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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Avant l’ouverture du sommet de l’Elysée sur la sécurité en Afrique, plusieurs collectifs s’alarment des conditions d’une intervention française en République centrafricaine, autorisée jeudi par l’ONU. Ils mettent en cause la responsabilité de Paris dans la situation actuelle.

Ils manifestent jeudi soir à Paris pour s’opposer à la venue des "dictateurs de la Françafrique". Presque tous les dirigeants du continent sont en effet reçus jusqu’à samedi à l’Elysée par François Hollande, à l’occasion du sommet sur "la paix et la sécurité en Afrique". Pour l’association Survie, qui dénonce depuis 30 ans la politique africaine de la diplomatie française, ce grand raout diplomatique véhicule précisément les symboles de la Françafrique.

"Le sommet de l’Elysée ne fait pas le bilan de la politique qu’a menée la France dans ses anciennes colonies", déplorait jeudi matin devant la presse son président, Fabrice Tarrit, qui a enterré la promesse de "rupture" faite par le candidat François Hollande en ce qui concerne les relations franco-africaines.

La "logique coloniale" persiste

Avec d’autres collectifs, l’association met en garde Paris contre une nouvelle intervention militaire en République centrafricaine, qui a obtenu le feu vert de l’ONU jeudi. "La France a mené sur ce continent une cinquantaine d’opérations en 50 ans, le moindre bilan que l’on pourrait faire est que, justement, cela n’a pas amené la paix et la sécurité en Afrique, bien au contraire", affirme Fabrice Tarrit. "La France reste le gendarme de son pré-carré africain, c’est toujours la même histoire qui se répète à l’infini", commente pour sa part le porte-parole de l’association Sortir du colonialisme Patrick Farbiaz, également présent à cette conférence de presse. Ce dernier voit, à travers l’action de la France dans la crise centrafricaine, "une relégitimation de la Françafrique, de la présence de l’armée française sur ce continent et des dictatures africaines".

Tous ne sont pas formellement contre cette intervention, justifiée par le gouvernement pour des raisons sécuritaires et humanitaires. Fabrice Tarrit comprend d’ailleurs "le soulagement" de la population avec le déploiement de ces soldats. "On ne peut pas se prononcer à la place des Centrafricains. Mais en tant que Français, il est normal de s’interroger sur la légitimité de notre pays." Patrick Farbiaz regrette lui "la nouvelle idéologie humanitaire" qui pousse à ces interventions. "S’il faut que la France devienne le Secours populaire de toute l’Afrique, c’est sans fin", prévient-il, en évoquant aussi la "logique coloniale" qui incite la France, depuis le 19e siècle, à intervenir "au prétexte de protéger un peuple d’un autre".

"Allumer les incendies pour les éteindre ensuite"

Au-delà de la mission sécuritaire qui sera assurée sur place par les soldats français, en collaboration avec les forces africaines, les associations s’interrogent sur les objectifs "stratégiques" qui se cacheraient derrière cette intervention et sur les rapports entretenus par la France avec les dirigeants des Etats voisins de la Centrafrique. La venue à l’Elysée du président du Tchad, Idriss Déby, est en particulier très critiquée. "Pourquoi la France lui fait-elle allégeance?", s’interroge le blogueur et opposant tchadien, Makaila N’Guebla, en exil depuis cet été en France. "Sa responsabilité en Centrafrique est totale, il a amené au pouvoir en 2003 le président François Bozizé et l’a destitué en 2013 en montant la rébellion de la Séléka (dont le leader Michel Djotodia est aujourd’hui au pouvoir, Ndlr)", dénonce-t-il. Des soldats tchadiens doivent désormais intégrer la force africaine en Centrafrique. "Une mascarade que Hollande est en train de cautionner", accuse Makaila N’Guebla.

Sévère lui aussi, Issa N’Diaye, ancien ministre malien aujourd’hui président de l’association Forum civique Mali, estime que la France s’est rendue complice de cette situation. "La catastrophe humanitaire", évoquée par le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, a été selon lui "provoquée" quand la France a fermé les yeux sur le coup d’Etat de mars dernier. "L’attitude de la France consiste à allumer les incendies pour les éteindre ensuite", résume-t-il, en faisant le parallèle avec la situation malienne. "On n’a pas hérité d’une situation, on l’a co-construite", conclut Fabrice Tarrit. Le président de Survie ne reprend pas l’image du pompier-pyromane pour qualifier le rôle de la France en Afrique. En revanche, le pays continue selon lui de "jouer au gendarme, parce que c’est le seul à avoir construit des casernes".

Arnaud Focraud - leJDD.fr

En Afrique, la France "reste le gendarme de son pré-carré"