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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Éric Topona, vous êtes journaliste d’origine tchadienne. Vous avez dirigé l’Union des Journalistes de votre pays (UJT-1989) jusqu’à la date de votre départ pour signer un contrat avec la Deutche Welle à Bonn en Allemagne. Une radio de diffusion internationale allemande. Regards d’Africains de France, le blog d’informations générales vous rencontre par le biais de ce questionnaire écrit sous forme d’une interview pour aborder avec vous des questions essentielles qui touchent votre métier de journaliste et surtout celles qui concernent la vie politique de votre pays le Tchad

 

1-Qui êtes-vous pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas assez ou pas du tout ?

 

-Éric Topona: Merci pour cette opportunité que vous m’offrez par le biais de votre blog. Je suis Éric Topona, journaliste tchadien, âgé de 30 ans. J'étais aussi le correspondant de la BBC et de la Deustche Welle au Tchad, par ailleurs secrétaire général de l’Union des Journalistes tchadiens, et ce jusqu’en mai 2014.

 

2-Le 6 mai 2013, vous journaliste radio et défenseur des droits humains, vous avez été arrêté et conduit en prison après avoir comparu devant un juge d’instruction de N’Djaména, puis accusé d’avoir «menacé l’ordre constitutionnel ».Avez-vous réellement menacé l’ordre constitutionnel du Tchad ?

 

-Éric Topona : En effet, le 4 mai 2013, j’ai reçu une convocation du juge d’instruction de 3e cabinet du Tribunal de première instance de N’Djamena. Il me demandait de me présenter à son cabinet le mardi 6 mai. Je vous assure que j’ignorais à cette époque les raisons exactes de cette convocation, surtout qu’à cette période, le gouvernement affirmait avoir déjoué une tentative de « Conspiration », dont on ne sait toujours pas grand-chose. C’est accompagné de mon avocat, et de mon père, Célestin Topona, que nous nous sommes rendu au Cabinet du Juge. Après un interrogatoire de moins d’une demi-heure, le juge m’a notifié mon infraction : « Complot, et Atteinte à l’ordre constitutionnel ». Dans la foulée, j’ai été conduit à la Maison d’arrêt d’Assinene, dans la banlieue de N’Djamena, où j’ai passé un peu plus de cent jours de détention. Ce qui a surpris plus d’un, c’est que cette arrestation est intervenue juste trois jours après la célébration avec faste et tambours battant de la journée mondiale de la liberté de la presse. Cette journée est en effet célébrée dans le monde entier chaque année le 3 mai. Ironie du sort, dans mon discours d’ouverture en tant que Sécrétaire général de l’Union des Journalistes Tchadiens(UJT), j’avais affirmé sans rire, que la liberté de la presse commençait à être une réalité au Tchad. La preuve est qu’aucun journaliste n’a été emprisonné depuis 2009. C’est sans oublier que mon sort était déjà scellé au moment où je prononçais ce discours. J’ai donc, sans le vouloir été le premier à rouvrir le bal le 6 mai 2013 des journalistes emprisonnés depuis la trêve de 2009. Et ça avait ému tous mes confrères. Pour qui connaît le Code pénal tchadien, l’infraction du départ « Complot, et Atteinte a l’ordre constitutionnel », était une grosse infraction. C’est un putsch, un coup d’État passible de la peine de prison à perpétuité. Et ce n’est pas n’importe quel tribunal qui doit prononcer le jugement. Il s’agit de la Cour Criminelle, ou Cour d’assise qui ne se réunit qu’une seule fois par an, puisque c’est un tribunal d’exception. Et avec la lenteur qui caractérise l’appareil judiciaire tchadien, j’étais parti pour passer une éternité en prison, avant d’avoir une suite judiciaire à ce que l’État me reprochait. Vous voyez que l’intention de me nuire était là. Je reviens de très loin. Mais après, le procureur a requalifié les faits qui m’étaient reprochés en un simple délit. Il a trouvé que les faits qui m’étaient reprochés ne sont pas sérieux. Désormais, le Ministère public me poursuit pour

 

« Diffamation, et Atteinte a l’ordre constitutionnel n’ayant pas abouti ». Cette infraction malgré sa requalification n’existe pas dans la nomenclature des infractions au Tchad. Je ne sais par quel maraboutage juridique, elle a été retenue. Elle est tout de même punie d’une peine d’emprisonnement, malgré tout. Heureusement que les juges n’ont pas suivi le réquisitoire du Procureur de la République. Au lieu de 5 ans de prison ferme requis, les juges n’ont retenu que 3 ans de prison avec sursis en dépit des démonstrations juridiques de mes avocats. Le procès étant hautement politique. Je n’étais pas surpris. Évidemment que trois ans avec sursis, c’est mieux qu’un emprisonnement ferme. Pour un journaliste, le sursis est tout autant dangereux, car il est comme une épée de Damoclès qui plane au dessus de la tête. On attend le procès en appel, mes avocats ayant interjeté appel.

 

3-D’ après vos collègues journalistes tchadiens travaillant à la présidence que je fais taire leurs prénoms : « Éric Topona ne constitue aucunement pas des menaces à l’encontre de l’État tchadien. Il se croit en danger. Pourtant il ne l’est pas du tout. Éric est un journaliste public employé par le gouvernement de Dèby. Il a un problème particulier avec maître Bernard Padaré. Un règlement de compte en quelque sort ». Que leur répondrez-vous ?

 

-Éric Topona : C’est vrai que je suis un fonctionnaire de l’État, intégré au Ministère de la Communication et travaillant à l’ONRTV, le média de service public du Tchad. Ça n’a pas empêché qu’on me mette en prison pendant trois mois. Bien avant ça, j’ai également travaillé dans la presse écrite, notamment au Journal « La Voix », dont le propriétaire est Jean-Bernard Padare. Nous ne nous sommes pas entendus, avec lui et j’ai du démissionné avec fracas en 2010. Passé cette digression, n’ayez pas la mémoire courte. J’ai été emprisonné suite à une plainte du Ministère public, donc de l’État, même si c’est un secret de polichinelle, c’est l’ex-ministre de la Justice, Jean-Bernard Padare qui était derrière tout cela. Oui, c’est un règlement de compte bien maquillé. Et tout le monde le sait au Tchad et même à l’étranger. Mon engagement citoyen a irrité certaines autorités politiques, à l’image de Monsieur Padare, qui a réussi à convaincre les autres de mon caractère belliqueux en vers le régime Deby. Ce qui est faux. Je n’ai fait que jouer mon rôle de journaliste, informer le public et critiquer par la même certains errements de ceux qui nous gouvernent. Ce qui est intéressant, les gens ont fini par comprendre que c’était des règlements de comptes personnels. Et je m’en réjouis.

4-Ceux de la presse privée disent que ce sont vos communications avec l’activiste politique tchadien Makaïla Nguebla qui vivait à cette époque à Dakar au Sénégal qui vous ont valu la colère du gouvernement de votre pays ?

-Éric Topona : Makaila Nguebla est un citoyen tchadien, comme vous et moi. Il a de la famille au Tchad, même s’il vit en exil depuis plusieurs années, pour des raisons qui lui sont propres. Il n’est pas le seul d’ailleurs. Ce sont ces convictions à lui. Est-ce un délit d’être en contact avec un compatriote, fut-il dissident ? Est-il prohibé d’être en contact avec des frères vivant à l’étranger, fut il en exil ? Je ne le pense pas. Makaila anime un blog, qui est très lu, pour ne pas dire le plus lu des blogs tchadiens de la diaspora. Il y critique certaines pratiques du régime. Je trouve qu’il exerce son droit à la liberté d’expression, qui est garantie qui plus est par la constitution de la République du Tchad. Mais, on m’accuse le bras séculier du blogueur, et donc je suis traité comme tel, sans de preuves suffisantes, d’ailleurs. Les gens ne se sont pas posé une seule question. Si Éric Topona était le correspondant permanent et attitré du blog de Makaila, pourquoi, lorsque j’étais en prison, le blog a continué à fonctionner avec des critiques des plus acerbes contre le pouvoir tchadien et avec des informations venant de l’intérieur du système ? L’aurais-je fait de ma cellule ? Lors de ma première audition devant le juge d’instruction, on m’a sorti des échanges de mails avec Makaila quand il vivait encore à Dakar. Des documents que j’ai évidement contesté l’authenticité au cours de mon procès le 19 aout 2013. N’importe quel quidam peut se lever un matin et créer une adresse email en mon nom et écrire à Makaila et vice-versa. Et puis, même si c’était vrai que j’avais échangé des mails avec le blogueur, pour parait-il appelé a un renversement du régime Deby, comment le Ministère public a-t-il fait pour obtenir ces documents, réputés secrets et confidentiels ? Comment le Ministère public a-t-il accédé à ma boite mail, pour pouvoir en sortir les échanges avec mes correspondants si ce n’est par la piraterie ? Les juges n’ont jamais pu répondre à ces questions des avocats. J’espère qu’ils auront le courage de le faire, lors du procès en appel qui se fait toujours attendre et surtout que l’instigateur de cette affaire n’est plus aux commandes de la chancellerie, ils ne doivent plus craindre pour leur poste. Mes avocats ont soulevé d’énormes problèmes de droit. Les éléments constitutifs d’une infraction (moral, matériel et légal) ne sont pas constitués, puisque l’élément légal c’est internet. Le Tchad n’a pas encore adopté une loi sur la cyber criminalité. Du coup, on ne peut poursuivre un citoyen pour une infraction qu’il aurait commise par le biais d’internet. Conséquence, l’infraction tombe d’elle-même. La Justice devrait normalement prononcer un non-lieu et me relaxer purement et simplement. Ce qui ne fut pas le cas, d’où l’interjection de l’appel de mes avocats. On espère que le tir sera rectifié lors du procès en appel.

5-A cœur ouvert, existe-t-il une vérité que vous ne pourriez jamais le dire aux Tchadiens concernant votre arrestation ?

-Éric Topona : Vous savez tout. Je n’ai aucune une autre vérité à dire. Je continue d’exercer mon métier de journaliste jusqu’au bout. C’est le métier que j’ai choisi, avec les risques que cela comporte. Mais, il faudrait aussi ajouter que les délits de presse sont dépénalisés au Tchad depuis 2010. Pourquoi doit-on continuer à emprisonner les journalistes ?

6-D’après le site des Reporters sans Frontières, vous avez été escorté par des membres de la police jusqu’à un centre de détentions à Amsinene, une banlieue de N’Djaména. Cette détention demeure-t-elle toujours dans votre tête, bien étant à Bonn en Allemagne, loin du Tchad ?

-Éric Topona :Naturellement, il n’est pas facile d’oublier ces moments douloureux, avec des conditions de détentions exécrables dans nos prisons tchadiennes. Heureusement que j’ai bénéficié d’un grand soutien de mes confrères de l’intérieur comme de l’extérieur. Sans les pressions exercées par les organisations de défense des droits de l’Homme et des journalistes, je pense que l’affaire resterait encore pendante devant la justice. J’en profite donc pour remercier tous ceux qui nous ont soutenus, pendant toute cette période sombre de notre vie. Je ne me suis pas senti seul, et c’est ça qui m’a permis de garder le moral haut. Et j’ai fait mien, cette phrase de Amina Sboui, la femme tunisienne, poursuivie pour diffamation de fonctionnaire après avoir dénoncée de mauvais traitements dans la prison de Zerandine. Du fond de sa cellule, elle a dit : « je n’ai pas peur. Je suis derrière les barreaux, mais je me sens plus libre que beaucoup de gens à l’extérieur.».Une belle phrase qui m’a galvanisé a l’époque. Je n’oublie pas les personnes que j’ai rencontrées en prison. Il y en a qui y séjournent injustement, d’autres simplement parce que le juge n’a jamais traité leurs dossiers, d’autres encore pour des infractions mineures, vols de chèvres, de marmites ou de cigarettes. Et pour toutes ces raisons, ils croupissent en prison, pour certains depuis une dizaine d’années. C’est inacceptable. Il faudra que le Ministère de la Justice prenne les choses en main pour mettre fin à ce désordre. S’y ajoutent, des conditions de détention qui frisent l’inhumanité. Entre 50 et 80 personnes, sinon plus sont entassées, comme des sardines dans des pièces de 5m/4. Je l’ai vécu personnellement. C’est horrible comme expérience. J’ai donc une pensée pour toutes ces personnes que j’ai rencontrées et laissées en prison.Ces personnes continuent de vivre le calvaire carcéral. C’est un souvenir qui restera gravé a jamais dans ma mémoire, surtout que j’estime être victime d’une cabale ourdi par mes adversaires pour me « liquider »professionnellement. Mais, je rassure les uns et les autres, je ne suis pas un Monsieur rancunier. Je mets tout ce qui m’est arrivé dans le panier des expériences de la vie et des risques de l’exercice du métier de journaliste. Tout passe et la vie continue, comme dirait l’autre.

7-Pourriez-vous nous dire précisément l’objet de votre départ du Tchad pour l’Allemagne ?

-Éric Topona :Je suis à Bonn, en Allemagne depuis fin décembre pour des raisons purement professionnelles. Un séjour qui était prévu de longue date, avant même mon arrestation en mai 2013.ll ne s’agit donc pas d’un exil ou d’une fugue, comme le distillent savamment certains oiseaux de mauvais augure. Ce séjour en Allemagne me permettra de respirer un bol d’air, après les moments difficiles que j’ai passés en prison. C’est quand même à raison, je pense. Pour ceux qui me connaissent, je ne suis pas un belliqueux. Je suis un démocrate, un légaliste.

8-Que diront les gens qui vous ont soutenu lors de votre arrestation en attendant ou en lisant la nomination de votre père comme conseiller du ministère de la Communication ? Les mêmes personnes attendent que vous ayez quitté le Tchad pour l’Allemagne où vous venez de signer un contrat d’une année avec la Radio Deutche Welle basée à Bonn.

-Éric Topona:-je suis venu en Allemagne pour des convenances professionnelles. Comme l'aurait fait n'importe quel journaliste tchadien qui en aura la possibilité. N'oubliez pas que nombre d'anciens journalistes ont fait la même chose. Ça ne les empêche pas de rentrer au pays, quand ils le souhaitent.En tant que correspondant de la Deutsche Welle, la radio internationale allemande, je devrais bénéficier d'une formation à Bonn en aout dernier. Mes autres confrères d'autres pays, eux ont eu la chance d'arriver en Allemagne, moi non. En aout, j'étais encore en prison. Et à ma sortie, l'offre m'a été renouvelée, et j'ai pu quitter le Tchad pour venir en Allemagne.

9-Celestin Topona, votre père a-t-il bien agi en acceptant cette nomination ?

-Éric Topona : Mon père est un cadre tchadien, journaliste de formation, il ne peut que servir l'État.

10-On a l’impression d’un jeu de cache-cache entre vous, la famille Topona et le gouvernement d’Idriss Dèby ?

-Éric Topona : Il n'ya aucun jeu de cache-cache entre la famille Topona et Deby. Sinon, nous serions tous dans le MPS, pour faire simple. Il faut faire la part des choses. Mon père sert l'État, tout comme je sers l'État en étant journaliste-fonctionnaire à L'ONRTV. L'État, ce n'est pas Deby. En plus, la famille Topona ne fait pas partie de l'opposition armée ou en exil.Mon père est un issu d'un parti d'opposition,l'UNDR reconnu légalement au Tchad. Il défend ses positions légalement au Tchad. Et si malgré sa position politique, l’État pense l'utiliser, et a raison d'ailleurs, ben, je lui tire chapeau.

11-Logiquement, votre arrestation est-elle une mauvaise chose, quand l’État tchadien se dédouane avec la nomination de votre père comme conseiller du ministère de la Communication ?

-Éric Topona : Je vais lever l’équivoque, sur de cette question qui revient à chaque fois. Les gens font de l’amalgame. Mon père, Célestin Topona, pour ceux qui ne le savent pas est un « vieux journaliste », fonctionnaire au Ministère de la Communication. Il est aussi un Homme politique, Vice-président de l’UNDR (NDLR, Union Nationale pour le Développement et le Renouveau, la première force de l’opposition parlementaire que dirige Saleh Kebzabo).Il a occupé des fonctions politiques et techniques dans ce pays. Il était déjà conseiller du ministre de la Communication depuis 2008, au temps de Mahamat Hissein. Et l’actuel ministre de la Communication l’a juste confirmé dans ses fonctions. Ça n’a rien à voir avec les engagements politiques de mon père, ni sur les miens. Je pense qu’en tant que cadre tchadien, il a le droit d’occuper les fonctions techniques qu’on lui propose, en dépit de ses engagements politiques. Être conseiller d’un ministre, ça n’a rien d’un poste politique. C’est purement professionnel, technique. Je n’y trouve aucun problème. Mon père n’a pas renié son appartenance politique à l’UNDR. Et ceux qui l’ont nommé le savent plus que nous tous.

12-La presse tchadienne, privée comme public, est-elle réellement libre ?

-Éric Topona : le principe, la presse tchadienne est libre depuis 1990, date d’accession au pouvoir du Président Deby, avec la libéralisation de l’espace médiatique. Mais il ya eu des périodes de flottement et des relations tendues entre le pouvoir et la Presse, comme ce fut dernièrement le cas. Par moment, on tente de museler les journalistes, surtout ceux de la presse privée, pour les intimider. La condamnation par exemple du Journal N'Djamena Bi-Hebdo l'année dernière, pour juste avoir publié une pétition de l'Union des Syndicats du Tchad. Mais, les gens sont téméraires. Ils continuent leur combat. Ils savent que la liberté est une quête permanente, et qu’il ne faut pas dormir sur ses lauriers.

13-Comment estimez-vous son degré ou son pourcentage de liberté ?

-Éric Topona : Je l'ai dit, la presse est libre sur le principe. Mais le pouvoir n'hésite pas à bomber le torse, quand il sent qu'il est trop critiqué. Quant à la presse publique, elle est inféodée au pouvoir politique et ne prend en compte que les positions du Gouvernement. Elle n’a pas un esprit critique et n'a pas aussi une marge de manœuvre conséquente.

14-Le Tchad votre pays, est-il en bonne santé ?

-Éric Topona : Écoutez, pour être honnête, il ya eu de grands changements ces dernières années au Tchad. Des infrastructures sont sorties de terre un peu partout. Le vrai problème, c'est que les ressources ne sont pas bien redistribuées, et le contraste est saisissant entre Tchadiens. L'écart ne fait que se creuser entre riches et pauvres, ce qui n'est pas acceptable, quand on sait que le Tchad est un pays producteur de pétrole depuis plus de dix ans. C'est une minorité qui s'enrichit au détriment des autres Tchadiens qui tirent le diable par la queue. La question de la gouvernance doit également trouver de solution. J'ai bien peur que la pensée unique revienne au galop. Le MPS veut redevenir un parti d’État. Quand on est de l'opposition, on est traqué. En clair, il faut une tolérance politique.

15-- Tous les Tchadiens cohabitent-ils bien avec Idriss Dèby, le président de votre République ?

-Éric Topona : Comme dans tout pays, il existe des Tchadiens qui soutiennent la politique du président Deby, et il y en a aussi qui désapprouvent sa manière de gérer. Et c'est cela le jeu démocratique. Les deux camps tentent de cohabiter, à travers leur engagement politique respectif. Ceux qui sont de l'opposition sont contre la politique du président, et ceux du MPS et de la majorité, soutiennent bec et ongle leur champion. Entre les deux, il ya la frange des Tchadiens resignés qui n'attend qu'une chose : mieux vivre.

16-Idriss Dèby est arrivé au pouvoir le 1er décembre 1990. Nous sommes en 2014. Comment expliquez-vous qu’un président puisse régner pendant 24 ans au pouvoir ?

-Éric Topona :La question de l’alternance au pouvoir est une question récurrente au Tchad et en Afrique. En bon démocratique, je suis pour l’alternance au pouvoir dans nos pays. Ce qui n’est malheureusement pas le cas dans notre pays et dans bon nombre de pays africains. Je milite donc pour une alternance démocratique au Tchad.