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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Gabon: un acteur de la sécurité et de la reconstruction en République centrafricaine?

Alors que les 850 Tchadiens s'apprêtent à quitter la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique (MISCA), comme l'a annoncé le ministre des Affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, lors du Sommet UE-UA de Bruxelles des 2 et 3 avril derniers, le vide militaire et diplomatique induit par cette décision aussi fracassante qu'inattendue pourrait favoriser d'autres pays du voisinage.

On pense au Rwanda qui y a déjà déployé près de 750 militaires ou encore au Burundi qui a déployé 850 soldats également, mais surtout au Gabon, qui y a déployé, et de longue date, au sein de la Force Multinationale des Etats d'Afrique centrale (FOMAC - déployée de 2008 à décembre 2013 dans le cadre de la MICOPAX, Mission de consolidation de la paix en Centrafrique) puis au sein de la MISCA, plus de 500 soldats et près de 200 policiers. C'est, du reste, un policier gabonais, le colonel Patrice Ostangue, qui dirige actuellement la force de police de la MISCA.

Les arguments en faveur d'une plus grande implication de Libreville et d'une action de médiateur et de facilitateur du président Bongo sont nombreux. Ils sont, du reste, régulièrement mis en avant, comme ce fut le cas lors de la dernière visite du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, il y a quelques semaines.


La France se cherche, du reste, un partenaire alternatif au bouillonnant Tchad du président Idriss Deby Itno. L'état actuel des relations diplomatiques avec le Rwanda, sur fond de brouille diplomatique et de mise en accusation récurrentes du président Paul Kagamé à l'égard des forces françaises (engagées au Rwanda en 1994, dans le cadre de l'opération Turquoise), rend cette option plus qu'aléatoire. Le Soudan, qui n'a pas coupé les ponts avec la rébellion de l'est tchadien, regroupant, du reste, des milices Janjawids darfouries, est aussi une impasse, tout comme son voisin instable du Sud Soudan.

Ni le Cameroun, ni la RDC, ni le Congo ne trouvent suffisamment grâce aux yeux de Paris et/ou ne présentent suffisamment de "stabilité démocratique" de la part de la Communauté internationale. Le Président Paul Biya, qui à 82 ans, s'engage dans son 4ème mandat est contesté en interne. Il y a accueilli longtemps, du reste à Yaoundé, la famille et l'ancien président François Bozizé.

Le président congolais Denis Sassou Nguesso a longtemps soufflé le chaud et le froid quant à la situation en RCA. Il n'a, in fine, débloqué son véto au déploiement des casques bleus en Centrafrique que très récemment, et encore, sur pression de ses partenaires africains et de la sous-région.
On sait, par ailleurs, que les relations entre François Hollande et Joseph Kabila ne se sont pas améliorés depuis le dernier Sommet de la Francophonie, en octobre 2012, à Kinshasa.

Resterait donc Libreville ?

On se souvient que le président Ali Bongo Ondimba, au sein de la Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC) dont le siège est, depuis 1983, situé à Libreville, a été un des plus actifs pour trouver une solution pacifiée en RCA, avant et après l'arrivée au pouvoir des rebelles de la SELEKA et le départ forcé de François Bozzizé en mars dernier.

Il y a quelques jours encore, le Gabon a ainsi accordé une enveloppe de 100 millions de dollars, qui a servi à payer les salaires des fonctionnaires, qui n'avaient pas été payés depuis cinq mois.

L'implication diplomatique gabonaise grandissante n'est néanmoins pas une idée neuve.

Elle s'inscrit aussi dans une période de pleine croissance économique qui a fait du Gabon un pays riche en hydrocarbures, uranium, manganèse, bois précieux. Néanmoins la forte dépendance de l'extraction pétrolière, qui représente toujours 80% des exportations du pays, rapporte plus de la moitié du budget annuel. Les dirigeants actuels sont conscients de cette dépendance et tentent d'y répondre en cherchant à diversifier l'économie gabonaise, ce qui est au cœur du projet de planification "Gabon émergent".

Au-delà de ces éléments macro-économiques, le Gabon est, depuis l'accession au pouvoir du fils d'Omar Bongo, Ali en août 2009, à la suite d'un scrutin disputé mais qui l'a néanmoins placé en tête avec 41% des voix devant 17 concurrents, une nouvelle vitrine de croissance.

La Gabon peut ainsi rivaliser avec les "dragons" africains anglo-saxons et lusophones d'Afrique australe et du Golfe de Guinée (Ghana, Nigéria, Guinée équatoriale, Angola). Fait suffisamment rare dans l'espace francophone, pour être mentionné.

Le Gabon peut se targuer, en effet, d'avoir l'indice de développement humain parmi les plus élevés du continent africain (0,683), une croissance constante de 6% ces dernières années et, avec à peu près 15 000 dollars, le PIB par habitant le plus élevé d'Afrique francophone.

C'est dans ce contexte favorable à une implication proactive de Libreville, que le Président gabonais a rendez-vous avec François Hollande, ce mercredi 9 avril. Il lui redira, sans doute, sa disponibilité pour jouer les facilitateurs, comme le Burkina-Faso de Blaise Campaoré, joue ce rôle dans le cadre de la crise malienne.

La nouvelle Présidente centrafricaine, Catherine Samba-Panza a d'ailleurs elle aussi tenue à solliciter le Gabon, en se rendant, le 18 mars dernier à Libreville, afin qu'il tienne une part plus prégnante dans le cadre de la réconciliation nationale, sécurisation et stabilisation du pays.

Gageons qu'Ali Bongo réaffirme au président de la République, François Hollande, la nécessité de la tenue, à Libreville, d'une conférence internationale, mettant autour de la table, comme la dernière qui s'est tenue - sous l'égide de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) à Libreville, en juin 2013 -, les principaux acteurs de la crise: les six pays frontaliers (Congo, Cameroun, Tchad, RDC, Soudan, Soudan du Sud, Ouganda) ainsi que les voisins "impliqués" dans la crise, dont le Gabon, l'Ouganda et le Rwanda, à côté de l'UE, de l'UA, de l'ONU, de l'OCI (Organisation de Coopération Islamique), des Etats-Unis et de la Chine, qui, chacun à des degrés divers, portent en eux une part de responsabilité dans le déclenchement de la crise autant qu'ils offrent des alternatives crédibles à la sortie de crise.

Car, aucune sortie de crise et solution durable ne pourra être trouvée sans une réelle mobilisation des Etats voisins qui pour certains, de par le passé, ont trop souvent considéré la Centrafrique comme le ventre mou de la région au sein duquel ils ont exporté leurs propres problèmes, intérêts et contradictions intérieures.

 

Source: http://www.huffingtonpost.fr/emmanuel-dupuy/gabon-acteur-securite-et-reconstruction-republique-centrafricaine_b_5117132.html

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