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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

MOUVEMENT DU 3 FEVRIER

 

Communiqué n°015

 

 

 

Hollande au Tchad : manger avec le diable ou le chasser du banquet ?

 

 

Durant la décennie écoulée, il est indubitable que l'Etat français a joué un rôle néfaste au Tchad. A deux reprises, en 2006 et en 2008, il est intervenu militairement pour repousser les rebelles qui menaçaient le pouvoir de son indéfectible allié, Idriss Deby. Mais il y a plus grave. Car si le choix de l'option armée était sans doute une erreur autant morale que politique et pouvait être condamné par le « pays des Droits de l'Homme », la complicité des autorités françaises dans la répression de toute velléité démocratique au Tchad ne peut se justifier en aucune manière. L'exemple le plus frappant se trouve être le cas d'Ibni Oumar Mahamat Saleh. Le leader de l'opposition démocratique tchadienne, homme de paix et éminent mathématicien, a été enlevé à son domicile de Ndjamena le 3 février 2008 par des éléments de la garde présidentielle d'Idriss Deby. Une commission d'enquête mise sur pied après les faits a révélé la connivence de certains officiels français dans cet acte innommable, dirigé à l'encontre d'un opposant qui n'avait jamais prôné le recours aux armes. A ce propos, tout à chacun peut se référer à l'excellent article de Charlotte Bozonnet paru il y a quelques semaines dans le Monde (« Le disparu de Ndjamena »).

 

Plus encore, alors que beaucoup croyaient que le changement de Président en France allait apporter un souffle nouveau dans ses relations avec l'Afrique, l'idylle entre le criminel sanguinaire Deby et l'Elysée n'a au contraire fait qu'aller grandissante. Sous le prétexte louable de lutter contre le terrorisme menaçant au Sahel, les deux pouvoirs ont renforcé leurs liens et mis de côté tous les dossiers fâcheux (Ibni, Arche de Zoé, droits de l'Homme de manière plus générale). En remerciements de services rendus au Mali, Idriss Deby a été autorisé par Hollande à intervenir en République Centrafricaine, et quand, à la suite du pseudo-Coup d'Etat du 1er mai 2013, des députés de l'Assemblée Nationale tchadienne ont été arbitrairement arrêtés, la France ne s'est même pas fendue d'un communiqué pour appeler à leur libération. Enfin, le Mouvement du 3 février dénonce l'indécence du Ministre de la défense français, Jean-Yves Le Drian, qui a publiquement qualifié Deby « d'ami », oubliant sans doute quelle est la nature profonde d'un des pires tyrans que l'Afrique ait portée en son sein.

 

A l'aune de la visite de François Hollande au Tchad le 19 juillet, pour donner le coup d'envoi l'opération Barkhane, le Mouvement du 3 février lance un appel à un changement de cap de la part des autorités françaises. Le M3F comprend bien sûr leur crainte, à savoir que le départ de Deby engendrerait un chaos durable au pays de Toumaï qui deviendrait un repère pour djihadistes, mais se doit également de leur dire qu'elle est largement infondée. En effet, une opposition pacifique et constructive existe au Tchad, et cette opposition, qui dispose de nombreux soutiens à l'intérieur du pays, c'est le M3F. Celui-ci assure à François Hollande que le peuple tchadien, excédé de la gouvernance catastrophique du régime actuel, se soulèvera bientôt contre celui qui l'opprime depuis bientôt un quart de siècle. Il se rangera derrière le M3F, et par l'entremise de manifestations pacifiques – notre parti écarte d'entrée l'option militaire-, il permettra de réaliser une alternance qui ne laissera aucune place à quelque forme de vacance du pouvoir. Ainsi, et seulement ainsi, notre beau pays pourra se mettre sur les rails de la stabilité et du développement, bien loin des prédictions apocalyptiques que certains Cassandres font actuellement de l'ère post-Deby.

 

Le M3F appelle en conséquence l'Etat français et plus particulièrement le Président François Hollande à favoriser l'émergence d'une transition démocratique au Tchad. Il leur demande de cesser de soutenir la dictature d'Idriss Deby, qui n'a réussi en vingt-quatre ans qu'à exceller dans le nombre de victimes d'atteintes aux droits de l'Homme et à truster les plus mauvaises places des classements internationaux (IDH : 184ème sur 187 ; Doing business : 189ème sur 189 ; Indice de la corruption : 169ème sur 174, Liberté de la presse : 139ème sur 180). Il leur enjoint de laisser derrière eux cette politique qui ne les honore ni n'honore la longue histoire de cette nation qui s'est tour à tour portée au secours des indépendantistes américains, des républicains italiens ainsi que des patriotes polonais et de donner sa chance à un pouvoir nouveau, sous la gouvernance duquel la paix serait assurée, les libertés fondamentales respectées, la croissance économique assurée. Le M3F, composé de cadres compétents et constructifs, rassemblant des composantes de toute la société tchadienne et rejetant par principe la violence tout comme le tribalisme, est prêt à prendre la relève. Reste à savoir si François Hollande ne se contentera pas, au nom d'intérêts dictés par la realpolitik, d'une rencontre formelle avec Idriss Deby et aura l'audace de non seulement lui demander des comptes mais aussi d'appeler à son départ, réclamé à corps et à cris par le peuple tchadien exsangue depuis tant d'années. Dans le cas contraire, il continuerait à porter le flambeau d'une politique française à l'égard du Tchad désastreuse, aussi coûteuse en vies humaines qu'en idéaux. Et cela, le M3F ne veut pas le croire.

 

Fait à Ndjamena le 14 juillet 2014,

 

Collectif

Hollande au Tchad :  Le M3F réagit à la visite du Président français