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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

DW : Cela fait deux ans que vous êtes à la tête du Sénégal, c’est-à-dire environ à mi-parcours de votre mandat de cinq ans. Quelbilan faites-vous de ces premières années ?

Macky Sall: Deux ans, c’est à la fois court et long. J’ai commencé par faire face aux urgencessociales. La première mesure, deux semaines après mon élection, a été de baisser le prix des denrées de première nécessité. (…) Je me suis attaqué ensuite à l’économie, d’où la nécessité de mettre en place un plan économique. Un plan que j’ai appelé « plan Sénégal émergent » et qui vient d’être adopté à Paris avec un fort soutien de la communauté internationale et dont l’ambition de croissance est de l’ordre de 7 % pour les cinq à dix ans à venir. (…) Parallèlement, nous avons reconfirmé l’État de droit, lutté contre l’impunité et nous avons promu le principe de redevabilité.

DW :Dans votre lutte contre l’impunité, il y a aussi un autre chantier : le procès contre Hissène Habré, l’ancien dictateur tchadien. Le Sénégal a créé une cour spéciale, les chambres africaines extraordinaires. L’année dernière, Hissène Habré a été arrêté. Ou en est le procès contre lui ?

Je ne peux pas dire le « dictateur » Hissène Habré parce que c’est une qualification que je ne peux pas me permettre. Monsieur Habré a été arrêté sur la demande des chambres africaines parce que l’Union africaine a donné mandat au Sénégal de juger Habré. (…) La procédure est en cours. Je souhaite toujours que le jugement se fasse dans le respect de la dignité humaine, dans le respect du droit de la défense jusqu’à ce qu’une culpabilité soit établie.

DW : À quand le jugement contre Monsieur Habré ?

À vrai dire, je ne maîtrise pas l’agenda des chambres africaines. Mais il me semble qu’une fois que l’instruction aura été terminée, le jugement sera fixé. Mais le gouvernement n’est pas impliqué dans cette affaire. C’est l’affaire de la justice.

DW : De Hissène Habré à Idriss Déby, l’actuel Président du Tchad… Est-ce qu’il n’a pas la même stratégie que Monsieur Habré à l’époque, à savoir s’assurer de l’appui de l’extérieur en envoyant des soldats au Mali pour détourner les regards de sa politique intérieure ?

C’est un jugement de valeur que je ne peux pas me permettre de faire vis-à-vis d’un chef d’État africain, un homologue. Je ne suis pas au courant d’exactions actuellement au Tchad. Si j’en avais connu, peut-être que j’aurai eu des moyens appropriés pour m’en ouvrir à lui. Ce n’est pas le cas. Et lorsque l’Afrique de l’Ouest a fait appel à lui, il a sauvé l’honneur de toutes les armées africaines. Et aux côtés de la France et de tous les autres pays, il a eu le contingent le plus important et il a payé le plus lourd tribut. Donc nous lui devons pour cette action au moins des remerciements et nous devons le féliciter pour cela. Maintenant, ce qui se passe chez lui… je crois, que nous sommes un village planétaire, donc rien ne peut plus se cacher. Mais on ne peut pas, de mon point de vue, assimiler son intervention au Mali et en Centrafrique avec une tentative de noyer le poisson pour se faire voir par la communauté internationale, je ne le pense pas.

DW : Parmi vos priorités, il y avait donc la lutte contre l’impunité, le plan social pour le Sénégal, mais il y avait aussi la paix en Casamance. Ou en êtes-vous dans ce dossier ?

La paix en Casamance a été un de mes premiers chantiers puisqu’on ne peut pas avoir un développement équilibré si on a encore un conflit dans la partie sud du Sénégal, en Casamance. Je me suis engagé à créer les conditions d’un dialogue entre le gouvernement et les représentants du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) qui sont dans le maquis ou dans le front politique. Et nous avons aujourd’hui un environnement de dialogue favorable. Toutes les parties acceptent de parler de paix et il n’y a plus de conflit depuis deux ans, il n’y a pas de combats, il n’y a pas de braquage. (…)
Parallèlement, nous avons lancé le projet « Pôle de développement de Casamance », avec un volume d’investissement assez important avec les partenaires du Sénégal sur les pistes, sur la relance de l’agriculture, sur le travail des femmes, sur le désenclavement de la Casamance. Donc, en même temps que nous discutons, il y a déjà des réponses pour la relance économique de la Casamance. Avec une bonne volonté d’une part et d’autre, nous pouvons arriver à une paix définitive et durable en Casamance.

DW : Et le rôle de l’Allemagne dans le développement du Sénégal ? Vous avez rencontré la chancelière Angela Merkel… Quels sont les projets que vous envisagez ensemble ?

Nous avons une coopération avec l’Allemagne qui n’est pas très dynamique, il faut le reconnaître. Néanmoins, nous avons une enveloppe de 70 millions d’euros concentrée sur le secteur de l’énergie durable. J’ai convenu avec la chancelière que nous allons donner une dimension nouvelle à notre coopération et nous souhaitons qu’elle soit plus élargie. (…) Nous allons saisir l’Allemagne dans le domaine de la formation professionnelle où l’économie allemande est très forte et je pense que c’est un modèle qu’il faut partager.

DW : Qu’attendez-vous de l’Allemagne et de l’Union européenne pour la stabilité de la sous-région ?

De l’Allemagne, premier pays économiquement parlant de l’Union européenne, nous attendons qu’elle continue ses efforts et son leadership dans le cadre du Fonds européen de développement, dans le cadre également de sa relation bilatérale avec des pays comme le Sénégal. Nous avons parlé aussi de son rôle et de sa place pour la sécurité en Afrique, et il est important de noter que l’Allemagne est déjà présente à travers des interventions dans certains théâtres, non pas avec des soldats mais avec une logistique, un encadrement comme c’est le cas au Mali. Il serait souhaitable qu’à l’avenir cette coopération en militaire, sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme, soit encore plus forte et plus visible.
Je pense que l’Allemagne a un leadership en Europe et dans le monde, et il faut que ce leadership soit davantage exprimé dans le cadre d’un partenariat avec l’Afrique et avec les partenaires européens.

DW : Que voudriez-vous que les Sénégalais ou les livres d’histoire retiennent de votre mandat ?

Je souhaiterais laisser au Sénégal la marque d’un État de droit qu’on ne pourra pas remettre en cause. J’aimerais aussi engager les reformes structurelles de l’économie de façon à ce que l’investissement direct étranger devienne une réalité chez nous, que l’emploi soit bien repris et que le Sénégal soit sur la rampe de l’émergence. Je pense que si on a l’État de droit, l’émergence économique, j’aurai réussi la mission que les Sénégalais m’ont confiée et que je me suis moi-même fixée comme objectif.
Propos recueillis à Berlin par Dirke Köpp

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