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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

REPORTAGE - Voyant les enfants déscolarisées et désœuvrés, une enseignante a décidé de leur faire cours. L’école compte aujourd’hui 3.200 élèves...

De notre envoyée spéciale à Sarh (Tchad)

Ce qu’Aïcha préfère à l’école? «La lecture.» La petite fille de 5 ans s’exprime d’une voix fluette, même quand sa maîtresse lui demande de réciter les jours de la semaine. Aïcha est en classe de CIB, qui regroupe des enfants de 5 à 8 ans. Mais sa classe est un peu originale: les élèves sont assis sur des nattes colorées, en plein air, sous les manguiers du camp de «retournés» de Doyaba, dans le sud du Tchad. Autour des nattes réservées à la classe d’Aïcha, d’autres grappes d’élèves sont disséminées, chacune regroupée autour d’un enseignant, parfois d’un tableau noir. Dans un joyeux brouhaha, les élèves récitent l’hymne national tchadien, lisent des phrases, récitent leurs leçons…

>> A (re) lire par ici: Le Tchad face à l’afflux des «retournés»

Cette école d’un genre particulier, c’est à Djamila Mahmat que les enfants la doivent. La directrice explique qu’elle enseignait déjà à Bangui, avant de devoir fuir les violences. Arrivée à Doyaba, elle a constaté que les enfants, déscolarisés, étaient désœuvrés, et se mettaient parfois en danger, en montant dans les arbres, en se baignant dans le fleuve, ou en jouant trop près de la route qui mène à Sarh. «On ne peut pas laisser les enfants sans être scolarisés, à ne rien faire dans la journée. J’ai donc demandé aux parents de me laisser leurs enfants pour leur faire cours», explique-t-elle.

Effacer les stigmates des violences

«Seule l’éducation permet d’effacer l’esprit de vengeance et les stigmates des violences qu’ils ont connues en RCA, enchaîne Babakité Mahamat, le directeur adjoint. C’est prioritaire, notamment pour les enfants qui n’ont plus leurs parents: s’ils n’ont plus d’éducateur, ils n’ont plus personne pour les aider à grandir.» L’école, créée le 8 mars dernier, compte 3.200 élèves. Elle est reconnue administrativement par les autorités tchadiennes, mais aucun fonds, matériel ou local ne lui sont alloué. «C’est l’Unicef qui nous a fourni le matériel pédagogique, les tableaux, les documents pour travailler et les nattes», détaille le directeur adjoint.

Et les enseignants ne sont pas payés. «Je suis bénévole depuis 6 mois», explique Habiba Adja, la maîtresse d’Aïcha. Ce qui la motive? «Le souci des enfants. Je suis une femme, je suis mère. Je ne veux pas que les enfants restent à ne rien faire toute la journée.» Alors chaque jour, celle qui a été six ans institutrice à Bangui apprend à ses élèves les mathématiques, la lecture, le chant, et les initie aussi au français, langue officielle du Tchad. L’école accueille les élèves jusqu’au CM2, et les prépare au concours d’entrée en 6e. La directrice est d’ailleurs très fière de souligner que sur les 39 élèves que l’école a présentés, 30 ont été admis.

Pas d’école passé le CM2

«Mais je ne sais pas ce qu’ils vont faire l’an prochain. Il n’y a pas de lycée ici. Peut-être vont-ils aller à Sarh pour continuer leur scolarité, mais ce n’est vraiment pas sûr, car il y a une longue route à faire, environ 5km.» Les adolescents en âge d’aller au lycée restent en effet au camp toute la journée, déscolarisés et désœuvrés. Pour tenter de leur donner malgré tout une formation, l’Unicef a mis en place un programme de mobilisation communautaire.

Nafissatou, 19 ans, fait partie de ces «relais communautaires», reconnaissables à leur gilet jaune, depuis quatre mois. La jeune femme était en classe de première D (scientifique) en Centrafrique, mais n’est plus retournée sur les bancs de l’école depuis qu’elle a passé la frontière avec sa famille. En tant que relais communautaire, chaque jour, elle sillonne le camp pour repérer les personnes malades et les enfants malnutris et les orienter vers le centre de santé du camp. «J’ai été formée à détecter la malnutrition, qu’elle soit sévère ou aiguë, et à établir le rapport poids/taille d’un enfant…», explique Nafissatou. «En participant à ce programme, j’ai beaucoup appris, et j’agis pour les gens du camp», souligne celle qui souhaite devenir sage-femme.