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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

  

Mot de la fin

Dix ans de pétrole, dix ans de misère

En cette fête de l’Aїd El Kebir, le Président Idriss Deby Itno se réveille brutalement et constate que son pays va à vau-l’eau. L’amour du travail a foutu le camp, la morale également. Le vol et la corruption ont le vent en poupe. Aujourd’hui demandez aux Tchadiens ce que le pétrole a apporté dans leur assiette,  la réponse sera cinglante : rien ! La reforme de l’armée, l’éducation, la santé, la sécurité, l’agriculture, rien n’a véritablement changé alors que le pétrole pouvait permettre de faire mieux.

Michaël N. Didama

Le 10 0ctobre 2003, le Tchad lançait la production de son pétrole. Dix ans après, si l’on en croit Christian Lenoble, le Directeur général de TOTCO(Tchad Oil Transportation Co.) et de COTCO(Cameroon Oil transportation Co.),  les champs pétroliers du Sud auraient produit plus de 500 millions de barils qui ont généré plus de 10,2 milliards de dollars US soit environ  5 000 milliards de FCFA. La région productrice, grâce au 5% qu’on lui verse, aurait engrangé autour de 81 milliards de FCFA.

Le budget de l’Etat tchadien a aussi prix l’ascenseur passant du simple au double. Le pétrole devrait en fait sortir le Tchad du sous-développement. A la fin des années 90 et au début des années 2000, la société civile s’est opposée a cette exploitation parce qu’elle estimait qu’il n’y a pas suffisamment des garanties pour la bonne gestion de ses revenus et qu’il n’y avait pas aussi suffisamment des mesures prises pour protéger l’environnement.

Dix ans après, ces hérauts de la société civile semblent malheureusement avoir raison contre leurs détracteurs. Au milieu des années 2000, le Tchad a été classé en tête du hit parade des pays les plus corrompus par Transparency International. Quelques années plus tard, ce sont les fonds pour les générations futures qui ont été supprimés, hypothéquant ainsi l’avenir des enfants de ce Tchad qui est appelé à jouer un rôle moteur dans la sous-région dans les prochaines années.

L’éducation : La plus importante richesse que peut avoir un pays, c’est de disposer des cadres valables et bien formés. Le bac 2013 a montré largement aux yeux du monde que le pétrole a servi a autre chose, sauf de disposer d’une école digne de ce nom. Sur les 69 000 candidats, seuls 7 000 environ ont pu obtenir le bac. Or, à longueur de journée, on n’a cessé de lister, telle une funèbre litanie, le nombre des écoles supérieures, d’instituts et d’universités créées ça et là sans oublier les lycées fantaisistes ouvert à tour de bras.

La cherté de vie : elle est asphyxiante. Le Tchad n’a jamais vécu rien de tel. Certains diront que la dévaluation du CFA est passée par là. Mais elle révèle un terrible mépris pour le peuple tchadien.

Dans une étude publiée par le journal Le Temps en mars 2009 que nous reprenons largement, l’économiste Doumyna Magroum, ancien comptable des Brasseries du Logone (BDL) à Moundou, nous donne un aperçu de cette cherté de la vie. Citant une étude de l’INSEED qui révèle que le niveau général des prix de tous les secteurs a augmenté de 12,8%, M. Magroum[1] trouve qu’il y a 9 causes de la cherté de la vie qu’il explique :

1-    Le projet Pétrole : ce projet, lancé en 2001, a injecté beaucoup d’argent dans le pays et s’est fait au détriment de l’agriculture. La soif du gain s’est emparée des commerçants qui ont maintenu les prix exagérément élevés malgré la fin des grands travaux sur les chantiers.

2-   L’exode rural (fonctionnaires de la Rue de 40m) : Pour l’auteur, cette saignée de la main d’œuvre rurale a pour conséquence la baisse des productions et l’augmentation croissante des consommateurs urbains. Cela se traduit par l’insuffisance des denrées sur le marché. Donc hausse des prix.

3-   La création du Ministère des Micro-crédits et de la lutte contre la pauvreté : La stratégie de ce Ministère est de favoriser les milieux ruraux à travers les groupements villageois par l’octroi des micro-crédits. Les bénéficiaires de ce crédit s’en sont servi pour faire des stocks qu’ils vendent excessivement chers pendant la période de la soudure. Ce qui peut expliquer en partie la hausse des prix des denrées (…) sur le marché.

4-   Le relèvement du SMIG à 60.000 FCFA des agents de l’Etat : l’augmentation du pouvoir d’achat se traduit par une forte demande sur le marché alors que la production n’a pas suivi. Ce déséquilibre se traduit tout naturellement par une augmentation des prix. Cela peut être l’une des causes de la vie chère.

5-   Les grands travaux : ces chantiers absorbent beaucoup de mains d’œuvres salariées. Des milliards se trouvent sur le marché sans contre partie ou avec une contre partie insuffisante de la production vivrière. Rien de plus normal que les prix des denrées sur le marché augmentent d’où la vie chère.

6- La restauration de la ville de N’Djaména : Le déguerpissement a jeté des milliers de sans abri dans la rue. Cela a eu comme conséquence la rareté des maisons et les loyers sont augmentés de manière exponentielle. 

7-   La politique de lutte contre la désertification : la politique du gouvernement pour la protection de l’environnement est bonne dans la forme mais elle cause énormément de problèmes dans sa mise en œuvre. Cette politique devrait être précédée d’une campagne de sensibilisation et de formation de 2 à 3 mois sur l’utilisation du gaz par la ménagère.

8-   La hausse vertigineuse du cours du Pétrole entre 2006 – 2008 : La flambée du cours pendant cette période triennale a eu des conséquences très néfastes sur les produits importés. Le cours est passé de 60 $ à près de 100 $ pendant cette période. Aujourd’hui il y a un reflux du cours à 40-50 $, ce qui devrait se traduire également par une baisse des prix des produits importés. Mais le commerçant tchadien s’accroche à son super profit, maintenant artificiellement la vie chère.

9-   L’accroissement démographique : la population tchadienne a beaucoup augmenté ces dernières années pour les raisons suivantes :

-          Le taux d’accroissement naturel de la population se situe au tour de 3,5% par an.

-          La guerre à l’Est et les réfugiés : l’afflux des réfugiés soudanais et centrafricains ont provoqué une augmentation importante de consommateurs non producteurs. Cette augmentation des consommateurs peut être l’une des causes des augmentations des  prix des denrées alimentaires du fait que la production habituelle ne peut répondre à la demande.

-          Le retour massif des Tchadiens qui vivaient à l’Etranger : Depuis l’exploitation du pétrole, beaucoup de Tchadiens de l’extérieur sont revenus au pays avec l’espoir de trouver du travail. Cette tranche de population qui vit pour la plupart dans des villes ne produit rien mais consomme.

En  approfondissant son étude, Magroum prend en référence l’indice de prix en 1987 et nous dresse le tableau suivant montrant l’évolution des prix de certaines denrées sur 30 ans :

N° ordre

Désignation

Prix 1978 (esé)

Prix 2009

Indice 2009/1978

%

1

Viande en Kg

200

1800

9

900%

2

Poisson en Kg

250

1750

7

700%

3

Poulet (unité)

500

2500

5

500%

4

Pénicillaire (sac)

3.000

26.000

8,7

870%

5

Sorgho (sac)

3.000

22.000

7,3

730%

6

Riz local (sac)

6.000

37.000

6,25

625%

7

Arachide (sac)

5.000

36.000

7,2

720%

8

Huile (litre)

200

1.300

6,5

650%

9

Sucre (paquet)

300

800

2,6

260%

10

Lait Nido (boîte moyenne)

1.200

4.500

3,75

375%

11

Fagot (tas)

100

3.000

30

3.000%

12

Pétrole (litre)

100

600

6

600%

13

Savon (72g)

125

400

3,2

320%

14

Loyer (1chambre)

2.000

20.000

10

1.000%

 

Moyenne des 14 articles

 

 

8,04

804%

 

(Source : Doumyna Magroum, 2009)

On constate avec l’auteur de cette étude qu’en 30 ans, le loyer a augmenté de 1000% à N’Djaména, le tas de bois de chauffe (fagot) a augmenté de 3000%, le litre de petrole a augmenté de 600%, le sac d’arachide a augmenté de 720%, le prix de la viande de 900% et celui du sac de mil pénicillaire de 870%. Il y a eu une augmentation moyenne du coût de la vie de 804% en 30 ans.

Passant en revue la variation du SMIG sur ces 30 années (voir) tableau ci-dessus, l’auteur trouve que l’augmentation du SMIG n’a pas suivi la même croissance que celle du coût de vie.

 

 

1978

2009

2009/1978

%

Secteur privé

8.320

25.480

3,06

306%

Secteur public

8.320

60.000

7,21

721%

(Source : Doumyna Magroum, 2009)

On constate que le SMIG dans le privé, sur 30 ans n’a augmenté que de 306% et dans le public de 721%. Or le coût de vie a augmenté de 804% sur 30 ans soit une différence de 498% pour le public à combler et 83% pour le privé. Cette étude date de 4 ans mais elle est terriblement très actuelle. Et sur les dix ans d’exploitation du pétrole, la cherté de vie s’est plus qu’accentuée. Au point où N’Djamena est parmi les 4 villes les plus chères au monde, selon une étude de l’organisme canadien Mercer. En 2010, N’Djamena était la troisième ville la plus chère du monde, juste derrière Tokyo ! Voilà ce que nous a offert dix ans de pétrole, du moins dix ans de gabegie, de corruption et de la faillite de l’Etat.

En cette fête de l’Aїd El Kebir, le Président Idriss Deby Itno se réveille brutalement et constate que son pays va à vau-l’eau. L’amour du travail a foutu le camp, la morale également. Le vol et la corruption ont le vent en poupe. Aujourd’hui demandez aux Tchadiens ce que le pétrole a apporté dans leur assiette,  la réponse sera cinglante : rien ! Demandez aux ressortissants de la zone productrice ce que le pétrole a apporté de positif dans leur quotidien : pas grand-chose ! La reforme de l’armée, l’éducation, la santé, la sécurité, l’agriculture, rien n’a véritablement changé alors que le pétrole pouvait permettre de faire mieux.

Le « cosmétisme » politique qui a toujours consisté à coucher des rubans des bitumes erratiques et ériger des bâtiments pas souvent aux normes doit faire place à une véritable politique multidimensionnelle de développement permettant  une redistribution équitable de la manne pétrolière.

 

SOURCE: http://didama.blog4ever.com//dix-ans-de-petrole-dix-ans-de-misere