pays ayant en partage l'Oubangui sur ce projet de transfert et qu'un second référendum soit organisé dans la Vakaga, la Haute Kotto, la Basse Kotto et le Mbomou sur le projet du transfert d'une partie des eaux de la Kotto vers le Lac Tchad.

À ce titre, il faut urgemment inscrire à l'ordre du prochain dialogue, la modification de la charte constitutionnelle de la Transition en ce qui concerne les articles 95 à 98 pour qu'aucun accord et traité international engageant le pays sur une longue période ne soit signé durant la transition. À cela, ajouté aussi la caducité de tous les accords, permis miniers, forestiers et fonciers accordés et signés depuis le 23 mars 2013.

Centrafricaine, Centrafricain ; malgré la crise, des tractations majeures se déroulent. Elles nous engagent pour une longue période et peuvent hypothéquer dangereusement l'avenir. VEILLONS !