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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Comment parler de vivre ensemble dans une société où deux communautés de religions différentes, chrétienne et musulmane, s’observent avec méfiance et font peu d’effort pour partager leurs valeurs et leurs cultures ? Au-delà des rencontres régulières entre religieux, Justice et Paix Tchad a voulu ouvrir le débat dans la société civile et politique. Le projet a retenu trois grandes questions : La laïcité est-elle une solution dans un contexte multiculturel ? L’islam, le christianisme, la démocratie et les droits humains : des pistes pour bâtir une société plus humaine ? Religions, violences et sociétés : quels regards croisés des « victimes et agresseurs ? ».

 

Ali a traversé le pays depuis sa lointaine ville de province non loin du Darfour, à la frontière avec le Soudan. Il a mis deux jours pour rejoindre Ndjaména la capitale du Tchad, pour écouter, réfléchir et participer à des débats sur la manière de mieux vivre ensemble dans un pays déchiré par les antagonismes religieux, ethniques, culturels… Comme lui, plus de 80 représentants de la société civile de 18 villes de tout le pays sont venus se joindre à leurs amis de la capitale : jeunes, leaders paysans, femmes, militants de droits de l’homme… Le sujet était osé : La religion est-elle un obstacle à la paix ? La laïcité est-elle seule capable de faire vivre ensemble des communautés musulmanes et chrétiennes ? Dans un pays où des parents enseignent à leurs enfants qu’il ne faut pas manger avec ceux « d’en face » ! Où depuis 30 ans, les communautés s’éloignent les unes des autres et dans lequel les peurs grandissent. Et pourtant tous aspirent à une société apaisée et conviviale. Mais comment faire ?
Tout commence quand Ladiba, jeune doctorant tchadien en anthropologie politique, ancien président de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) du Tchad, assiste à un débat en banlieue parisienne entre des élus, des religieux musulmans, juifs et chrétiens et des associations. Il pense alors que ce type de débats doit se tenir au Tchad pour « faire bouger les lignes ». Le CCFD-Terre Solidaire, le Secours Catholique, le Service pour les relations avec l’islam de la conférence des évêques de France (SRI) sont mobilisés avec Justice et Paix Tchad.
En septembre 2012, une délégation tchadienne vient en France à la rencontre de communautés musulmanes et chrétiennes pour découvrir leur conception de la laïcité et de la république. Elle est composée d’un prêtre, d’un imam, d’un leader politique et de deux leaders de la jeunesse, un musulman et un chrétien. La délégation se rend en banlieues parisiennes, Créteil et Gennevilliers, à Marseille et à Paris. « Avant de venir en France, je pensais que la laïcité était l’ennemi de l’islam, maintenant je sais que c’est la laïcité qui permet aux musulmans de France de vivre pleinement leur religion. En France, c’est à L’institut catholique qu’on forme les imams ! » dira Walar, imam à la Grande Mosquée de Ndjaména. À son retour, il propose, avec succès, au Haut Conseil Islamique du Tchad de créer un cycle de formation « Éthique et religion ».

Les religions « au service du croyant et du non croyant »

En décembre, ce fut la venue à
Ndjaména de l’imam Tareq Oubrou, recteur de la grande Mosquée de Bordeaux et du père Christophe Roucou, responsable du SRI (Service national pour les relations avec l’Islam). Programme chargé comme l’avait souhaité Ladiba : conférence en arabe devant 80 imams de la capitale sur le thème de la sécularisation et de l’islam. T. Oubrou déclare : « L’interpénétration entre le politique, l’ethnique et le religieux est une équation à trois variables qu’il faut manipuler avec prudence » et encore « le problème de l’islam, ce sont les musulmans et le problème du christianisme, ce sont les chrétiens. L’adversaire est à l’intérieur du système. Car la religion est au service du croyant et du non croyant. Elle doit servir à atténuer les conflits et non être utilisée comme catalyseur des réactions conflictuelles ».
Le lendemain, une séance de travail réunit des responsables de la formation des prêtres, des imams et des pasteurs sur la manière de mieux les préparer à appréhender l’altérité et les enjeux du vivre ensemble. Enfin, lors d’une grande rencontre à l’échelon de tout le pays, tous, paysans du Guerra au Centre, jeune fille en foulard d’Ati au Nord, militant associatif de Pala au Sud… ont échangé et se sont interpellés, ils ont aussi écouté et questionné la délégation. L’imam Oubrou : « Le propre d’une religion c’est de lier, non seulement les croyants entre eux mais de lier le divin à l’humanité. On dirait que les musulmans ont transformé l’islam en un bouclier de protection. Laissez l’islam tranquille. L’islam c’est un souffle qui circule dans le monde pour permettre une vie contre l’angoisse, la misère, le chômage. La religion c’est une thérapie. » Le Père Roucou : « Quand je suis avec des jeunes en France, je dis qu’il faut savoir conjuguer le verbe connaître en trois temps : d’abord il faut connaître sa tradition religieuse, sa religion car en France, beaucoup de jeunes musulmans et chrétiens ne connaissent pas leur religion. Il faut aussi connaître la religion de l’autre. Puis, il est important de se connaître : avoir des amis musulmans ou chrétiens ; enfin il faut se reconnaître différents. »
Durant un an, toutes ces activités auront permis à tous de réfléchir ensemble et de poser les jalons d’une démarche commune… Bref que faire maintenant ? Cette initiative est comme un grain mis en terre. Elle est venue à point nommé et a recueilli un franc succès auprès des jeunes, des religieux, des leaders de la société civile et des partis politiques. Maintenant c’est à chacun de se l’approprier et d’amplifier cette synergie. Il importe aussi que le CCFD-Terre Solidaire continue d’accompagner les diverses pistes qui se dessinent (création d’espaces de brassage entre jeunes de diverses appartenances, formation des oulémas, etc.) pour une altérité positive entre Tchadiens.

Justice et paix Tchad

 

Sourcehttp://ccfd-terresolidaire.org/