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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Reporters sans frontières (www.rsf.org)
 
Alerte
 
23 décembre 2013
 

RCA

La liberté d’information dans la tourmente

Près d’un an après le début de la rébellion qui a embrasé la Centrafrique, Reporters sans frontières dresse un état des lieux de la liberté de la presse et des menaces qui pèsent sur les acteurs de l’information malgré le déploiement de troupes internationales africaines et françaises. L’organisation exprime une profonde inquiétude pour les professionnels des médias et pour la survie de la liberté de l’information. Depuis le 20 décembre dernier, la totalité des journaux ont cessé de paraître à Bangui du fait des troubles accrus dans le pays.

Au cours des dix dernières années, le paysage médiatique centrafricain s’était peu à peu normalisé, au gré de la relative stabilité imposée par le régime de Bozizé. En 2005, des avancées législatives louables avaient été réalisées, dont la promulgation de la loi relative à la liberté de la presse, la dépénalisation des délits de presse et la création du Haut conseil de la communication. Les médias centrafricains ont néanmoins continué de souffrir des maux habituels dus à la précarité économique, au manque d’équipement et de formation et aux brimades politiques.

La montée en puissance de la coalition hétéroclite Séléka qui a abouti à la prise de Bangui le 24 mars 2013 et à la destitution du Président Bozizé, a mis un terme aux avancées des dernières années.

La situation s’est encore envenimée depuis les évènements des 5 et 6 décembre 2013, au cours desquels des attaques coordonnées, attribuées aux anti-balakas, soutiens de Bozizé, ont déclenché de violentes représailles de la part de l’ex Séléka, et une forte polarisation sur les questions religieuses.

Une forte augmentation des attaques physiques et des menaces contre les médias et les journalistes, mais également une radicalisation des discours de certains journaux qui n’ont pas réussi à préserver leur objectivité journalistique, ont été observées en 2013.

Couverture partisane et entravée

Cherchant à préserver le régime du président François Bozizé en déroute, les médias publics, tel que Radio Centrafrique, ont diffusé des messages divisionnistes et de haine adressés aux opposants du président déchu. Radio Centrafrique s’est ensuite concentrée sur le recensement des exactions commises par la Séléka. Le ministre de la Communication de l’époque, Christophe Gazam Betty, mis au pouvoir par la Séléka, souhaitant taire les violations de la coalition, a interdit aux médias de parler des exactions, rappelant que chaque reportage devait être autorisé par un ordre de mission du cabinet du ministère, les médias publics étant tenus par un ancien décret d’accompagner la politique du gouvernement.

Le comportement de la presse écrite est resté tributaire des intérêts financiers : les journaux, parmi lesquels Le Citoyen, Le Confident et Hirondelle s’affiliant aux personnalités politiques les plus offrantes.

Seule Radio Ndeke Luka, soutenue par la Fondation Hirondelle, une ONG suisse, ainsi que par des bailleurs internationaux, a su rester relativement neutre pendant cette période, se limitant à dénoncer les exactions, sans commentaires.

Intimidations et attaques physiques

Au moment de la prise de Bangui par la Séléka en mars 2013, les médias ont été pris pour cible par les hommes armés de cette coalition.

Les sièges de nombreux médias ont été complètement pillés et Radio Ndeke Luka a également été victime de vols malgré son emplacement privilégié au sein des bureaux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). "A Radio Ndeke Luka, nous recevons régulièrement des menaces de membres de la Séléka, par téléphone, ou ils viennent directement à la radio", a déclaré à Reporters sans frontières Sylvie Panika, rédactrice en chef de la radio.

Les radios communautaires basées au centre du pays ont dû fermer leurs portes devant l’avancée de la Séléka. En proie aux pressions des autorités locales ou de la rébellion et à une insécurité croissante, les stations ont été contraintes de cesser de couvrir les affrontements. Celles qui ont tenté de résister ont été réduites au silence ou pillées.

Reporters sans frontières avait alors demandé aux nouvelles autorités de garantir aux médias le droit de fonctionner en toute liberté et sécurité.

Malgré la promesse faite par le président de la transition Michel Djotodia, à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2013, qu’"aucun journaliste (…) ne [serait] emprisonné pour son franc parlé" et que "cette liberté dite d’expression leur [serait] garantie par les nouvelles autorités", les menaces émanant de représentants de l’Etat et de membres de l’ex-Séléka se sont multipliées au cours des mois qui ont suivi.

En août 2013, la presse privée a fait l’objet d’un nombre accru de pressions, de menaces et d’intimidations du gouvernement : le 3 août un journaliste a été enlevé pendant plusieurs heures et d’autres ont été intimidés au cours du même mois par des représentants de l’Etat.

La "dissolution" de la Séléka en septembre n’en avait que le nom et a contribué à faire empirer la situation sécuritaire et les menaces à l’encontre des médias. En octobre dernier, la nouvelle police secrète d’alors, agissant sous le commandement du Général de l’ex-Séléka Mahamat Nouradine Adam, a mené une campagne de harcèlement envers les professionnels des médias. Trois directeurs de publication ont alors été arrêtés arbitrairement et menacés.

La crise de décembre

Les attaques à Bangui des 5 et 6 décembre, qui ont coïncidé avec le déploiement des troupes françaises portant mandat de l’ONU de désarmer les ex-Séléka, ont plongé le pays dans un black-out médiatique.

La totalité des radios ont cessé d’émettre et les journaux de paraître pendant plusieurs jours.

Les trois principales radios, Radio Ndeke Luka, Radio Centrafrique et Radio Notre Dame ont pu recommencer à émettre le dimanche 8 décembre à Bangui, notamment suite à l’impulsion donnée par le chef de l’Etat qui avait convoqué ce jour là les journalistes à la présidence pour qu’ils enregistrent et diffusent son appel au calme. Mais les menaces n’ont pas cessé pour autant. Dans un cas au moins, l’escorte chargée d’accompagner les journalistes, composée de membres de l’ex-Séléka, a proféré des menaces à l’encontre de l’équipe de radio en la redéposant devant ses bureaux. Aujourd’hui encore, les radios continuent de limiter leur temps d’antenne afin de pouvoir respecter le couvre-feu imposé sur la ville à 18h00.

Les journaux ont mis eux plus de temps à redémarrer leur activité, faute de pouvoir faire imprimer et distribuer leurs publications dans la ville paralysée. Quelques journaux comme Le Citoyen, Le Confident et Le Quotidien de Bangui, paraissent à nouveau depuis le 16 décembre, mais Le Citoyen a été contraint de déménager sa rédaction dans un lieu plus sûr.

Dans l’intérieur du pays, l’information vivote. Si quelques radios communautaires, ont recommencé à émettre et diffusent surtout des appels au calme, les médias locaux sont continuellement menacés. Le 16 décembre dernier, les quatre journalistes de Radio ICDI, qui émet à Boali à 95 km au Nord de Bangui, ont été contraints d’abandonner la radio et de fuir, menacés par des éléments de l’ex-Séléka qui s’étaient rendus armés dans les locaux de la station le jour même. La station est la seule à couvrir une large zone au Nord de la capitale et à relayer l’information d’autres radios aux populations locales, désormais isolées du reste du pays.

Se pliant à une logique sécuritaire, certains médias ont préféré réajuster leur ligne éditoriale et jouer la prudence, allant dans certains cas jusqu’à l’autocensure. Le journal Le Citoyen a dit reprendre certaines informations de RFI plutôt que de couvrir les évènements.

Pour les professionnels qui continuent à couvrir les affrontements, les risques sont tangibles. Plusieurs journalistes continuent de faire l’objet de menaces. La semaine du 13 décembre, des membres d’une équipe d’un média international ont fait l’objet de menaces de l’ex-Séléka ainsi que des milices anti-balakas et ont du être escortés par l’armée française. Tout acte de reportage est considéré comme une prise de position politique. Les journalistes se retrouvent pris en étau, en particulier les journalistes locaux.

Recommandations de Reporters sans frontières :

Reporters sans frontières recommande :

  • aux médias centrafricains de s’abstenir de discours violents ou polarisants et de s’en tenir aux faits tout en jouant leur rôle de dialogue et de pacification afin de mitiger l’escalade de la violence.
  • aux éléments armés de cesser les intimidations à l’encontre des journalistes et de respecter leur statut de non-combattant et leur rôle de témoin des évènements.
  • aux autorités de transition de continuer à favoriser l’activité des médias afin que ces derniers puissent informer la population des développements politiques et sécuritaires.
  • aux forces internationales déployées en Centrafrique de protéger les journalistes, en application de la résolution1738 des Nations unies sur la protection des journalistes en zone de conflit.

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CAR

Freedom of information buffeted from all sides

A year after the Seleka coalition began its rebellion, Reporters Without Borders is providing the following overview of media freedom in the Central African Republic, where journalists are still in danger despite the deployment of French and African peacekeepers. Virtually none of the Bangui-based newspapers has published since 20 December because of the mounting violence and unrest.

The media landscape had gradually normalized in the course of the decade preceding the rebellion thanks to the relative stability imposed by President François Bozizé’s government.

There was notable legislative progress in 2005, including the promulgation of a law on media freedom, the decriminalization of media offences and the creation of a regulatory body called the High Council for Communication.

The country’s news media nonetheless continued to experience the usual problems resulting from financial insecurity, a lack of equipment and training, and harassment by government officials.

The past decade’s evolution was brought to an end by the emergence of the disparate Seleka rebel coalition leading to the taking of the capital, Bangui, on 24 March 2013 and President Bozizé’s overthrow.

The situation has worsened since the events of 5-6 December, when coordinated attacks allegedly carried out by “anti-balaka” Bozizé supporters triggered violent reprisals by former Seleka militias, a process accompanied by growing polarization around religious identity – the “ex-Seleka” being mainly Muslim and the pro-Bozizé forces being mainly Christian.

Partisan coverage

As physical attacks and threats to media and journalists increased during 2013, many newspapers radicalised their discourse and failed to maintain journalistic objectivity.

In an attempt to prop up Bozizé’s crumbling regime, Radio Centrafrique and other state-owned media at first targeted the Seleka rebels with divisive messages and hate messages. Radio Centrafrique subsequently concentrated on broadcasting details of Seleka exactions.

Christophe Gazam Betty, the communication minister appointed after the Seleka takeover, banned the media from talking about Seleka’s actions, notifying them that every report needed authorization by his office and reminding the state media that they were required to support government policy under an existing decree.

The print media’s behaviour has been dominated by financial interests, with the main newspapers such as Le Citoyen, Le Confident and Hirondelle allying themselves with the politicians who offer them the most money.

Radio Ndeke Luka, a radio station supported by Fondation Hirondelle, a Swiss NGO, and by international donors, is the only news outlet to have remained relatively neutral during this period, limiting itself to reporting atrocities without comment.

Intimidation and physical attacks

When Seleka was in the process of taking Bangui in March 2013, its gunmen targeted the news media. The headquarters of many media were completely ransacked and equipment was even taken from Radio Ndeke Luka despite its privileged location within the compound used by the United Nations Development Programme (UNDP).

“We often receive threats from Seleka members, either by telephone or they come directly to the station,” Radio Ndeke Luka editor Sylvie Panika told Reporters Without Borders.

Community radio stations in the centre of the country had to close as the Seleka forces advanced. Pressured either by local officials or by the rebels and increasingly exposed to violence, the radio stations were forced to stop covering the fighting. Those that tried to resist were silenced or ransacked.

After Seleka had ousted the Bozizé government, Reporters Without Borders urged the new authorities to ensure that the media were able to operate freely and safely.

Despite interim President Michel Djotodia’s promise on 3 May, World Press Freedom Day, that “no journalists will be imprisoned for speaking out” and that “they will be guaranteed this (..) freedom of expression by the new authorities,” there were many threats from government officials and Seleka members during the following months.

Government harassment and intimidation of privately-owned media increased in late July and in August. One journalist was kidnapped for several hours on 3 August and others were threatened by government representatives.

The announced disbanding of Seleka in September did not take place in practice and just helped to increase the dangers for the media. A new secret police force led by former Seleka general Mahamat Nouradine Adam began systematically harassing media personnel in October, arbitrarily detaining and threatening the editors of three Bangui-based dailies.

December crisis

The clashes in Bangui on 5 and 6 December, coinciding with the deployment of French troops with a UN mandate to disarm the ex-Seleka militias, plunged the country into a news blackout. All radio stations stopped broadcasting and newspapers stopped appearing for several days.

The three leading Bangui-based radio stations – Radio Ndeke Luka, Radio Centrafrique and Radio Notre Dame – resumed broadcasting on 8 December at the behest of President Djotodia, who summoned journalists to his office to record and broadcast his appeal for calm.

But the threats have not stopped. In at least once case, ex-Seleka militiamen who were supposed to be escorting media personnel threatened radio journalists and deposited them outside their station. Radio stations continue to restrict their broadcasting times in order to respect the 6 p.m. curfew.

Newspapers took more time to resume operations because of the difficulties of printing and distributing in the paralyzed city. Some newspapers, including Le Citoyen, Le Confident and Le Quotidien de Bangui, began publishing again on 16 December but Le Citoyen had to move to a safer location.

In the rest of the country, a few community radio stations have resumed broadcasting, mainly carrying appeals for calm. Local media are continually threatened.

The four journalists working at Radio ICDI, which is based in Boali, 95 kms north of Bangui, were forced to abandon the radio station and flee when ex-Seleka gunmen went to the station and threatened them on 16 December.

Radio ICDI is the only station covering a vast area to the north of the capital, relaying information from other radio stations to towns and villages that are now isolated from the rest of the country.

Because of the dangers, some media are taking great care with the way they are reporting the news, and in some cases are censoring themselves. Le Citoyen says it prefers to reproduce Radio France Internationale’s reports rather than provide its own coverage.

Journalists continue to be threatened and those still covering the clashes are clearly taking risks to do. A foreign media crew was threatened by both ex-Seleka and anti-balaka militiamen last week and had to be escorted by French troops. It is assumed that any act of reporting entails taking a political position. Journalists, especially local journalists, are under threat from both sides.

Increased tension in the past few days forced almost all of the newspapers in the capital to stop publishing again on 20 December. Some journalists have told Reporters Without Borders that they feel that the threats to media personnel are growing by the day.

Reporters Without Borders’ recommendations

Reporters Without Borders recommends:

  • that the Central African Republic’s media refrain from using a violent or polarizing discourse, that they report the facts without distortion and that they try to defuse tension and promote dialogue in order to prevent further escalation in the violence.
  • that armed groups stop threatening journalists and respect their status as non-combatants and their role as neutral witnesses of events.
  • that the transitional authorities continue to encourage the media’s activities so that they can inform the population about political and security developments.
  • that the international forces deployed in the CAR protect journalist in line with UN Security Council Resolution 1738 on the protection of journalists in conflict zones.

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REPORTERS SANS FRONTIÈRES | REPORTERS WITHOUT BORDERS

Cléa Kahn-Sriber

Responsable du Bureau Afrique / Head of Africa Desk

 RCA : La liberté d’information dans la tourmente